Une des rues de Ñuñoa, commune de Santiago du Chili encore confinée, 28 avril 2020

Au Chili, un confinement à la carte

Une des rues de Ñuñoa, commune de Santiago du Chili encore confinée, 28 avril 2020

 

Au Chili, où la pandémie a atteint plus de 14000 personnes à ce jour, le quotidien s’organise malgré des mesures de confinement très controversées. 

« T’inquiète c’est juste une grippe ». « C’est comme le virus H1N1, tout le monde s’est inquiété mais la situation s’est réglée en 1 mois ». « Imagine t’as le coronavirus ! ». « Je ne vais quand même pas annuler tous mes voyages pour un rhume ! ». Ces phrases, je les ai entendues ou parfois même dites il y a encore deux mois, lorsque l’on pensait que l’épidémie serait contrôlée et que le virus resterait en Asie. Aujourd’hui, 29 avril 2020, ce n’est plus vraiment le même discours.

Au Chili depuis juillet dernier, je n’aurais jamais imaginé devoir être enfermée et travailler de ma « casa », à plus de 10.000 km de chez moi. Je suis en stage à Santiago et je vis dans l’un des quartiers qui est toujours confiné, dans un pays où le nombre de cas augmente d’environ 200 personnes tous les jours.

Depuis janvier 2020, j’écoutais d’une oreille distraite les actualités liées à ce virus jusqu’à ce que la situation prenne de l’ampleur début mars : « l’Italie a été mise en confinement total » puis vient le tour de l’Espagne et de la France où mes proches sont à leur tour directement concernés par l’avancée de la pandémie en Europe. Au Chili, le premier cas a été recensé le 3 mars mais c’est le 16 que tout s’accélère. C’est à cette date que le gouvernement chilien, mené par son Président Sebastián Piñera, commence réellement à prendre des mesures de distanciation sociale en instaurant un couvre-feu de 22h à 5h du matin et en fermant tour à tour les restaurants, bars et discothèques de la capitale.

Pour moi aussi tout s’enchaîne rapidement. Ma structure de stage m’invite à rester chez moi et à télétravailler pour une durée indéterminée. Tous les projets s’annulent les uns après les autres, et mes amis en échange décident pour une grande majorité de rentrer en France. Il faut prendre une décision : rester ou partir. Après une semaine de réflexion, c’est décidé : je reste car mon stage m’intéresse et parce que je me sens en sécurité et bien entourée dans ma casa. Celle-ci s’organise d’ailleurs peu à peu. Après une petite « réunion de crise » improvisée avec mes dix colocataires (majoritairement des chiliens), nous nous répartissons les tâches et essayons de nous coordonner dans un moment où, plus que jamais, il est essentiel de pouvoir compter les uns sur les autres.

Alors, chacun s’occupe comme il peut : pendant que certains sont en télétravail, d’autres jouent de la musique ou cuisinent. En somme, le quotidien de tous se réorganise, le temps de se réapproprier son temps libre. Pour ma part, entre cours de danse en live, appel avec mes proches et télétravail, je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Fin mars, face à l’avancée de la pandémie dans le pays, le gouvernement chilien s’est décidé à prendre d’autres mesures plus restrictives en décrétant la quarantaine totale. Mais les autorités ont décidé d’opter pour un confinement “light”. En effet, d’abord seule la moitié Est de Santiago et quelques communes de régions ont été confinées. Puis toutes les semaines, tour à tour, certains quartiers sont confinés puis déconfinés au fur et à mesure de la déclaration de nouveaux cas. Face à ces mesures controversées et incomprises, des manifestants se sont d’ailleurs réunis dernièrement dans la capitale, mais ont été rapidement dispersés par les carabiniers.

J’essaie donc de rester toujours au fait de l’actualité pour adapter mon quotidien aux nouvelles mesures prises car il n’est pas toujours facile de suivre les décisions du gouvernement. De manière générale, nos déplacements sont évidemment très limités, il est d’ailleurs obligatoire d’avoir un masque et un sauf-conduit pour sortir dans les quartiers concernés par le confinement.

Depuis maintenant plus d’un mois et demi en quarantaine, ce que l’on pensait extraordinaire est finalement devenu ordinaire. Le temps a ralenti et dans ma casa nous nous sommes tous habitués à ce nouveau rythme. Interloquée et impuissante face aux mesures prises par le gouvernement, je reste chez moi et j’attends la fin de la crise en espérant que d’ici juin-juillet, quelques avions auront été affrétés pour pouvoir rentrer en France.

Marion Torquebiau
Marion Torquebiau

Etudiante en troisième année à Sciences Po Lyon, et actuellement en mobilité à Santiago du Chili, j'aimerais continuer à cultiver ma passion du journalisme en écrivant des articles sur ce beau pays qu'est le Chili

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