Marché à bétail de Sougr-Noomasans / Ouagadougou © Manon Dejean

De l’achat de bétail au marché : les difficultés des commerçants burkinabés

Le marché de bétail de Sougr-Noomasans est à ciel ouvert or cela à de nombreux inconvénients : pluie, chaleur, parasites volants, etc. Les commerçants rencontrent aussi de nombreuses difficultés sur la route, autant de facteurs qui empêchent les commerçants de travailler dans des conditions décentes et aux bêtes de rester en bonne santé.

Loin des conflits entre agriculteurs et éleveurs  qui sévissent dans les zones pastorales du Burkina Faso, les vendeurs de bétail doivent supporter, lors de leurs déplacements, des taxes imposées sur les bêtes voire des tarifs douaniers. Pour passer la frontière et effectuer leurs achats, les commerçants payent entre 250 et 3 000 francs CFA par tête (entre 40 centimes et 4 euros 50). C’est le cas d’Abdoul Karim Ouédraogo, qui se rend parfois jusqu’au Niger pour acheter des bêtes. Il les transporte dans un véhicule jusqu’au marché de Ouagadougou, la capitale. Mais la route est longue et il doit nourrir et maintenir le troupeau en vie jusque-là.

« Il faut désormais faire beaucoup de route pour trouver des troupeaux à acheter »

Sayouba Nabole

Au moment de l’achat, Sayouba Nabole, également revendeur de bétail, raconte qu’il peut y avoir des bêtes en moins bonne santé qu’il n’y paraissait : « En arrivant à destination elles tombent un peu malades puis voilà, elles meurent. Ce sont des pertes pour nous. » Monsieur Ouédraogo rencontre des difficultés similaires car les éleveurs qui lui vendent le bétail dans le Nord du pays s’avèrent parfois « malhonnêtes » : « Certains veulent me tromper et ne vont pas m’aider à obtenir le troupeau facilement.  » Le commerce de bétail semble donc laborieux et les négociations peuvent être rudes : les éleveurs et les marchands ne trouvent pas toujours un arrangement directement.

En outre, les commerçants de bétail sont confrontés au terrorisme qui ravage une grande partie du Burkina Faso depuis 2015. La région sahélienne, historiquement à vocation pastorale, est en proie à l’insécurité. L’accès à certaines zones du pays est limité et les revendeurs rencontrent parfois des obstacles au cours de leur périple. Pour les éleveurs, comme pour les acheteurs, le circuit commercial en devient complexe, sans compter sur le réchauffement climatique qui provoque des sécheresses. Le sable leur brûle parfois les pieds et les bêtes n’ont pas de quoi se rafraîchir.

« Il faut désormais faire beaucoup de route pour trouver des troupeaux à acheter » explique le Abdoul Karim Ouédraogo. Depuis quelques années, le commerçant ne sort presque plus de la capitale, il a donné la relève à ses fils, qui partent des fois pendant un mois chercher du bétail et reviennent le vendre à Ouagadougou, leur « pied-à-terre ».

Abdoul Karim Ouédraogo et ses enfants au marché à bétail de Sougr-Noomasans © Manon Dejean

Les marchés à bétail sont des lieux d’échange d’animaux entre producteurs, acheteurs, revendeurs et exportateurs. Ils constituent un pan important de l’économie nationale puisque l’élevage contribue pour 35% du PIB du secteur agricole du Burkina-Faso (2013). Le marché est une plaque tournante monétaire considérable pour le pays.

Pourtant, le marché de Sougr-Noomasans ne dépeint pas le même tableau. Les commerçants de bétail ont du mal à gagner leur vie. Les marchands ne peuvent plus vendre dans le centre-ville, ils tentent donc de le faire à la sauvette, dans le marché. Un homme tend une chèvre de taille moyenne vers le groupe : « Prenez, c’est 25 000 » (un peu moins de 40€). Selon Abdoul Karim Ouédraogo, comme c’est la période de la rentrée, les gens sont plus préoccupés par leurs enfants que « de payer pour des bêtes ». Il se dit cependant soulagé que des personnes s’arrêtent « et viennent causer » avec eux.

« Ainsi tout le monde est gagnant, eux ils font de l’argent et nous avons un toit au-dessus de la tête »

Abdoul Karim Ouégraogo

La précarité du site de Sougr-Noomasans se fait ressentir. Il n’y a pas de point d’eau collectif pour les bêtes, de zone ombragée, ni même d’électricité pour les vendeurs. Le marché à bétail est en plein-air et cela n’est pas au goût des commerçants. Les mouches, la chaleur et l’eau en saison des pluies, telles sont des plaies qui rythment le quotidien des commerçants du marché. Lorsque la pluie est abondante, l’accès aux animaux dans les enclos est très difficile, « impossible d’y entrer sans s’enfoncer jusqu’aux genoux », confie Abdoul Karim Ouédraogo. Le commerçant propose une solution à tous ces maux : il faudrait construire un hangar que les vendeurs de bétail pourraient louer pour être à l’abri « ainsi tout le monde est gagnant, eux ils font de l’argent et nous avons un toit au-dessus de la tête », il ajoute que faire un forage afin d’avoir un accès direct à l’eau sur le marché serait très bénéfique pour tous.

Abrité sous une bâche faite à base de sacs de mil, une variété de céréale à petit grain cultivée en Afrique, Sayouba Nabole raconte que la chaleur n’est pas facile à supporter et que le bétail, lui, n’a rien pour se mettre à l’ombre. Ce désagrément « provoque chez les animaux des maladies qu’on ne sait pas toujours soigner, on a beau donner les médicaments, ils meurent quand même » ajoute Abdoul Karim Ouédraogo.

Sacs de mil accrochés aux branches d’arbre pour faire de l’ombre aux commerçants du marché de Sougr-Noomasans © Manon Dejean

N’étant pas parvenu à joindre le maire de la ville de Ouagadougou, Armand Bedouinde, nous ne connaissons pas les raisons de l’absence d’abris tant espéré par les vendeurs de bétails de la ville. Dans d’autres localités du pays, on peut trouver des hangars où les échanges commerciaux ont lieu. Les marchands et les animaux du marché Sougr-Noomasans ont besoin de ce hangar pour travailler et vivre dans la dignité.

Manon Dejean

Passionnée de journalisme depuis mes 14 ans, je souhaite mettre en lumière des initiatives constructives pour le monde d'aujourd'hui et de demain. Terminant mon Master de journalisme cette année par mon mémoire de fin d'études, j'aimerais m'enrichir de nouvelles expériences avec le Globeur, réaliser un podcast de solution et faire des reportages.

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