Exposition d'art, Aishti Mall

La jeunesse libanaise et la sexualité, inconciliables ?

Le Moyen-Orient voit sa jeunesse évoluer, se transformer. Les moeurs la suivent. La vision de la sexualité s’améliore avec le temps mais cette liberté reste encore fragile.

La sexualité. Un sujet omniprésent dans notre civilisation. Qu’elle soit étudiée par les philosophes, les sociologues ou bien juste évoquée entre amis, la sexualité pose problème, pousse à la réflexion et surtout, inquiète, effraye. Dans les pays arabes, ce sujet est tabou, on n’en parle pas, et n’en fait ni même allusion. Mais qu’en est-il du Liban ? Ce pays qui se veut à part, par son multiculturalisme et par son ouverture au monde occidentale. A-t-il vraiment une vision différente de la sexualité ? Et plus précisément, quel regard porte la jeunesse libanaise sur ce sujet? Se sent-elle libre ? Ou au contraire, croupit-elle sous le poids des moeurs qui entretiennent l’existence d’un tabou en se réconfortant dans celui-ci ? 

« Quand j’avais 14 ans, on me traitait de pute juste parce que je trainais avec des garçons » se souvient Yara, jeune Libanaise de confession maronite, âgée de 20 ans et étudiante en troisième année de psychologie à l’USEK. Déjà, à la pré-adolescence, il est difficile pour elle d’avoir une relation avec des garçons, même si cela reste tout à fait amical. Un complexe se créé dès lors: une relation entre sexes opposés n’est-elle pas la bienvenue ? Un malaise nait chez la personne et s’empire avec le temps, surtout lorsqu’il s’agit plus sérieusement d’une relation sexuelle. Yara a eu son premier rapport sexuel à 16 ans, mais l’a caché pour ne l’évoquer finalement que deux ans après, à sa majorité. Avant, elle ne trouvait pas la force d’en parler à qui que ce soit. Elle avait peur des jugements, ceux qu’elle redoutait déjà depuis ses 14 ans. La jeune femme évoque ses  « amis qui en ont envie mais qu’ils ne le font pas parce qu’elles ont peur de ce regard. ». Ce regard pesant, omniprésent dans la société libanaise ne faciliterait en tout point l’ouverture d’esprit de la jeunesse du pays.

Perla, étudiante de 22 ans en ingénierie mécanique à la Libanese American University et chrétienne non pratiquante témoigne de ce tabou: « Vous devez toujours parler moins fort en public si vous abordez ces questions sur la sexualité car si on vous entend et que vous ne portez pas d’alliance, vous serez certainement jugé.»

Le mariage, l’union sacrée

Un autre fait ressort de ces paroles: l’alliance, le mariage. Les relations sexuelles sont-elles alors plus mal perçues lorsqu’on n’est pas marié? Angélie, maronite et étudiante de 22 ans en télé-communication et web-developer en parle librement: « Avant, la virginité avant le mariage, je trouvais cela important, mais plus maintenant. Je suis prête à la perdre mais mon copain ne veut pas. C’est lui qui est beaucoup plus fermé sur ce sujet, il me dit qu’on peut attendre. ».

Contrairement aux a priori entretenus par la société, la question de la virginité avant le mariage se pose pour les deux sexes. « J’ai déjà eu des relaxions sexuelles mais je n’ai jamais essayé la pénétration vaginale. » explique Angélie au sujet de ses relations. Oui, encore aujourd’hui, l’hymen est quelque chose de très important dans le pays.

L’anal ou la fellation sont des pratiques substituantes à la pénétration vaginale, pour garder l’hymen intacte et ainsi se marier en toute tranquillité. Yara est complètement en désaccord avec cette croyance qui reste très archaïque selon elle: « Tu n’achètes pas une voiture sans l’avoir essayer. Car si tu te maries et que sexuellement ça ne marche pas, ça craint. Avoir des rapports sexuels c’est un besoin. » Avec beaucoup d’humour, cette jeune Libanaise se révolte contre une pensée encore trop ancrée dans le pays.  

La communication, nécessaire à l’apprentissage

Mais découvrir sa sexualité est une étape importante dans sa vie. Que ces questionnements arrivent à l’âge de 12 ans ou de 25 ans, il est nécessaire de trouver des réponses ou des conseils pour mieux la comprendre. Où ces jeunes Libanais trouvent-ils leurs réponses ? Perla a eu l’aide de son grand frère: « Je ne parle pas de ma sexualité avec la famille à part avec mon grand-frère qui a 25 ans, nous sommes très proches et on se fait beaucoup confiance. »Perla se sent chanceuse d’avoir trouver en son frère le réconfort et l’écoute dont elle avait besoin pour « surmonter » ses frayeurs concernant son homosexualité. Sujet qui reste aujourd’hui encore très tabou au Liban.

Farah 20 ans, ancienne étudiante en média digital n’a pas eu son frère pour l’aider mais sa mère: « J’ai grandi dans une famille très moderne. Ils m’ont toujours appris à partager mes sentiments et à ne pas avoir peur. Donc oui, ma mère m’a toujours conseillée à ce sujet, comme sur le fait de toujours se protéger, de ne pas coucher le premier soir ». Elle se dit héritière d’une famille « moderne » qui l’a beaucoup aidée durant son adolescence.

Ces deux exemples refléteraient une vérité, celle des jeunes Libanais pouvant trouver un moyen de communiquer à propos de leur sexualité, que ça soit avec la famille ou les amis. Mais il faut peser ses mots et ne pas en faire une généralité, car évidement, il y a des contre-exemples. Angélie en est la preuve : « Je ne parle bien évidement pas de ma sexualité avec mes parents, ils sont fermés d’esprit, beaucoup trop ». Le ton sarcastique qu’elle utilise pour répondre à la question dévoile un tout autre aspect: pour elle, bien évidemment qu’on ne peut pas discuter de sa sexualité avec sa famille. Quelle question !

Remarquant une légère progression dans le monde entier concernant les droits entourant la sexualité, le Liban ne se veut pas disciple de ce mouvement. Des failles continues de persister dans cette société encore très modelable et dont les pays de la région arrivent encore à déteindre sur cette nation des Cèdres.

 

Les prénoms des interviewés ont été modifiés pour conserver leur anonymat.

Corentin Carret

Raymond Depardon a dit: "Il faut aimer la solitude pour être photographe". Je ne vis pas encore de la photographie mais j'aime la solitude, durant mes voyages, durant mes reportages et leur rédaction. Mais lorsque trop pesante, Le Globeur m'aidera à me battre contre elle par son champ d'action.

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