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Sénégal : La communauté LGBT, entre censure et reconnaissance

L’homosexualité, passible de 5 ans d’emprisonnement au Sénégal, contraint la communauté LGBT à la discrétion. Harcèlements, discriminations et rejet sont le lot quotidien de cette population, qui peine à se faire une place dans la société. 

           Se battre pour exister. Telle est l’ambition de Seydou* au sein de son pays natal, le Sénégal, où l’homosexualité est proscrite. En classe de première, le jeune élève reçoit de nombreuses menaces du fait de son orientation sexuelle. Le regard de son entourage, y compris celui de ses professeurs, pèse sur ses épaules. On lui rétorque de changer, de refouler son attirance pour la gente masculine, d’être un autre. «  Mais je ne peux pas. Je suis comme ça et c’est de cette manière que je voudrais m’exprimer » soupire-t-il. Les professeurs l’ignorent alors et le méprisent. Une façon, selon lui, de l’exclure de la société. Pourtant, le jeune élève, a essayé de changer, d’aller à l’encontre de lui-même pour s’adapter et être enfin accepté. En vain. Sa vie semble réduite au mutisme. Les parents de Seydou n’acceptent pas de voir la réalité en face. «  Même s’il savent que je suis attiré par les hommes, ils font comme si de rien n’était. Je sais qu’ils me comprennent mais le regard des autres les empêchent de l’assumer. » Cela serait signe d’une éducation ratée, où le poids des traditions et de la religion prennent une ampleur considérable : « Ici L’homosexualité est une sorte de malédiction. ». Heureusement, Seydou peut compter sur ses deux amis et d’un en particulier, vivant à Dahra, au nord-ouest du Sénégal. Le jeune étudiant se pose même la question de savoir s’il pourrait envisager de vivre dans la même ville. «  Nous sommes tellement inséparables que cela éveillerait les soupçons ! », en décrochant un sourire.

Malgré les pénibilités quotidiennes, l’élève en classe de terminale a fait un choix. D’être et d’exister tel qu’il est. Déterminé, il décide de se concentrer sur ses études jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, et ignorer les insultes persistantes. «  Ce n’est pas la peine de commencer une bataille qu’on a déjà perdue », évoque-t-il, la voix calme. Seydou souhaite œuvrer pour son pays afin que les droits des personnes homosexuels soient reconnus. «  Je n’ai aucune envie d’immigrer en Europe pour trouver ma liberté. Ce que je cherche, c’est de faire valoir mes droits au Sénégal et changer les mentalités. » A son jeune âge, Seydou voudrait laisser une trace de son passage :« J’aimerais faire de choses remarquables, acquérir une notoriété et militer en faveur des homosexuels. ». Il ajoute : «  Mes parents n’ont pas su me défendre, je ne veux pas que mes enfants subissent la même chose s’ils décidaient d’aimer une personne du même sexe ».

         Le sujet reste tabou et contraint la communauté LGBT à garder le silence. D’après un rapport de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) de 2014 , il est mentionné que :

« La perception négative des homosexuels qu’a la société sénégalaise se traduit en premier lieu par le terme employé pour les désigner : ces derniers sont généralement qualifiés de goorjigeen, soit des « hommes-femmes » en wolof. Au Sénégal, le terme goorjigeen est considérée par les homosexuels eux-mêmes comme discriminatoire, comme une insulte. D’une analyse sociologique du Sénégal, il ressort un modèle social où l’essence même des rapports homme-femme est la reproduction, instituant la prééminence de la famille hétérosexuelle et du patriarcat. Le discours religieux renforce cette altérité entre les sexes. Dans ce modèle, l’hétérosexualité reste la seule norme sexuelle reconnue par la société. De ce fait, l’homosexualité, qu’elle soit masculine ou féminine, est perçue comme une déviance sexuelle ou un « acte contre-nature ». Cette réprobation ne se limite pas au seul champ religieux. Elle traverse toute la société. De manière plus générale, l’homosexualité s’inscrit dans un contexte de mondialisation synonyme, pour une partie des Sénégalais, d’une perte des valeurs morales. Elle est fortement associée à la paupérisation et perçue comme une conséquence du tourisme sexuel au Sénégal. En somme, l’ homosexualité est perçue comme un fait non-africain, importé, occidental et marchand. »

Rapport de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides sur la situation actuelle des personnes homosexuelles au Sénégal, 26 septembre 2014

Des violences de tout ordre

Alioune*, coordinateur de l’ONG AJD PASTEEF, affirme que les personnes de la communauté LGBT subissent davantage de discriminations. Celles-ci se manifestent notamment au sein de l’espace familial. Les homosexuels peuvent être soit négligés ou délaissés par leurs proches. Au sein d’une communauté, les tensions sont plus lourdes, pouvant amener à des violences physiques conséquentes. Par conséquent, les proches des victimes peuvent découvrir leur secret et les rejeter à leur tour. Par ailleurs, les discriminations surviennent parfois dans l’espace public comme dans les établissements scolaires, dans la recherche d’un emploi et par les autres services publics. Selon Alioune, l’accès aux établissements de santé s’annonce préoccupante, stigmatisés les homosexuels peinent à accéder aux premiers soins sans occulter leur véritable identité. «  Il faut former les personnels de santé à destination de la communauté LGBT et mettre les préjugés de côté. Ils doivent être en mesure de soigner n’importe quel individu, quel que soit son orientation sexuelle » exige Alioune.

Selon l’article 319 du code Pénal, les actes homosexuels sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à cinq ans emprisonnement et d’une amende de 100.000 à 1.500.000 francs. Pour le coordinateur de l’ONG, la justice sénégalaise est très hostile vis-à-vis de la communauté LGBT. Par peur d’être démasquée, une personne ayant commis un acte « contre-nature » n’ira pas porter plainte. «  Un homosexuel doit cacher son orientation sexuelle s’il souhaite obtenir une réponse à l’injustice qui lui a été causée », regrette-t-il. Comme l’indique le dernier rapport d’Amnesty International, aucune mesure n’a été prise, en conformité avec les droits humains ratifiés par le Sénégal qui consistent à dépénaliser les pratiques homosexuels entre deux adultes consentants. Au contraire, les arrestations sont fréquentes : au moins 11 personnes ont été arrêtées en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle, réelle ou présumée. Neuf d’entre elles ont été condamnées à des peines allant de six mois à cinq ans d’emprisonnement.

De lourdes répercussions psychologiques

Face au rejet constant, les LGBT construisent leur propre espaces de discussions. Ces groupes permettent de créer des affinités et de se décharger d’un secret lourd à porter. Dès lors, la santé psychologique des LGBT est fragilisée avec un risque accru de troubles anxieux, dépressions et idées suicidaires. Autant de conséquences qui altèrent l’image de soi. Le besoin d’être entendu et reconnu est donc vital, estime Alioune. « Les personnes LGBT qui viennent nous voir n’ont personne avec qui interagir librement. Elles ont besoin qu’on leur prête une oreille attentive, sans jugement, pour qu’elles soient soulagées et renforcer leur estime de soi ». Cependant, la lutte contre le VIH a permis de visibiliser cette communauté et prendre conscience aux instances sénégalaises, de mener des interventions de sensibilisation en leur direction.

*Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat. 

Assatou Diallo

Étudiante en philosophie politique, j'aspire à devenir journaliste. Avec Le Globeur, j'aimerais faire découvrir l'Afrique sous différents angles !

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