Des pasteis de nata dans une vitrine à Lisbonne. (c) Alexandre Klein

Le pastel de nata : l’étoile montante de la gastronomie portugaise.

Lorsque l’on évoque la cuisine portugaise, c’est souvent la morue, ou encore le porto qui sont le plus souvent cités. Pourtant, un petit flan entouré de pâte feuilletée commence à leur faire de l’ombre : le pastel de nata. Produit phare de la gastronomie lusitanienne, elle conquiert le monde entier. Pour le dernier jour de notre semaine spéciale gastronomie, partons à la découverte de la pâtisserie la plus célèbre du Portugal !

La création du pastel de nata : de la tradition à la popularisation

Le pastel de nata (ou pastéis de nata au pluriel), se traduit littéralement par « tarte à la crème ». Élément principal de la gastronomie lisboète et portugaise en général, les premiers pastéis ont été créés par les religieux du monastère des Hiéronymites, en 1837 à Belém. Les moines de cette petite ville, devenue aujourd’hui un quartier à part entière de la capitale, Lisbonne, étaient à la recherche de revenus financiers afin de faire perdurer leur ordre monastique. Ils élaborèrent ainsi le pastel de nata afin de récolter des fonds et ouvrirent alors la première boutique dédiée à cette pâtisserie. Les nombreux touristes, conquis, ont alors forgé la renommée de celle-ci.

Le monastère des Hiéronymites, lieu de création du premier pastel (c) Alexandre Klein

Cet établissement, la Fàbrica dos Pastéis de Belém ouverte en 1838, existe toujours. Elle est la seule à pouvoir utiliser l’appellation « pastel de Belém ». La recette officielle est restée inchangée depuis la création du premier pastel, et n’a toujours pas été dévoilée. On peut donc affirmer que le premier pastel à avoir vu le jour, était un pastel de Belém, et non un pastel de Nata. Ce qui explique en partie l’engouement que l’on retrouve devant la boutique.

Effectivement, la longue file d’attente matérialise parfaitement la curiosité des visiteurs, venus du monde entier pour découvrir cette fameuse pâtisserie. En témoigne l’excitation de cette famille française, au moment de rentrer dans la boutique : « On attend depuis prêt de trente minutes, mais on sait que ça vaut le coup ! ». Et même si l’attente est longue, elle n’est jamais décevante : « C’était excellent, le cadre est magnifique. On reviendra sûrement l’année prochaine ! ». Qu’on le déguste froid, tiède, avec ou sans cannelle, le pastel de cette boutique légendaire conquiert tous les palais, que ce soit celui des locaux, ou des touristes.

File d’attente devant la Fàbrica dos Pestéis de Belém, à Lisbonne. (c) Alexandre Klein

Pastel de Nata ou pastel de Belém ?

Au regard de l’histoire de cette pâtisserie, le pastel de nata s’apparente donc à une vulgaire contrefaçon du pastel de Belém original. Cependant, chaque pâtissier lisboète a su développer sa propre recette. Il existe même une compétition du meilleur pastel de nata. Celle-ci est prise très au sérieux par les participants, et permet de découvrir les meilleurs pâtisseries de la ville. Parmi les concurrents les plus sérieux, on y retrouve notamment la Pastelaria Aloma. Triple vainqueur de la compétition en 2012, 2013 et 2015, il est possible d’y déguster de délicieux pastel de nata pour 0,95€ pièce. On pourrait encore citer la Pastelaria Manteigaria ou Alcoa, qui sont autant de bonnes adresses pour découvrir le plus célèbre dessert portugais.

Le pastel de Belém vendu à la Fàbrica dos Pastéis de Belém se place donc comme la référence en la matière. Cependant, les pastéis de nata vendus dans les autres boutiques ne sont pas pour autant à mettre de côté. Il est certes impératif de passer à Belém pour goûter à la recette originelle du pastel. Mais il est également possible de découvrir ces pâtisseries dans d’autres magasins, ce qui permet de les comparer, les recettes variant d’un chef pâtissier à l’autre.

Une consommation qui ne se limite pas au Portugal

Il y a quelques années, le pastel de nata ne pouvait se trouver qu’au Portugal. Mais depuis un moment, cette pâtisserie connaît une renommée internationale grandissante. On en trouve maintenant en Chine et aux États-Unis, pour un prix parfois quatre fois supérieur par rapport au Portugal. En 2018, l’entreprise de grande distribution LIDL s’est même vantée d’avoir vendu 2.000 pastéis à l’heure au Royaume-Uni. A Manhattan, la pâtisserie a même été présentée à la carte des desserts d’Aldea, un restaurant étoilé Michelin à New-York. Le chef George Mendes, qui a ouvert cet établissement en 2008, a été surpris par le succès qu’a rencontré le pastel de nata. Au point de devoir expliquer aux clients que la pâtisserie se mange avec les doigts, et non pas avec des couverts. Une belle reconnaissance pour le petit dessert portugais.

Cette popularisation du pastel de nata à l’international ne semble pas avoir de réelle explication. Mais on peut cependant admettre que la pâtisserie lusitanienne remplit certains critères. En effet, elle bénéficie d’une forte promotion de la part du gouvernement portugais. Celui-ci a par exemple subventionné le Festival Nata 2018 à Londres, ainsi que plusieurs entreprises locales. Le pastel de nata a également su séduire à l’international grâce à l’entreprise Nata Pura. Celle-ci reproduit des techniques de marketing très efficaces, sur l’exemple de Dunkin Donuts avec les beignets. Celles-ci consistent principalement à exporter le produit original, tout en l’adaptant légèrement selon le pays. Le pastel de nata se consomme alors de manière différente selon les pays, afin de convenir aux goûts de chacun. Une doctrine qui n’enchante guère les Portugais, partisans d’une consommation du pastel de nata selon la tradition du pays.

Si vous prévoyez un passage à Lisbonne, vous ne pourrez donc pas manquer cet élément incontournable de la gastronomie portugaise. Présent dans toutes les pâtisseries de la ville, le pastel de nata est un élément phare de la culture lusitanienne. Que ce soit en dessert, accompagné d’un café, ou saupoudré de cannelle, à vous de trouver la meilleure façon de le déguster. 

Alexandre Klein

Etudiant à Sciences Po Strasbourg expatrié à Lisbonne pour un an. Passionné de musique et de culture urbaine, j’aimerais profiter de mon année Erasmus pour découvrir la culture portugaise, et la partager sur Le Globeur !

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