Une table au Liban (c) Corentin Carret

Une table, des mezzés, un narguilé

Le Liban est tristement célèbre pour sa guerre civile de quinze ans, pour celle de trente-trois jours en 2006 contre Israel et pour très récemment, l’explosion du port de Beyrouth. Rien de très positif. Mais ce que nous oublions, c’est que le Liban possède une grande richesse culinaire ! Mettez-vous à table, aujourd’hui c’est libanais pour le quatrième jour de notre semaine spéciale gastronomie.

Avec des touches moyen-orientales la cuisine libanaise offre un foisonnement gustatif incomparable. Je peux citer le taouk, le charwarma, le kefta, les falafels que l’on retrouve dans toutes les restaurations rapides. Mais aussi les mezzés, composés de houmous, de moutabbal, de taboulé (ne pensez pas au taboulé avec de la semoule, mais bien à celui composé à soixante-dix pour-cents de persils), de fattouche, de feuilles de vigne farcies, de soujouk, de kebbé, de samboussek et j’en passe … Ces noms qui ne vous disent surement rien si vous n’êtes pas adeptes de cette cuisine. Mais cela pourrait vous donner des bonnes idées pour vos prochains repas.

Une culture du restaurant

Cette diversité culinaire nous amène à un point fort intéressant de la culture libanaise : le restaurant. Pourquoi un samedi soir, vers 21h, si je décide d’aller manger quelques douceurs libanaises dans un restaurant (un minimum réputé pour sa qualité), je ne trouve pas de place ? Ce qui est facile à comprendre, c’est que déjà, toutes les tables sont occupées mais si nous cherchons un peu plus loin que le bout de notre nez, nous pourrons constater que les Libanais adorent aller au restaurant, plus que dans d’autres pays.

Au Liban, on aime manger ! On sort avec la famille, avec les amis, en couple, avec sa rencontre tinder, avec ses collègues, bref on mange à l’extérieur pour n’importe quelle occasion ! Aller au restaurant pour une demande en mariage, pour fêter un diplôme, la naissance d’un nouveau né, pour un passage en septième, pour les six mois d’un couple, vous aurez compris, tout est excuse pour aller au restaurant. Et ce qu’il y a de bien, c’est qu’on a le choix. Un peu moins depuis la crise économique : en février dernier, environ 800 restaurants avaient déjà fermé leurs portes, et cela se poursuit.

En discutant avec des Libanais, jeunes comme âgés ce qui revient souvent c’est qu’ils aiment se réunir, fréquemment (cela peut aller jusqu’à quatre fois par semaine !), pour discuter, échanger, se raconter leurs journées, dans un endroit calme, tranquille. Il y a moins de bruit que dans les bars ou les boites de nuits, et ils préfèrent sortir à l’extérieur que de rester chez eux, surtout en ce moment.

Malgré la pandémie, les restaurants ont remis le couvert depuis quelques semaines avec un couvre-feu à 23h30. En semaine, les Libanais préfèrent le restaurant aux bars. Etudes ou travail oblige, beaucoup n’ont ni envie de veiller trop tard, ni de trop boire (pour ceux qui boivent).
Et, fait important, ce n’est pas forcément que la classe la plus aisée du pays qui a cette culture du restaurant. Il y en a vraiment pour tous les prix et pour tout le monde.

Le restaurant est pour les Libanais, un moment convivial qui permet d’entretenir les liens, familiaux, amicaux. Le narguilé de sortie, ils passent plusieurs heures assis sur la chaine, fumant, mangeant, discutant. Les plats de « bonne maman » ne se retrouvent pas sur la carte du menu. En effet, vous ne trouverez jamais (ou presque) les plats que les Libanais cuisinent habituellement à la maison comme le mloukhiyye, le mjadra, le mdardra. En comparaison, en France, nous trouvons la blanquette de veau, le bœuf bourguignon ou la poule au pot au menu. La cuisine libanaise servie à la maison et celle servie au restaurant sont très souvent différentes.

Nous voilà au terme de cette brève rétrospective de la culture gastronomique libanaise. Un panorama révélateur du paradoxe entre les incertitudes de la vie quotidienne leur façon de vivre épicurienne et les incertitudes de la vie quotidienne.

Corentin Carret

Raymond Depardon a dit: "Il faut aimer la solitude pour être photographe". Je ne vis pas encore de la photographie mais j'aime la solitude, durant mes voyages, durant mes reportages et leur rédaction. Mais lorsque trop pesante, Le Globeur m'aidera à me battre contre elle par son champ d'action.

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