Victoria Schenllenberg. Credits : Victoria Schenllenberg

Victoria, une californienne au coeur des feux de forêt

Depuis quelques années, la Californie est en proie aux phénomènes naturels extrêmes : multiplication des feux de forêt, pluies torrentielles, tremblements de terre… Témoin des incendies ravageurs jusque dans son propre jardin, Victoria, jeune étudiante à l’Université de San José, prend la parole pour dénoncer les effets du changement climatique sur l’État du Grand Ouest Américain et présenter son projet de maisons minimalistes.

La Californie, un brasier à ciel ouvert : témoignage d’une rescapée

« Je savais au fond de moi que se jouait un combo explosif, forte chaleur et orage, et que celui-ci ne tarderait pas à mettre le feu à la poudrière prénommée Californie ». 16 août 2020, au milieu de la nuit, Victoria est réveillée par un déchirant coup de tonnerre comme il est rare d’en entendre dans l’Etat du grand Ouest Américain, suivi d’une tempête carabinée.

Quelques heures plus tard, l’étudiante et sa famille reçoivent un ordre d’évacuation immédiat. Pas le temps de récupérer ses affaires, la zone est bouclée, les pompiers en alerte maximale. De petits feux se sont formés dans les montagnes de Santa Cruz et se rassemblent progressivement pour créer un brasier géant. Boulder Creek, la ville de Victoria, n’est pas épargnée, deux maisons au bout de la rue brûlent, les arbres sont calcinés. La cendre est partout dans les rues et le ciel est couvert d’une toile de fumée grise.

Ce n’est finalement que trois semaines plus tard que Victoria est autorisée à rentrer chez elle. Avec émotion, la rescapée témoigne de l’impact que les feux de forêt appelés « CZU August Lightening Complex » ont sur son environnement « au total plus de 160 hectares sont brûlés dans la région de Santa Cruz, et une centaine de maisons sont consumées par le feu, j’ai moi-même failli perdre la mienne ». Néanmoins, à leur grand soulagement, si les arbres du fond de leur jardin ont brûlés, leur maison, située sur une crête de montagne, est saine et sauve.

Voiture cramées dans la rue. Credits : Victoria Schenllenberg

Du Canada enneigé à la Californie ensoleillée: changement de décors

Une telle frayeur, la jeune blonde ne s’y attendait pas quand, à la fin du lycée, elle a déménagé de son Canada natal à la Californie pour rejoindre sa mère qui se remariait. Comme le souligne avec justesse l’étudiante : « quand on pense à la Californie, on imagine le soleil, l’océan, le surf, Hollywood…on est loin de penser aux feux de forêt, aux tremblements de terre et aux séismes ». Une fois arrivée dans le Golden State, changement de décors pour la canadienne. En effet Victoria emménage dans la région montagneuse de Santa Cruz, à 1h30 au sud de San Francisco, plus précisément dans la petite ville de Boulder Creek, zone boisée particulièrement sujette aux feux de forêt et à l’érosion des sols.

Vue sur les redwoods brûlés depuis le jardin de Victoria. Credits : Victoria Schenllenberg

« J’espère apporter ma contribution » : Le projet de maisons minimalistes de Victoria

Suite à son expérience, et avec un enthousiasme communicatif, la canadienne de naissance confie son projet de réaliser des hébergements d’urgence sous forme de Tiny Houses, littéralement « minuscules maisons ». Inspirées d’un mouvement architectural et social né aux États-Unis, ces maisons ont pour but de promouvoir un style de vie simple dans de petites maisons, le plus souvent écoresponsables. Sa vision : « je crois qu’un jour il serait incroyable d’avoir une entreprise qui puisse construire plusieurs centaines ou milliers d’unités de tiny houses afin de les rendre disponibles dans les zones affectées par les catastrophes naturelles de sorte à fournir des logements temporaires pour les évacués d’urgence. » L’idée est de créer un sentiment de chez-soi dans un climat d’urgence et de stress, Victoria s’imagine même créer sa propre entreprise un jour, alliant ses études en architecture d’intérieur à son expérience et sa volonté de changement social.  En attendant, la jeune entrepreneuse a décidé de lancer un club dans son université, dans le but d’apprendre aux élèves à créer et construire des maisons minimalistes. Cette expérience lui a permis de décrocher un travail dans une association à but non lucratif créant des tiny houses pour les sans-abris. Selon elle, un autre aspect bénéfique du projet consisterait  à rendre le coût du logement moins cher en Californie, où le prix de l’immobilier atteint des sommets. Cela permettrait d’offrir la possibilité à des étudiants ou jeunes actifs de se loger pour un prix décent dans le 2ème État le plus cher des États-Unis. « J’espère apporter ma contribution et tirer les leçons de mon expérience » conclue la jeune femme pleine de dynamisme.

Exemple de « Tiny House » ou maison minimaliste. Source: Pexels

Savoir tirer les leçons

Avec un grand sourire, la joyeuse étudiante tente de tirer les leçons de ce qu’elle a vécu. Cette expérience d’évacuation d’urgence lui a permis de réfléchir au matérialisme ambiant aux États-Unis et à relativiser l’importance des possessions matérielles. « Quand tu apprends à vivre avec un petit sac-à-dos pendant 3 semaines, la seule chose qui te réjouit en rentrant à la maison, ce n’est pas de retrouver tes affaires personnelles, mais ce sentiment de famille, de se sentir chez soi ».  Quant à son intention de rester dans la région malgré les nombreux facteurs de risques naturels, la Californienne d’adoption en fait une certitude, elle ne compte pas déménager car elle se sent à la maison ici dans les montagnes de Santa Cruz. En ce qui concerne son Etat de résidence, elle admet que « c’est toujours un pari de venir habiter en Californie, lorsqu’il s’agit des catastrophes naturelles, mais en définitive c’est un pari qui en vaut la peine. J’aime cet endroit, l’accessibilité de tous les types de climats, aller surfer le matin et skier l’après-midi, de l’océan aux sommets enneigés, des forêts aux déserts, la nature est grandiose ! ». Aussi risqué soit-il de vivre ici, le jeu en vaut la chandelle ! De plus, Victoria assure que les arbres reviennent lentement à la vie, « c’est comme une renaissance ».  En effet, après chaque incendie, les séquoias, ces géants mythiques,  reviennent à la vie encore plus consolidés par le feu qui,  fertilisant le sol et détruisant les éléments nocifs pour les graines, leur permet de proliférer, témoignant ainsi du processus millénaire de vie sur terre qui dépasse l’échelle d’une existence humaine.

Capucine Verstraete

Californienne dans le coeur et bordelaise d'adoption, je suis une étudiante en relations internationales, passionnée de voyages, avide de rencontres et soucieuse de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Sportive, j'aime surfer, explorer et photographier les grands espaces de l'Ouest Américain.

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