Claudia Lopez, figure progressiste singulière en Colombie

Figure émergente en Colombie, Claudia Lopez est une femme politique atypique. Elle s’illustre notamment par ses engagements et actions progressistes. Son parcours et son profil incarnent un renouveau social qui bouscule et dérange la société colombienne. Portrait de la nouvelle maire de Bogotá.

Une déferlante homophobe

Parmi les opposants de Claudia Lopez, une minorité perçoit cette élection comme un scandale et il suffit de jeter un œil sur les réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Fréquemment attaquée en ligne, à travers des commentaires sexistes, homophobes et incitant à la haine, Claudia López se heurte sans relâche au conservatisme de la société colombienne. Rétrograde et profondément catholique, le pays entier n’était pas forcément prêt à accueillir un si grand changement. Preuve en est, fin janvier dernier : des propos dégradants publiés dans la revue sportive « Pelotazos ». Cette colonne anonyme critique violemment la position de la mairesse face aux protestations sociales :

« Claudio López : le nouveau maire de Bogota critique la décision de la mairesse de la capitale d’utiliser l’Esmad (équivalent des CRS en France, ndlr) uniquement en cas d’extrême nécessité et indique que les mêmes “bandits” contre lesquels cette force spéciale n’est pas mobilisée, sont capables d’entrer chez sa compagne, Angélica Lozano, et même de la violer. » – Auteur anonyme

« Ce n’est pas la première fois que la revue Pelotazos insulte ou dénigre des personnes. Ils le font d’abord via le jeune journalisme de la ville qui fait son travail de jour en jour pour couvrir le club, et maintenant ils incitent à l’homophobie avec leurs publications. Plus de Pelotazos. »

​Une autre d’agression verbale a eu lieu au milieu des manifestations le 16 janvier dernier. Alors qu’un jeune citoyen enregistrait l’action, un policier l’a agressé avec ces mots : “Allez enregistrer cette mairesse hijueputa” (littéralement : cette fille de pute ndlr). La vidéo est devenue virale sur internet.

L’homophobie, le machisme, et les agressions qu’ils engendrent sont des problèmes récurrents à Bogotá, particulièrement au sein de la police. Voilà un autre cheval de bataille pour la nouvelle mairesse.

Un parcours politique progressiste, teinté de vert et de violet

Les deux couleurs de sa campagne traduisent ses engagements pour l’avenir: le vert de l’écologie, allié au violet du féminisme. Revenons plus en détail sur son parcours. Académiquement, il force l’admiration. Elle commence par étudier la finance et les relations internationales à l’université Externado de Bogotá. Diplômée de l’université Érasme à Rotterdam, elle obtient un master à l’Université Nationale de Colombie avant de recevoir le titre de Docteure en sciences politiques à l’université de Northwestern, Chicago.

Dans les années 80, elle fait ses premiers pas en politique en participant au mouvement étudiant de la « Séptima Papeleta » qui aboutit à la nouvelle Constitution colombienne en 1991. Rapidement engagée dans la lutte contre la para-politique, elle cherche à mettre en évidence les liens existants entre les groupes paramilitaires et la classe politique colombienne. En 2006, elle dénonce publiquement des scandales politiques et reçoit de nombreuses menaces de mort.

En 2014, alors sénatrice du parti Alliance Verte, elle ne passe pas inaperçu. Ses opposants la qualifient de « grossière et criarde » parce qu’elle s’en prend aux élus corrompus et ne garde jamais sa langue dans sa poche.

“C’est le grand défaut qu’ils m’ont trouvé. Je ne vole pas, je gouverne bien, je dirige, je produis des résultats mais je crie, c’est mon grand défaut (…) Si j’étais soumise et silencieuse, je serais plus jolie, mais il s’avère que contre la corruption nous ne pouvons pas nous taire” – Claudia López

 « Claudia mairesse incorruptible »

Son parcours s’est articulé autour d’une bataille contre les vices et abus politiques du pays ; elle en a fait son fer de lance de campagne. Claudia López s’est toujours positionnée comme la candidate de la justice sociale et de la lutte contre la corruption et le clientélisme. Originaire d’un milieu social modeste, elle a atteint un statut lui permettant aujourd’hui de lutter contre ces fléaux colombiens. La corruption aurait fait perdre à la Colombie au moins 4 % de PIB entre 1991 et 2011, soit environ trois milliards de dollars, selon une étude récente de l’Université Externado.

En 2019, elle lance avec sa compagne une grande consultation anti-corruption. L’objectif est de durcir les sanctions contre les personnes corrompues.  Mais, le quota du tiers de votants n’est pas atteint et les mesures ne sont, par conséquent, pas adoptées.

Image de campagne de Claudia López.

Parmi les thèmes abordés lors de la consultation, on trouve la réduction du salaire des membres du Congrès et des fonctionnaires, qui gagnent plus de 25 fois le salaire minimal légal (un salaire minimum = 282.83€) et la possibilité pour les personnes corrompues d’être emprisonnées.

Désormais mairesse, elle affirme qu’elle se battra pour que les mesures proposées dans cette consultation anti-corruption entrent enfin en vigueur.

« La consultation anti-corruption nous a réunis comme pays ! »  – Claudia López

Claudia López, féministe ?

Quelques jours après les élections, une grande partie des féministes et militants de la diversité sexuelle apportent leur soutien à Claudia López. Mais parmi elles, certaines déplorent une manœuvre politique. Elle a réussi à attirer l’attention de ces communautés car elles s’identifient au personnage et à l’image qu’elle renvoie, plus qu’aux mesures de son programme.

Des critiques ont donc été émises à propos de ce que l’on pourrait appeler une forme de récupération politique ou encore de « pink-washing ». Claudia López a obtenu les soutiens féministes sans avoir ouvertement déclarée être féministe et ceux du secteur militant LGBTQI+ alors qu’elle s’efforce chaque jour d’éviter de concentrer son image politique autour de son identité et ses préférences sexuelles. 

Certains taxent alors ce comportement de féminisme bourgeois qui s’exprime à travers le confort et le privilège de la classe politique dominante. D’autres l’accusent de prétendre se soucier des minorités sans réellement prêter attention aux groupes stigmatisés dans une ville ouvertement hostile à la communauté LGBTIQ+. Dans une capitale où être gay et pauvre ne sera jamais la même chose qu’être gay et riche, on critique son indifférence de la réalité sociale en lui reprochant sa démagogie. Cependant, on retrouve explicitement dans son programme une volonté de lutter contre les inégalités sociales, le machisme et la recrudescence des féminicides.

Emma Bouvier
Emma Bouvier

Etudiante nomade entre Paris et Bogotá. Danseuse, féministe et militante j’aspire à devenir reporter.

Voir tous les articles
justo consequat. libero efficitur. Aenean ultricies dolor. pulvinar