Photo de Victoria Borodinova
Photo de Victoria Borodinova

Avez-vous déjà vu un ours en chapka avec de la vodka dans la main se promenant dans la rue ?

« Pourquoi tu n’es pas sorti une chapka avec l’arrivée de l’hiver », « Qu’est-ce que tu vas boire ? De la vodka, j’imagine ! », « Tu as un ours domestique chez toi ? », « Tes parents vont au travail en voiture ? Je pensais qu’ils le font en char de combat ! ». Chaque Russe arrivant en France (ou dans un n’importe quel autre pays étranger) entend ces phrases à de nombreuse reprises. Évidemment, ces stéréotypes sont les premières idées qui pourraient venir à l’esprit quand la conversation aborde le plus grand pays du monde. Mais cet éventail de clichés représente-t-il vraiment le train de la vie en Russie ?

“En Russie, il fait extrêmement froid. En hiver autant qu’en été.”

Faux ! Vos amis vous conseillent certainement de ne pas oublier votre doudoune même si vous y partez au mois de juillet. Pourtant, il faut savoir que la Russie s’étale sur un très vaste territoire (plus précisément, sur le territoire qui est environ 27 fois plus grand que le territoire de la France).

Les 5 types de climats y sont présents, du climat polaire au climat subtropical. Il fait en moyenne – 45°C en janvier et 15°C en juillet à Oïmiakon (la ville plus froide au monde) tandis que les températures normales de Sotchi montent jusqu’à 6° en janvier et jusqu’à 23°C en juillet. Certainement, les Français pourraient à peine imaginer – 30°C en hiver à certain Saint-Pétersbourg mais ils pourraient bien imaginer 30 °C en été dans la même ville.

 

“Les Russes ne sourient presque jamais.”

Plutôt vrai ! C’est bien flagrant quand vous voyez les Russes dans la rue : bien que les gens regardent les passants qu’ils croisent, ils ont toujours un regard froid envers eux. À la différence des Français, les habitants de la Russie ne sont pas habitués à répondre à un sourire par un sourire. Un sourire de politesse et de courtoisie est souvent considéré comme un « sourire de façade », un signe d’hypocrisie et d’insincérité.

Les psychologues russes notent qu’un sourire est un geste bien précieux dans les mœurs du plus grand pays du monde. Il ne s’adresse pas à de simples inconnus sans raison particulière, mais cela ne veut absolument pas dire que les Russes sont insociables.

“Les ours arpentent en permanence les rues en Russie.”

Faux ! Même s’il arrive parfois qu’un ours s’introduise dans un village ou dans une ville au Nord de la Russie, les ours ne sont pas si fréquents dans les rues. Si un ours se retrouve dangereusement proche d’habitats humains, les services spéciaux s’occupent tout de suite de l’animal, en le neutralisant à l’aide des tranquillisants et en le transportant dans une zone appropriée. Cependant, certaines familles russes ont réussi à domestiquer des ours pour en faire des animaux de compagnie.

“Les Russes boivent énormément d’alcool, surtout de vodka qui est leur boisson préférée.” 

Faux ! On entend souvent que les Russes sont les plus gros consommateurs d’alcool. Pourtant, ce point de vue correspond de moins en moins à la réalité. Une étude récente de l’Organisation Mondiale de la Santé  (OMS) montre que la population russe a baissé sa consommation d’alcool de 50% lors des 15 dernières années.

Un résultat impressionnant dû en grande partie à l’augmentation des taxes d’accise et à l’interdiction de la vente nocturne des boissons alcoolisées. En 2017, la Russie occupait la 4ème place dans la liste des pays qui consomment le plus d’alcool (13,9 litres par personne par an). La Lituanie (18,2 litres par personne par an), la Biélorussie (16,4 litres par personne par an) et la Moldavie (15,9 litres par personne par an) étaient en tête du classement. Néanmoins, le problème d’alcoolisme reste un fléau important en Russie.

En ce qui concerne la vodka, selon des sondages sociologiques, elle représente seulement la 3ème boisson préférée des Russes derrière la bière et le vin. Malgré le prix bas de la vodka (215 roubles ou moins de 3 euros en moyenne), les consommateurs de 20 à 40 ans tendent à se dissocier de la réputation de buveurs irrationnels.

“Les Russes peuvent facilement comprendre et parler d’autres langues slaves telles que le polonais, le tchèque, le bulgare ou l’ukrainien.”

Faux ! Même si le russe, l’ukrainien, le polonais et le tchèque se ressemblent bien au niveau phonétique, elles ont beaucoup de différences grammaticales et lexicales. Si un Russe peut arriver à comprendre le sens général des phrases en ukrainien (qui est souvent assez similaire à la langue russe), il ne peut pas le faire avec d’autres langues slaves. Le bulgare est donc pour un habitant de la Russie presque la même chose que l’italien ou l’espagnol pour un Français.

“Les chars de combat passent librement en ville.”

Faux ! Cela semble évident mais je préfère briser ce stéréotype : les chars de combat ne passent librement en ville que durant les défilés militaires organisés à l’occasion de la fête de la fin de la Deuxième Guerre mondiale (fêtée le 9 mai en Russie). Pourtant, il faut dire qu’il y a plusieurs répétitions de ces défiles militaires lors de la semaine qui précède la fête. Par conséquent, certaines routes des centres-villes de Moscou et de Saint-Petersbourg sont bloquées à cette occasion.

Mais si les chars d’assaut ne circulent pas quotidiennement dans les rues, ils occupent une place particulière dans la culture russe. La Russie est le pays où le biathlon de ce type de chars a été inventé. Les épreuves spectaculaires sont même diffusées à la télévision.

“Les Russes s’appellent entre eux « Camarade ».”

Faux ! « Tovarichtch » (« camarade » en français) est un mot que les bolcheviks (membres de la partie communiste soviétique au pouvoir) ont utilisé pour remplacer les formules d’appel prérévolutionnaires comme « gospodin » (« monsieur » en français) et « gospoja » (« madame » en français). Ce mot est unisexe, autrement dit, il peut être adresser à un homme autant qu’à une femme. Néanmoins, vu que l’État soviétique n’existe plus, « tovarichtch » ne se retrouve pas dans le langage courant des Russes. Actuellement, si ce mot est utilisé dans la conversation, il prend souvent une connotation sarcastique.

“Les Russes portent toujours des ouchanka.”

Faux ! Quand les Français imaginent le Russe traditionnel, il est fort probable qu’ils imaginent un homme blond et aux yeux bleus avec une ouchanka (ou une chapka) sur sa tête. Pourtant, ce chapeau traditionnel en fourrure, muni d’éléments rabattables pour pouvoir couvrir les oreilles ou même la nuque, est considéré comme un objet du passé en Russie d’aujourd’hui. En plus d’être démodée, une ouchanka n’est pas pratique, même avec les conditions climatiques russes, car elle devient trop chaude au-dessus de – 15°C.

Si elle était portée par les hommes les plus puissants du pays en l’Union soviétique (comme Léonid Brejnev, par exemple), maintenant, une chapka russe représente plutôt un souvenir touristique.

“La grande partie de la population russe appartient à la mafia.”

Faux ! La mafia russe reste un des mythes les plus répandus sur la Russie : les films hollywoodiens des années 1990 et 2000 regorgent d’impitoyables gangsters slaves. L’image reflète de moins en moins la réalité  : même si le phénomène est toujours présent, la situation s’est beaucoup améliorée après les temps turbulents d’il y a une vingtaine d’années. À cette époque, de multiples infrastructures et productions industrielles ont été contrôlées par les « vory v zakone » (« voleurs dans la loi » en français). Grâce aux nombreuses actions de forces de l’ordre, les représentants de la mafia russe ont été arrêtés ou ont dû immigrer à l’étranger pour échapper aux dures sanctions.

Cependant, il est vrai que les criminels en Russie se distinguaient de la cruauté excessive. Leur caractère sang-froid ne leur permet pas de faire confiance à tout le monde ce qui rend extrêmement difficile l’entrée dans une bande de gangsters russes. Alors, la plupart des Russes ne font pas partie des structures mafieuses car les « vory v zakone » n’ont plus autant d’influence pour couvrir tous les délits. Par contre, il existe un grand nombre d’habitants qui ont des problèmes avec la loi à cause des impôts non-payés et des infractions du code de la route.

 

“La grande partie de la population russe est communiste.”

Faux ! Le communisme a été l’idéologie dominante de l’État russe pendant plus de 70 ans à l’époque soviétique (de 1917 à 1991). Néanmoins, l’Union soviétique a subi sa chute il y a déjà plus de 25 ans, le communisme a donc perdu tout son crédit dans ce pays. En 1993, le parti communiste de la fédération de Russie a été créé. Actuellement, il compte environ 160 000 adhérents dont 42 membres sont des députés de la Douma d’État (analogue de l’Assemblée Nationale en Russie). Le parti constitue donc la deuxième force politique derrière « Russie unie » qui est le parti au pouvoir en ce moment.

Pourtant, la plupart de partisans du communisme en Russie sont des personnes âgées qui éprouvent de la nostalgie par rapport aux temps de l’Union soviétique. La partie jeune de la population russe se penche vers les mouvements libéraux, en s’opposant aux forces politiques présentes au parlement russe, considérées comme des marionnettes du régime de Vladimir Poutine.

 

(Merci à Alexandra Vozniuk pour l’aide dans l’écriture de cet article)

Artem Arutiunian
Artem Arutiunian

Étudiant en Licence Information-Communication à l'université Lyon 2, rédacteur à Le Globeur / WorldZine / Le Lumière

Voir tous les articles
luctus leo. Nullam in porta. sed adipiscing facilisis
Send this to a friend