Beyrouth, ville blessée, au cœur des débordements humains. Photo : Corentin Carret

Hausse de la criminalité au Liban, la crise économique comme facteur ?

Le Liban fait face à une crise économique et politique sans précédent dans son histoire. Depuis la “révolution” d’octobre 2019, le pays voit son économie s’effondrer et de plus en plus de faits divers macabres couvrent les pages des journaux libanais.

Le ministre de l’intérieur a annoncé en mars dernier: « La situation sécuritaire du pays est en chute libre ». En effet, de moins en moins de libanais se sentent en sécurité lorsqu’ils marchent ou même roulent dans les rues, de jours comme de nuits. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2020 le nombre de meurtre a augmenté de 83%, les vols de 57% et ceux des voitures spécifiquement de 112%. Cette importante hausse de la criminalité est-elle due à la situation plus que difficile qu’affronte le Liban ? Question rhétorique.

La crise sociale d’octobre 2019, puis la crise sanitaire qui a frappé le Liban en mars 2020 et pour finir l’explosion du port de Beyrouth qui a traumatisé le pays entier sont les facteurs d’une crise économique sans précédent. Et lorsqu’un pays voit son taux de pauvreté monter en flèche, le taux de criminalité le suit.

« La conjoncture qui prévaut depuis plus d’un an et demi a favorisé l’insécurité et l’augmentation des crimes » nous explique un responsable du FSI (Forces de Sécurité Intérieur au Liban). Et pas n’importe quel crime, des meurtres de plus en plus violents et effroyables.

Le macabre hante le pays.

En septembre dernier, une adolescente a été brulée vive à Bourg Brajneh. Le 9 mars dans la Békaa, un homme s’est suicidé après avoir tué et découpé sa femme devant les yeux de ses enfants puis caché les parties du corps dans les égouts. La semaine d’avant, deux libanais ont tué un enfant syrien de 16 ans pour avoir maltraité un chien. En avril dernier à Beyrouth, la police a retrouvé des membres d’un corps humains dans une valise, ceux-ci appartenaient à une éthiopienne.

Cette montée en violence n’est pas choquante selon le psychiatre Chawki Azouri, qui parle de « problèmes psychologiques accentués pas le confinement et la pression de la crise économique. » Le Chao règne sur le pays, les gens sont désespérés et se laissent succomber par leurs côtés les plus sombres de la folie. Chawki Azouri continue: « l’augmentation des crimes et de leur sauvagerie sont des phénomènes complémentaires, dans la mesure où il y a moins de censure et de répression liées au fait que l’Etat est absent au sens large du terme. ».

Qui dit crise politique, crise économique, dit crise sécuritaire. L’armée est perdue, les policiers sont désemparés et surchargés. Un militaire aujourd’hui, ne peut pas subvenir aux besoins élémentaires de sa famille. Comment le calme peut régner sur le pays si même ceux qui sont censés le garder sont tirés vers la bassesse de la société d’où peut découler l’immoralité.

« Les punitions sont moindres et le Libanais lambda le sait. La quantité et la qualité de la violence sont également liés au contexte social et économique, ainsi qu’à la dérive sociale dans laquelle nous vivons. Le pire est à craindre. » un message peu optimiste mais réaliste. En 2019, le Liban comptait 79 meurtres, or en octobre 2020 (dernières statistiques émises) on comptait déjà 142 meurtres soit une hausse de 79%.

Le Liban en chute libre, la pauvreté règne dans le pays.

Aristote a dit « La pauvreté est le parent de la révolution et du crime ». Aujourd’hui au Liban, plus de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté contre 28% en 2018, avant la crise. Et il n’y a pas que les libanais qui sont touchés par ce phénomène. Selon l’ONU, 91% des réfugiés syriens qui ont fuit la guerre en venant s’installer dans le pays des cèdres sont tombés aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

Cela est dû à l’inflation, avec un panier alimentaire qui a augmenté de plus de 250% alors que le salaire minimum est passé de 450 dollars à moins de 80 dollars. La moitié de la population a faim, et lorsque l’être vivant a faim mais ne peut manger, il devient rapidement dangereux et violent, d’où la hausse de la criminalité dans le pays.

Corentin Carret

Raymond Depardon a dit: "Il faut aimer la solitude pour être photographe". Je ne vis pas encore de la photographie mais j'aime la solitude, durant mes voyages, durant mes reportages et leur rédaction. Mais lorsque trop pesante, Le Globeur m'aidera à me battre contre elle par son champ d'action.

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