Malgré l'ordre donné par les autorités et les nombreux panneaux sommant de garder une distance de sécurité, les habitants continuent de sillonner les bords de plage et viennent regarder la mer d'un air rêveur.

L’Australie, un confinement d’apparence

Le Premier Ministre a annoncé il y a deux semaines qu’il était temps pour les étudiants internationaux de quitter le pays. Mais moi, je suis restée.

En Australie, c’est pas vraiment le confinement. C’est pas vraiment la liberté non plus. C’est pas la panique dans les rues. Mais on n’a plus vu un rouleau de papier toilette depuis 40 jours.

En Australie, c’est l’été. C’est la chaleur d’un après-midi à la plage, c’est la fraîcheur d’un thé glacé à une table de café, c’est l’eau salée sur la peau et le sable dans les vêtements.

Le confinement en Australie, on le vit de différentes manières. Il est arrivé un peu en retard, après tout le monde, comme tout en Australie. Ce continent lointain, cette île gigantesque isolée par les océans et qui s’isole par la pensée. Chez les Aussies, “no worries”. Mais enfin, on y est.

Moi, européenne, je sais ce qu’il se passe. Je le vois, le reçois en direct et en abondance toute la journée. Je vois l’Italie morcelée, le France étouffée, l’Espagne essoufflée, la Grande-Bretagne apeurée. J’ai des amis américains qui ont été rappelés dans leur pays, expulsés de leur logements étudiants, renvoyés des programmes d’échange pour les obliger à partir. J’ai hésité à rentrer. Ma famille m’a dit que je serais plus en sécurité si je restais. Je suis restée. Maintenant c’est trop tard, je ne peux plus rentrer. Plus aucun avion ne décolle, les dernières compagnies facturent jusqu’à 10 000 euros le billet et les rapatriements sont inexistants puisque l’Australie “n’est pas un pays à risque”.

Alors je reste

C’est une atmosphère étrange. Les gens savent et pourtant la vie continue. Les gens s’arrachent les paquets de pâtes mais se promènent et pique-niquent sur l’herbe dans les parcs. J’ai perdu mon travail. Comme tout le monde dans la restauration. On a le droit d’exiger une baisse de notre loyer parait-il. Je ne vais plus à l’université. On a le droit à 500$ d’aide par mois de la part du gouvernement en tant qu’étudiant parait-il. Les informations se bousculent, s’amoncellent, se distinguent et se contredisent. Les groupes Facebook regorgent de messages urgentistes, d’explications douteuses, de témoignages poignants et d’appels à l’aide.

Le confinement est théorique. “S’il vous plaît, ne sortez pas trop.” Les grand-mères changent de trottoirs quand je passe, les plages sont fermées, les bus se font plus rares.

Le confinement est psychologique. “Ne touchez personne.” Mon proprio aime bien me faire une leçon et m’expliquer la situation, me reprocher de ne pas être assez prudente, me rappeler qu’il ne faut pas être plus de deux dans la rue sous peine d’écoper de 11 000$ d’amende. Mon proprio est dans sa grande maison, entouré de sa famille en bonne santé alors que la mienne est touchée par le virus. Je reste parce que chez moi c’est pire. J’ai décidé de retarder mon retour au pays pour me protéger et protéger mes proches. Mon proprio n’a manifestement pas tout compris.

Dans le Daily Mail, on peut lire des articles clamant l’efficacité de l’Australie à gérer la crise. Seulement 61 morts depuis le début, et la courbe baisse. Les australiens sont fiers. Des crises, ils en ont vu passer, et il savent les gérer. Alors pourquoi, lorsqu’une des plage a réouvert pour les surfeurs dimanche dernier, l’étendu de sable jaune avait tourné au noir…de monde ? Alors oui, seulement 61 morts. Et la courbe baisse. Pourtant, ce confinement d’apparence cache des réalités et les Australiens comptent bien relâcher la pression aussi vite que possible.

Le confinement en Australie ressemble à une pâle copie mal dégrossie de celui fait en Grande-Bretagne. Une ancienne colonie devenue indépendante ? On dirait bien qu’en temps de crise, l’influence coloniale refait surface. Scomo reste les bras croisés, attend les instructions de sa reine, et le peuple de Chris Hemsworth fait sa tambouille.

Marine Meunier
Marine Meunier

Passionnée de journalisme, je cherche à acquérir une expérience dans le domaine du reportage vidéo. Je voyage beaucoup et j'aime étudier les différentes cultures et les partager. Backpackeuse et musicienne.

Voir tous les articles
efficitur. lectus et, commodo consequat. Praesent