Des contrôles de températures sont effectués en gare de Hangzhou, en Chine. Source : Maxppp

“J’ai survécu au Coronavirus” : récit d’une semaine en Chine.

Vous n’avez pas pu passer à côté, la Chine est en proie à un virus épidémique. Baptisé Covid-19, celui-ci a fait plus de 1350 victimes et 60 000 infectés. La hasard a voulu que je sois en Chine peu après sa découverte et le nouvel an chinois. Je vous raconte.


J’arrive sur le sol chinois non pas en avion mais en train car je viens de Russie. La première ville où je débarque est Manzhouli, en Mongolie-Intérieure. Nous sommes le 26 janvier et il est 10h. J’avais vaguement entendu dire qu’un virus était présent en Chine, sans trop y faire attention. Bien trop ravi d’enfin entrer dans cet immense pays et comme j’ai peu d’accès à Internet dans le Transsibérien, la claque n’est que plus forte lorsque je passe la porte des douanes.

La première chose qui me choque est l’omniprésence des masques. Tous les Chinois en portent. On me fait remplir un formulaire : Suis-je malade ? Toux, difficultés respiratoires, fièvre ? D’où viens-je ? Ai-je l’intention d’aller dans la province de Hubei d’où est partie l’épidémie ? La prudence est de mise mais pour nous autres Occidentaux, cet excès de précaution apparaît plutôt comme de la psychose. Deux jours plus tard, dans le train de Harbin à Shanghaï, plusieurs femmes veulent m’offrir des masques, que j’accepte, par peur de les froisser. Est-ce pour me protéger des autres ou au contraire les protéger de moi ? Avant d’atteindre Shanghaï, j’ai un changement de train à Pékin et dois donc prendre le métro pour changer de gare. À cette occasion je rencontre un jeune ingénieur pékinois. “Ce n’est pas du tout le bon moment pour venir à Pékin !” me dit-il clairement. On prend un selfie tous deux masqués et je saute dans le métro direction Pékin-Sud.


À l’entrée de la gare, on me prend la température, 36,8°C, je suis donc en forme ! On me demande également si je suis allé dans la province de Hubei, où a démarré l’épidémie, dans les quatorze derniers jours. Non ? Je peux enfin accéder à la gare ! En attendant mon train j’ai le loisir d’admirer un film de prévention projeté sur immense écran. Se laver les mains, aérer l’habitat, bien mettre son masque et le changer tous les jours sont les consignes à scrupuleusement respecter. Seulement, c’est la rupture de stock des masques en Chine. La panique ayant été plus vite que l’approvisionnement. Bref, le lendemain, me voici à Shanghaï ! Malgré le beau temps je déchante rapidement : tous les musées sont fermés et barricadés, la Shanghaï Tower n’est pas accessible, les parcs sont pour la plupart également fermés. J’ai la chance (et malchance) de voir une ville anormalement vide. Personne dans les rues si ce n’est les agents de sécurité masqués. Quelques rares joggeurs expatriés longent les quais de la rivière Huangpu.

Photo de Shanghaï désert.
Photo de Shanghai désert.

On a l’impression que seuls les étrangers prennent le virus à la légère (à tort où à raison). Le souvenir de l’épidémie de 2003 est encore bien présent. D’ailleurs, le gouvernement a cherché à mieux réagir qu’il y a 17 ans mais le timing n’y était pas.
Après Shanghai, j’ai prévu de me rendre dans les villes de Suzhou et Hangzhou, puis de descendre jusqu’au Vietnam. Mais quelques jours plus tard, un couvre-feu puis une assignation à résidence sont déclarés dans toute l’agglomération d’Hangzhou. Les habitants ne peuvent plus sortir de chez eux et des provisions leurs sont apportées par les services municipaux. Pour ce qui est du Vietnam, la frontière est maintenant fermée pour tous les étrangers venant de Chine (comme la Mongolie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et bien d’autres). Mon voyage est en train de prendre une drôle de tournure. Le couchsurfer devant m’accueillir à Suzhou ayant décommandé (“Non seulement tout est fermé dans la ville mais je ne pense pas que ce soit le bon moment”) et l’auberge à Hangzhou ayant annulé, me voilà sans endroit où dormir ce soir, et pas la moindre idée de où je peux aller dans les jours qui viennent.
Voilà comment se sont déroulés mes derniers jours en Chine. Rassurez-vous, je ne suis pas mort, j’ai juste décidé de quitter le pays afin d’éviter un rapatriement forcé à destination de la France. En arrivant à l’aéroport d’Osaka au Japon, outre les nombreux vols annulés en provenance de la Chine, on me demande d’indiquer si j’ai été dans la région de Wuhan récemment et si j’ai de la fièvre et/ou de la toux. La question sous-jacente est la suivante : ai-je été en contact avec des personnes malades ? Je suis toujours en forme 14 jours après avoir quitté la Chine, la réponse était donc non.

Basile Hervé
Basile Hervé

Une licence de sciences politiques en poche, je compte partir voyager pendant 6 mois en Asie. Ce voyage sera l'occasion d'écrire et d'approfondir les différents formats journalistiques. Passionné de musique, je m'intéresserai aussi beaucoup au côté culturel des pays que je traverserais.

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