Violeta Palavicino, photo de campagne. Credits : Tomas Islas

Violeta Palavicino : femme, mapuche et candidate à la convention constituante chilienne

Le 11 avril prochain aura lieu au Chili l’élection d’une convention constituante, pour laquelle 155 mandats sont en jeu. Rencontre avec Violeta Palavicino, candidate indépendante, qui entend bien porter la voix des femmes et des communautés indigènes jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat.

C’est depuis le studio radio qu’elle a aménagé chez elle que Violeta Palavicino raconte ses débuts en politique. Ce sont d’ailleurs les auditeurs de son programme radio qui lui ont ouvert les yeux sur la pertinence d’une candidature de sa part, dans un contexte de défiance à l’égard des partis politiques traditionnels. « Les gens me disaient :  ‘‘Mais pourquoi tu ne te présentes pas ? Tu es avocate, bénévole dans de nombreuses associations, tu viens d’un milieu défavorisé, tu travailles à la radio…‘‘. Alors j’ai réfléchi et je me suis dit : ‘‘Mais pourquoi je ne me présente pas ?‘‘ ».

Violeta Palavicino, photo de campagne. Credits : Tomas Islas

« Peu importe si je gagne ou si je perds, rien que le fait d’être candidate est un honneur »

Née d’un père ouvrier dans le bâtiment et d’une mère blanchisseuse, elle n’avait pourtant jamais imaginé entrer en politique. A 16 ans, elle fait ses premiers pas dans une radio communautaire à Lo Hermida, commune défavorisée de la capitale où elle a grandi. Cette expérience lui a donné la passion de ce média, son « autre grand amour, après la musique », sourit-elle en montrant la guitare et le ukulele derrière elle. Son visage s’illumine quand elle évoque ses projets musicaux : guitariste et chanteuse depuis ses 12 ans, elle a grandi dans l’univers d’activisme artistique de son quartier. Aujourd’hui encore, elle se produit dans des ensembles de cueca brava, un type populaire de musique et danse traditionnelles. Elle a notamment cofondé Las Aniñaditas, le premier groupe de cueca brava 100% féminin du Sud du Chili. Le groupe est actuellement en cours d’écriture d’un album.

En parallèle de ses engagements radiophoniques et musicaux, Violeta Palavicino a étudié le droit à l’Université Catholique de Temuco. Cette ville située dans la région de l’Araucanie concentre l’essentiel de la communauté mapuche. En tressant ses cheveux noirs en une longue natte, elle raconte comment elle y venait enfant pour rendre visite à sa grand-mère maternelle lors de fêtes indigènes. Aujourd’hui avocate, elle enseigne le droit du travail dans cette même université. Alors qu’elle est le premier membre de sa famille à accéder aux études supérieures, sa candidature à la convention constituante fait la fierté de ses proches, et la sienne.

Un engagement féministe, social et indigène

En plus de sa famille et de ses auditeurs, Violeta Palavicino peut compter sur le soutien de nombreuses femmes, en particulier les avocates d’ABOIN (Avocates Indigènes) et ABOFEM (Avocates Féministes), des associations pour lesquelles elle travaille bénévolement afin de venir en aide aux femmes et indigènes victimes d’abus. Avec ces avocates, elle élabore un programme dans lequel la question des inégalités de genre figure en bonne place. « Le Chili va mettre en place la première constitution paritaire mondiale. C’est une lutte que nous, les femmes, avons gagnée dans la rue », souligne-t-elle avec une pointe de fierté dans la voix. Plus généralement, l’ensemble du programme reprend « tout ce que les gens ont réclamé en manifestant » depuis octobre 2019. La garantie des droits sociaux d’accès à l’éducation, à la santé, à des retraites dignes et au logement, ainsi que la nationalisation des eaux étaient au cœur de ces revendications.

Violeta Palavicino tient également à représenter la communauté mapuche et tous les autres peuples indigènes qui forment la société chilienne. Elle est déterminée à faire du Chili un « Etat pluri-national, qui reconnaisse la diversité culturelle de sa population ». Au-delà de la restitution de terres par l’Etat chilien, il s’agit de « reconnaître et promouvoir les langues et cosmovisions qui coexistent ». Elle se réjouit du soutien croissant apporté par le reste de la société aux peuples indigènes, qui s’est manifesté par l’adoption du drapeau mapuche comme symbole des révoltes, alors qu’elle-même a décoré son studio avec un drapeau Rapa Nui (nom indigène de l’île de Pâques).

Une manifestante brandissant un drapeau mapuche sur la Plaza Dignidad à Santiago du Chili, le 10 novembre 2019. Credits : Astrid Jurquet

De nombreux projets en perspective

Si Violeta Palavicino est très prise par sa campagne électorale, elle ne manque pas de projets futurs. Elle souhaite fonder sa propre radio pour continuer à « informer les gens de manière indépendante, tout en les faisant rire ». Elle envisage aussi de faire un master de gender studies en Europe. Alors qu’elle avait prévu un voyage sur le vieux continent en 2020, l’épidémie de Covid-19 l’a empêchée de partir.

Et pourquoi pas poursuivre une carrière en politique ? Conseillère politique voire même députée ou sénatrice, la jeune femme engagée ne se ferme aucune porte. « Pendant des années je refusais d’entrer en politique alors que ma mère m’y encourageait… Elle a toujours raison, ça m’énerve ! » conclut-elle en riant.

Astrid Jurquet

De retour en France après une année d'échange au Chili, je prépare les concours de journalisme en attendant la prochaine occasion de partir à l'étranger.

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