« Quatorzaine» au Royaume-Uni et rentrée universitaire : les étudiant·e·s face à l’isolement

La mise en place d’une « quatorzaine » pour entrer au Royaume-Uni oblige beaucoup d’étudiant·es internationaux·ales à s’isoler avant la rentrée scolaire. Les universités de l’ensemble du pays s’adaptent et proposent des solutions pour accueillir sans risque leurs élèves. Des étudiant·es partagent leur expérience.

Mardi 22 septembre, Boris Johnson, Premier Ministre du Royaume-Uni, a annoncé le renforcement des restrictions en place pour lutter contre la propagation de la COVID 19. Il prévient notamment d’un durcissement des mesures disciplinaires dans le cas d’un non-respect de la « quatorzaine ». Cette période d’isolement de 14 jours est obligatoire pour celles et ceux touché·e·s par le virus. Elle l’est également, depuis le 15 août, pour toute personne ayant séjournée dans un pays étranger où circule activement le virus. Alors que les universités font leur rentrée, beaucoup d’étudiant·e·s internationaux·ales se retrouvent ainsi forcé·e·s de s’isoler.

Immersion en “quatorzaine” étudiante : 14 jours dans 9m2

Si la « quatorzaine » est obligatoire pour tout·e étudiant·e provenant d’un des nombreux pays sur la liste rouge du gouvernement britannique, elle est vécue différement par chacun·e, en fonction du lieu de confinement et du soutien disponible sur place. Paul, étudiant français en échange Erasmus + à l’Université de Loughborough, partage ses difficultés à trouver un logement : « C’était un peu la panique parce qu’à chaque fois que je demandais à des proprios si je pouvais venir habiter chez eux il n’y avait pas de soucis, par contre est-ce que je peux faire la quatorzaine là ça ne marchait pas ». Il rajoute que son université « proposait des solutions […] mais que pour les personnes qui louaient des logements pour l’année [des résidences universitaires] .»

Une partie des étudiant·es internationaux·ales a donc dû passer sa quatorzaine dans des logements universitaires. En effet, beaucoup d’universités ont proposé différents services d’accompagnement. Les repas gratuits servis devant la chambre des étudiant·es étaient une option offerte pour éviter de sortir faire des courses, ou de se rendre dans les cuisines communes.

Lola, étudiante française confinée dans une résidence universitaire à Édimbourg, explique cependant : « Très vite, j’ai reçu des mails comme quoi ils n’avaient plus d’approvisionnement de nourriture pour permettre à tout le monde de se nourrir ». Sur les réseaux sociaux, on retrouve de multiples témoignages de repas livrés au milieu de l’après-midi. Des étudiant·es ont également été oublié·es, restant sans nourriture pour la journée entière. Enfin, le régime alimentaire des élèves est respecté de manière aléatoire. Beaucoup se réjouissent donc d’avoir choisi l’option d’aller faire leurs propres courses. « Ça m’arrange bien, ça me permet de sortir un peu, de prendre l’air à ce moment-là », renchérit Lola.

Photographie : Adrien Olichon

La rentrée universitaire 2020 au Royaume-Uni n’inclut qu’un faible nombre de cours en présentiel, sinon aucun. La « quatorzaine » n’implique donc pas de bouleversement dans l’organisation universitaire. Le manque d’interactions sociales se fait tout de même ressentir, ces méthodes d’enseignement ne facilitant pas l’intégration. Andréa, jeune française arrivée début septembre en Ecosse, partage ce sentiment : « C’est vraiment difficile de ne pas avoir de lien, en plus d’être dans un pays où on ne connait déjà personne ».

Entre concept et réalité, le grand écart ?

Si les règles à respecter en période d’isolement sont strictes, l’absence apparente de contrôle de la part des autorités britanniques s’accompagne d’une interprétation parfois souple des mesures.

Cette absence de contrôle se fait ressentir dès l’aéroport. Marion, qui effectue un semestre d’échange à l’Université d’Édimbourg, remarque ainsi que le formulaire obligatoire pour rentrer sur le sol britannique ne lui a jamais été demandé. « J’étais assez étonnée », partage-t-elle. Alice constate également cette absence à Birmingham, où elle a effectué son confinement : 

« En 14 jours je n’ai absolument eu aucun contrôle, je ne connais personne qui a eu un contrôle»

Alice , étudiante à Sciences Po Lyon en échange universitaire à Birmingham

Dans certaines villes du Royaume-Uni comme Edimbourg, des soirées dans les logements universitaires et des sorties impliquant des personnes en isolement sont relayées. Lola a son idée sur la raison de ces comportements : « Il y a des gens qui ne respectent pas du tout la quarantaine parce qu’on sait très bien que maintenant on est beaucoup trop et donc ils ne tracent plus personne ». Sur certains groupes de réseaux sociaux, des étudiant·es arrivant au Royaume-Uni se renseignent sur la sévérité des autorités et la possibilité de contourner les règles. D’autres font part de la difficulté à respecter certaines recommandations : « Je suis censée aller dans les espaces communs (salle de bain – cuisine – salon) quand il n’y a personne et nettoyer derrière moi, ce que personne ne fait parce que dans la chambre de 8m2 ça devient vite long ».

Université de Reading, Berkshire, Royaume-Uni

Cependant, ce non-respect des recommandations n’est pas partagé dans toutes les villes. Alice déclare qu’à Birmingham « globalement oui c’est quand même respecté, par principe […] même si on est d’accord qu’on n’a pas vraiment peur des contrôles ».

La “quatorzaine”, le meilleur système ?

Si éviter la propagation du virus en arrivant sur le territoire britannique est reconnu comme nécessaire, des doutes existent sur la pertinence du système. En effet, certains pays voisins s’annoncent favorables à la réduction de la durée du confinement de 14 à 7 jours.  La France a ainsi adopté la mesure mi-septembre. Pourtant, le gouvernement britannique ne semble à l’heure actuelle pas considérer cette option. Ce contraste amène certaines personnes à la confusion. Julie, étudiante à l’Ecole Nationale Supérieure Paris-Saclay en échange universitaire à Edimbourg, confie ainsi :

« Je ne comprends pas pourquoi tous les pays ne sont pas alignés sur la durée d’isolement»

Le test PCR n’est actuellement pas obligatoire pour se rendre au Royaume-Uni. Il ne permet pas d’échapper à l’obligation du confinement. Son utilisation pour éviter l’isolement séduit une grande partie des concerné·es mais la proposition ne retient pourtant pas l’attention de Boris Johnson, qui la juge trop peu fiable. Andréa regrette cette décision : « Je trouve ça un peu dommage que même en faisant le test, même en étant négative, même si je sais que ce n’est pas à 100% sûr, qu’on soit tout de même obligé·es de s’isoler 14 jours ».

Paul partage cet avis mais relativise face à la pression actuelle sur les services de santé : «Quand je vois la disponibilité des tests en France comme en Grande-Bretagne, s’il fallait en plus tester obligatoirement tou·tes ceux·elles qui partent, je pense que ça ne serait pas possible, il y a surement d’autres priorités. » Il conclut alors : « si c’est le prix à payer pour venir passer un an à l’étranger, ça me va ».

Boris Johnson a prévenu que sans amélioration de la fiabilité des tests ou de la situation sanitaire, les mesures en place pourraient rester en l’état pendant six mois. Les conditions de séjour ne semblent ainsi pas près de s’améliorer pour toute personne prévoyant de se rendre au Royaume-Uni.

Margaux Vallée

Etudiante partie vivre en Angleterre, Le Globeur me permet de partager cette expérience et les découvertes qu'elle provoque.

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