Fouad à Bzebdine en avril 2020.

Fouad ou l’optimisme, portrait d’un jeune O.V.N.I musical

Fouad Ezzedine, jeune DJ,  ambiance les nuits libanaises lors de ses raves qu’il organise clandestinement, dans tous les recoins du pays. Rencontre dans l’envers du décor avec un jeune passionné, ambitieux et talentueux.

Que faire lorsque toutes les foudres s’abattent sur un peuple ? Sur un peuple qui a le cœur sur la main. Un peuple qui, depuis des millénaires, existe et ne se met jamais à genoux. Un peuple de femmes et d’hommes vigoureux, tel qu’ils se décrivent dans leur hymne. Un peuple qui mérite tout le bonheur du monde mais qui ne reçoit que la pire cruauté de la race humaine. Un peuple fort et combattant. Le peuple libanais. Les foudres ce sont : une explosion le quatre août dernier, une crise sanitaire depuis février, une crise économique sans précédent. Tout cela contrôlé par des monarques avides de pouvoir, des tueurs, des assassins se font-ils appelé depuis quelques mois. Ce sont aussi tous les adversaires politiques mondiaux réunis en une seule et petite région: L’Iran, Les Etats-Unis, La Russie, la Palestine Occupée, La Syrie et j’en passe.

Ce petit résumé de la situation actuelle du pays des Cèdres fait froid dans le dos, non? Heureusement, l’espoir est toujours présent, toujours actif. L’espoir des associations qui recousent petit à petit la plaie béante due à la catastrophe de ce tristement célèbre quatre août. L’espoir de ces citoyens qui osent s’interposer contre le pouvoir imposé par ces loups affamés en quête d’un pécune souillé par le sang en manifestant coûte que coûte dans les veines du pays. Oui, le Liban ne baisse pas les bras. Je suis parti à la recherche de ces gens qu’on ne voit pas mais qui redonnent le sourire à beaucoup, ceux qui, dans l’ombre, agissent contre le système pour le bonheur de certains.

L’un d’entre eux s’appelle Fouad. Il est habité par une passion : la musique. En ces temps difficiles, il continue d’organiser des raves clandestines aux quatre coins du pays, de mixer un set devant une foule en quête de liberté et d’échappatoire, pour oublier, durant quelques heures, les soubresauts du pays ainsi que leurs conditions de vie au goût amer et fataliste.

Le début d’une révolution, un besoin de s’exprimer.

L’une des premières raves organisées par Fouad. Photo : Fouad Ezzedine.

« J’ai commencé à mixer durant la révolution, après la fermeture de toutes les boites de nuit. J’ai décidé, à ce moment, d’organiser des raves dans un bâtiment abandonné, the Egg, où j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont beaucoup aidé par la suite. » L’Egg est un bâtiment iconique dans le centre-ville de Beyrouth, un centre commercial jamais terminé. La construction avait été interrompue par la guerre civile (1975-1990). Le gouvernement n’a jamais voulu reconstruire l’édifice et celui-ci est désormais un symbole de cette guerre. Les débuts de Fouad dans cet œuf emblématique a été consciemment un grand coup de communication. Il a été couronné de succès dès ses premières performances. Le DJ a alors décidé d’élargir son ambition en organisant plusieurs fois par mois ces raves, dans différents lieux clandestins. 

Ma première rencontre avec Fouad s’est faite durant l’une de ses raves, perchées dans les montagnes à l’Est de Beyrouth, durant la première phase du confinement, en février. Un équipement simple : une table de mixage, quelques jeux de lumières, un petit bar avec quelques boissons à vendre et une centaine de personnes dansant devant lui. « Je veux simplement transmettre mon message par la musique, beaucoup de personnes apprécient ces raves, ce qui me motive à continuer ». Mais quel message ? Celui de rester positif malgré la situation catastrophique du pays, celui de s’amuser, encore et encore pour oublier un peu le stress de la vie quotidienne. Le divertissement par la musique est, pour lui, nécessaire pour faire relâcher la pression.

Un avenir prometteur.

En tant que Libanais, Fouad ne désespère pas. Contrairement à beaucoup, il souhaite rester ici. « Je ne veux pas partir du Liban, je suis très à l’aise dans mon pays et je m’amuse plus ici qu’ailleurs. Mon but est de continuer de faire ce que j’aime afin d’organiser de plus grosses raves, des festivals et d’inviter des DJs internationaux. ». Libanais ambitieux et d’autant plus étonnant que son avenir, il le projette ici, dans le pays des Cèdres. Fouad ajoute: « Malgré le fait que la situation soit difficile, que tout devienne très cher et qu’il soit de plus en plus compliqué de mettre en place de nouvelles raves, on fait de notre mieux pour en organiser, encore et toujours. ».

L’optimisme de ce DJ fait plaisir à entendre. Quoi qu’il arrive, il ne baissera pas les bras et continuera de vivre de sa passion. Et quand je dis vivre, il faut le prendre avec des pincettes: « Je ne gagne pas trop d’argent avec les événements parce que mon but n’est pas lucratif. ». Même si les places sont payantes (environ 25 000LL), la recette d’une rave sert principalement à payer la location du lieu souvent très cher et à avancer les frais de la prochaine. Sans aucun doute, il ne collecte pas cet argent à des fins personnelles. 


Une dernière question lui a été posée, concernant l’avenir de son pays. Et, toujours avec un élan d’optimisme, Fouad répond: « La situation du pays ne restera pas ainsi, c’est juste une période difficile qui va passer, tout deviendra même mieux qu’avant et les étrangers reviendront pour assister à nos raves ». Que raconter de plus ? Fouad est un jeune homme de vingt-quatre ans, représentant l’avenir du pays. Il expose avec maturité une vision euphorique et pleine d’espoir pour sa nation et possède dans un même temps une ambition riche et mesurée qui va à l’encontre du pessimisme de la société actuelle. Alors, à part être de tout cœur avec lui et l’encourager dans ce qu’il entreprend, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Corentin Carret

Raymond Depardon a dit: "Il faut aimer la solitude pour être photographe". Je ne vie pas encore de la photographie mais j'aime la solitude, durant mes voyages, durant mes reportages et leur rédaction. Mais lorsque trop pesante, Le Globeur m'aidera à me battre contre elle par son champ d'action.

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