Bogotá : un défi de taille pour Claudia López

Le 1er janvier 2020, Claudia López devient officiellement la première femme homosexuelle maire de Bogotá. Soulignant les avancées démocratiques du pays, elle affirme incarner progrès, transparence et modernité. Cette femme politique de 49 ans, qui doit son succès non pas à son nom, mais à son mérite, compte bien faire bouger les choses.

Une femme s’empare de la mairie  

Au lendemain de l’élection, les images de Claudia López font le tour du monde. En Colombie, pour la première fois dans l’histoire du pays, une femme est élue mairesse de Bogotá : une victoire sans surprise mais qui fait polémique. Elle achève son discours de victoire en embrassant sa compagne. Elle est alors un symbole fort alors que la Colombie est encore aujourd’hui le théâtre de nombreuses agressions sexistes et homophobes. 

Ancienne sénatrice et journaliste, Claudia Lopez est, aujourd’hui, membre du parti Alliance Verte. Elle se revendique lesbienne, en faveur des droits de la communauté LGBTQI+, de l’écologie et de la lutte anti-corruption. Elle succède aujourd’hui à son homologue écologiste, Enrique Peñalosa avec qui elle a travaillé par le passé. Dans un contexte de crise politique depuis qu’ont éclaté des protestations étudiantes à Bogota en octobre dernier, puis celles dites du Paro Nacional en novembre, elle entend défendre les libertés et les droits civils. Elle a d’ailleurs soutenu les citoyens dès les premières protestations en les encourageant via son compte Twitter et en se joignant aux manifestations sur place : 

Un ami colombien me livre son opinion à propos de la réaction de Claudia López durant les grèves : « Oui, elle a des arguments solides et paraît ferme dans ses positions, mais elle utilise aussi cela pour faire de la propagande ».

Une élue engagée

Une femme au profil progressiste qui détonne avec le reste de la classe politique colombienne, majoritairement masculine et conservatrice et sujette aux scandales financiers. Largement favorite pour ce scrutin, sa victoire est interprétée par de nombreux observateurs comme un signal d’espoir. Elle traduit un renouveau pour la ville et transmet un message fort au regard du passé politique colombien. 

Claudia López juste après sa victoire. Photo Raul Arboleda. AFP.

 

« Je pense qu’elle symbolise des idéaux progressistes parce qu’elle est la première femme maire et homosexuelle à Bogotá. De plus, elle représente un parti loin des extrémismes politiques des autres partis qui eux, ont toujours pu régner grâce, en partie, au populisme. En revanche, un grand poids repose sur ses épaules pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. Je pense qu’elle peut réussir parce qu’elle a une très bonne équipe. » – Jeune étudiant bogotanais acceptant de donner son point de vue.

Un résultat unanime ?

Mais alors qu’en pensent les habitants ? Élue avec 1 107 970 voix, soit 35,2% des suffrages, Claudia López a su séduire la majorité des bogotanais. Deux étudiantes nuancent ce résultat :

« Tu sais, tous les colombiens ont tellement l’espoir que tout change un jour, il y a tellement à faire, je ne sais pas si c’est elle qui réussira ». Juliana, étudiante colombienne

« Moi je pense que c’est un symbole fort et que même si certains la perçoivent comme une opportuniste, son élection va marquer un tournant ». Michelle, étudiante colombienne 

Claudia López est en effet une figure politique jugée ambitieuse et carriériste par ses détracteurs. Parmi ses promesses de campagne, il y a par exemple un chantier pharaonique : la construction d’un réseau de métro dès 2020. 

Le métro, c’est pour bientôt ?

Afin de désengorger la capitale, la construction d’un réseau de métro s’impose comme une nécessité. Contrairement à Medellín, la capitale du pays n’en possède pas: un problème de taille pour une ville dont la superficie dépasse les 1700 km², soit presque 17 fois Paris.

Ce manque d’infrastructures est à la fois cause et conséquence de plusieurs problématiques. Si le métro n’a pas encore vu le jour à Bogotá, c’est que sa construction a souvent été freinée par des conflits d’intérêts majeurs. L’ancien maire de la ville a notamment été accusé d’entretenir d’étroits liens financiers avec les compagnies de bus privées. Un exemple révélateur de la corruption et du clientélisme colombiens.

Aujourd’hui, la naissance du métro est imminente. Début janvier, le président de la République, Iván Duque, a manifesté son soutien à Claudia López. Il a aussi annoncé l’investissement de plus de 30 milliards de pesos (environ 8 millions d’euros) pour financer les projets de mobilité qui amélioreront la qualité de vie des bogotanais.

Proposition de réseau de métro, programme électoral de Claudia López.

 

A propos de cette promesse de campagne très populaire, un jeune colombien me confie que la construction de la première ligne vient d’être approuvée. Il devrait y en avoir deux au total. Selon lui, quatre années serait suffisantes pour achever le projet. Il ne reste plus qu’à attendre de voir si elle réussira ! 

Bogotá, un véritable défi social et écologique 

Bogotá est une capitale en plein développement, dont les enjeux économiques, politiques, sociaux, architecturaux et spatiaux sont presque aussi nombreux que ses habitants.

Socialement, la ville est structurée par ce qu’on appelle les estratos. Un système unique au monde qui découpe le territoire selon le niveau socio-économique des habitants. Les estratos vont de 1 à 6 et sont des zones proportionnelles. Plus la strate est élevé plus la zone est riche. Les personnes qui y vivent payent ainsi le logement, l’eau et l’électricité plus cher. Elles sont aussi soumises à plus d’impôts.

Cette mesure de discrimination positive engendre pourtant ségrégation et inégalités sociales. Le système subit également de nombreuses fraudes. Par exemple, lorsque des habitants aisés s’installent dans des zones correspondant à de faibles strates pour faire des économies.

 

Carte des localités de Bogotá selon les strates socio-économiques. SDP, Mairie de Bogotá D.C., Colombia.

Parmi les problématiques principales de la ville on retrouve aussi celle des transports. Le système doit être repensé. Bogotá subit chaque jour des dizaines de kilomètres de bouchons et atteint des taux de pollution records. Le 6 février dernier, pour pallier cette situation, Claudia López a imposé une journée sans voiture

En termes de mobilité douce, Bogotá progresse à grande vitesse. Elle compte un réseau de 250 km de pistes cyclables – le plus long dans un pays en développement. Enfin, tous les dimanches depuis 1974, environ 1,5 million de bogotanais se retrouvent pour profiter de la « Ciclovía ». Ce parcours long de 121km est interdit aux véhicules motorisés entre 7h et 14h.

Des mesures encourageantes mais qui sont insuffisantes dans une ville où circulent chaque jour environ 5 millions de voitures, 50 000 taxis et 500 000 scooters.

Claudia López se rendant aux urnes à vélo avec son équipe. Photo EFE.

 

Claudia López a désormais toutes les cartes en main. Mais, elle dispose d’un temps limité pour transformer ses ambitions politiques en réalisations concrètes pour la ville.

 

Pour en savoir plus :

 

https://www.claudia-lopez.com/

 

https://twitter.com/claudialopez?lang=fr

 

 

 

 

Emma Bouvier
Emma Bouvier

Etudiante nomade entre Paris et Bogotá. Danseuse, féministe et militante j’aspire à devenir reporter.

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