Le soleil se lève, le 16 mars, sur la place Deak Ferenc Ter de Budapest. Photo : Manon Martel.

Budapest, la fête nationale hongroise et le Coronavirus

Lorsque j’ai quitté Budapest, le 16 mars, la Hongrie se refermait peu à peu sur elle. La France était la prochaine sur la liste des pays avec lesquels le gouvernement hongrois allait stopper les liaisons. Au soir d’une fête nationale dont seules les couleurs avaient résisté à la pandémie mondiale, j’ai pris la décision de rentrer en France. En quelques heures, mes affaires et mes souvenirs d’un mois étaient bouclés.

Les drapeaux rouge-blanc-vert flottent par dizaines dans le léger vent de Budapest. Sur le pont Elisabeth reliant Pest et Buda, on ne voit qu’eux. Les symboles de la nation magyare se détachent du blanc du pont et du bleu du ciel. S’ils n’étaient pas là et que je ne croisais pas ça et là des locaux portant sur leur veste une cocarde aux couleurs hongroises, j’aurais oublié qu’aujourd’hui on est le 15 mars. Et le 15 mars, c’est la fête nationale hongroise.

Quoi de mieux qu’une fête nationale et populaire pour connaître véritablement la culture de son pays d’accueil, ses rites, son folklore. Quelques jours auparavant, lors d’une discussion avec ma tutrice de stage, originaire du pays, je m’y voyais déjà. Je m’imaginais bien au cœur de la foule, écrire un reportage pour le journal dans lequel je suis en stage, entendre le Hongrois à n’y rien comprendre, assister à des spectacles de danses locales et au grand feu d’artifice habituellement tiré sur les berges du Danube. J’aurais surtout bien aimé voir des mes propres yeux des milliers de Budapestois défiler et célébrer l’insurrection nationaliste de 1848 qui exigeait notamment une plus grande liberté de la presse, dans les rues d’un pays marqué par les lois toujours plus liberticides de Viktor Orbán. Mais ce n’est pas pour cette année. Toutes les festivités sont annulées.

Le soleil se lève, le 16 mars, sur la place Deák Ferenc tér. Photo : Manon Martel.
Le soleil se lève, le 16 mars, sur la place Deák Ferenc tér. Photo : Manon Martel.

 

Fermé. Tout est fermé. Les magasins et supermarchés habituellement ouverts tous les jours ont fermé leurs portes, comme tous les 15 mars, pour que les habitants se retrouvent dans les rues pour célébrer leur nation. Après ma virée courses ratée, je rentre chez moi composer avec les restes du frigo. Sur l’avenue Kossuth Lajos, l’une des plus passantes de Budapest, je ne croise pas grand monde. En ce jour de fête où habitants et touristes devraient être dehors, les rues sont anormalement silencieuses, anormalement vides.

J’ai la ferme volonté de profiter du soleil et du Danube. Je file, un bouquin sous le bras, me poser sur un banc au bord de l’eau. Au milieu de l’après-midi, un cortège comptant moins des cent personnes maximum autorisées défile munis de drapeaux et slogans en honneur à leur pays. Il croise les quelques dizaines de touristes et locaux que j’ai vu se promener au fil de l’après-midi. Ma lecture est interrompue plusieurs fois par le passage de ceux qui sont dehors, comme moi, mais aussi par les messages de mes amis m’annonçant qu’ils quittent Budapest en raison du Coronavirus. Je parcours aussi les informations sur les réseaux sociaux. Je n’y ai jamais passé autant de temps qu’en ce 15 mars 2020. C’est aussi ce jour-là que j’ai réalisé l’ampleur et l’importance de la crise.

Il est 20h30. C’en est trop. La pression est irrémédiablement montée. Après la soirée électorale n’évoquant que le stade 3 de l’épidémie en France, les rumeurs du potentiel confinement sur les réseaux sociaux, les messages de mes amis qui rentraient pour « ne pas être bloqué en Hongrie » et l’aperçu de ce que pouvait donner Budapest en ville confinée voire fantôme, je prends mon billet d’avion. Et si la France allait réellement être confinée ? Et si je restais bloquée en Hongrie ? Et si je tombais malade en Hongrie sans pouvoir rentrer dans mon pays ? Et si j’étais hospitalisée dans un hôpital hongrois ? Et si ? Et si ? Et si ?

Manon Martel
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