Sofia Charisopoulou ou la psychologie au service des jeunes migrant.es à Chios

Sofia Charisopoulou est une psychologue grecque de 25 ans. Elle travaille auprès d’enfants et d’adolescent.es migrant.es à Chios où elle apporte un soutien psychologique essentiel à des jeunes souvent traumatisé.es. Un métier périlleux dans une année 2020 où les conditions de vie des migrant.es ne se sont pas améliorées, bien au contraire.

Après une licence en psychologie à l’Université Aristote de Thessalonique, Sofia Charisopoulou revient diplômée d’un master en « psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent » de l’Université d’Utrecht, aux Pays-Bas. Depuis, la jeune femme travaille pour plusieurs ONG sur l’île de Chios. Sa mission : apporter un soutien psychologique et des conseils aux enfants et aux adolescent.es migrant.es.

La jeune femme a toujours voulu étudier dans ce qu’elle appelle « le domaine extraordinairement divers » qu’est la psychologie. Mais c’est à l’université que sa vocation se précise. « Ma passion et ma vocation sont de s’engager auprès des enfants et des adolescent.es. J’ai eu le privilège de suivre des cours sur le développement psychologique des enfants aux Pays Bas. Grâce à ces cours, j’ai réalisé à quel point le développement de l’enfant était important et intéressant dans tous ses aspects. Je suis aussi intéressée par la malléabilité de leur esprit dans les premières années de leur vie. »

Intervenir au bon moment

Quotidiennement, Sofia Charisopoulou assiste, conseille et écoute de jeunes migrant.es, dont des mineur.es non accompagné.es, au moyen de différentes thérapies et approches. La psychologue apporte un soutien à des jeunes aux difficultés psychologiques diverses telles que l’anxiété, le stress post-traumatique ou encore des symptômes dépressifs. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille syrienne à la détresse psychologique importante. « Au début quand je l’ai rencontré, elle me racontait à quel point elle voulait se suicider et elle s’isolait, elle ne me regardait jamais dans les yeux. » Traumatisée, l’adolescente s’ouvre pourtant petit à petit tandis que la psychologue en fait sa priorité. Sofia Charisopoulou l’encourage à participer au programme éducatif de son camp où la jeune syrienne améliore son anglais. Sa jeune patiente a aujourd’hui été transférée et vit dans de meilleures conditions. « Elle va désormais à l’école. » se réjouit la psychologue.

« C’est important d’intervenir au bon moment pour éviter des conséquences dramatiques comme un suicide. »

Un travail qui sauve certes des vies mais qui reste difficile. La psychologue décrit un environnement stressant et des expériences parfois difficiles. « Prodiguer des soins psychologiques dans les camps de migrants est très difficile quand ceux-ci manquent de besoins fondamentaux mais bien sûr je fais tout mon possible pour les aider à surmonter leurs difficultés auxquelles ils font face chaque jour. Elle explique devoir prioriser sa propre santé mentale et remercie son superviseur, également psychologue, qui l’aide à faire face aux difficultés dans le camp.

Sofia Charisopoulou présente sa thèse de master après 10 mois de recherche sur le développement de l’identité des jeunes réfugiés à l’université d’Utrecht.

Différentes façons de faire face à un traumatisme

La psychologue explique qu’un jeune ne réagit pas comme un adulte face aux mêmes difficultés psychologiques. Le développement d’un enfant n’est pas achevé et il est plus vulnérable. C’est pour cette raison que les approches de soin sont différentes. Les thérapies créatives comme le dessin et le récit d’histoires fonctionnent bien avec les jeunes migrant.es avec lesquels travaille Sofia. Mais la complexité du travail de la psychologue ne s’arrête pas là.

« Les enfants et adolescent.es varient dans leur manière de faire face aux traumatismes. Ils sont particulièrement sujets aux exploitations, aux abus, au trafic d’êtres humains et de contrebande ».

En fonction de leur âge et de leur genre, les jeunes migrant.es font face à leurs difficultés, de manière différente. A ce sujet, Sofia Charisopoulou écrit un article intitulé “Le deuil de l’enfance et de l’adolescence : L’influence de l’âge sur la compréhension” sur l’acceptation de la mort chez les enfants. Le genre est aussi un facteur. L’experte évoque des différences qui apparaissent à l’adolescence. Les jeunes filles et personnes perçues comme des femmes sont particulièrement confrontées aux injustices patriarcales comme le mariage forcé. Elles ont tendance à intérioriser leurs traumas et peuvent se refermer sur elle-même. Au contraire, les garçons et personnes perçues comme tels, ont tendance à extérioriser leurs difficultés notamment avec de l’hyperactivité. Ils sont quant à eux particulièrement concernés par la prostitution infantile de migrant.es non accompagné.es, qui est majoritairement masculine en Grèce. La réaction des jeunes migrant.es peut aussi être influencée par leur niveau de développement et par des facteurs culturels.

La psychologue a travaillé un an et demi à Chios.

Pandémie et incendies, une année difficile

La psychologue évoque la pandémie de COVID, anxiogène pour la planète entière. Les camps de migrant.es ne font pas exception. Les conditions difficiles et les endroits bondés sont des complications importantes, particulièrement pour les jeunes. « De mon expérience, la pandémie a entrainé chez les enfants des symptômes d’anxiété comme des cauchemars ». Des conséquences à la fois sur le court et sur le long terme sont à déplorer pour la santé mentale des migrant.es. La psychologue constate parfois des régressions dans ses thérapies.

« Les enfants ont beaucoup d’inquiétudes liées aux conséquences de la covid-19. »

Quand retourner à l’école ? Quand revoir ses ami.es ? L’isolation sociale pèse sur les enfants et les adolescent.es. Dans une crise qui dure depuis cinq ans, l’urgence aujourd’hui est de gérer la situation sanitaire -psychologique et physique- engendrée par le virus. Sofia Charisopoulou évoque aussi les incendies qui ont touché le tristement célèbre camp de Moria en septembre. L’Union Européenne et le gouvernement grec se sont mobilisés : des mineur.es non accompagné.es ont par exemple été transféré.es vers de meilleures conditions de vie, reconnait la jeune femme. Mais la psychologue regrette qu’il ait fallu attendre des évènements aussi tragiques pour constater cette mobilisation. « Les leaders européens doivent maintenant poursuivre [leurs efforts]. La société européenne est financièrement, socialement, historiquement et culturellement en position pour faire cela. Si nous ne brisons pas ce cercle vicieux, la violence va continuer. »

Joan Bienaimé

Habitant actuellement à Athènes, Joan traite de l'actualité des Balkans et de l'Europe du Sud pour des médias divers tels que Le Globeur ou Bonjour Athènes.

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