La Somalie à la dérive ?

« Nous présentons nos condoléances aux musulmans qui ont perdu leur vie ». Les chababs s’excusent pour les civils qu’ils ont tués dans l’attentat du 28 décembre à Mogadiscio. Ce groupe qui sévit depuis 2006 en Somalie ne cesse d’intensifier ses opérations et de fragiliser la situation du pays.

Pour terminer l’année, le groupe islamiste des chababs a encore frappé en Somalie, le samedi 28 décembre. Très tôt le matin aux portes de Mogadiscio, la capitale somalienne, un véhicule suicide appartenant aux chababs explose. Face à l’ampleur du drame, la Turquie vient en soutien au gouvernement et apporte des aides médicales. Cet attentat coûte la vie à 81 personnes :  un bilan lourd qui montre l’incapacité du gouvernement face au groupe djihadiste.

Les djihadistes somaliens, troubles du pays

Le groupe des chababs, de leur nom complet Harakat al-Chabab al-Moudjahidin (mouvement des jeunes combattants en arabe) a été créé en Somalie. C’est un groupe terroriste islamiste d’idéologie salafiste djihadiste, affilié à Al-Qaïda depuis 2012 et couramment appelé shebab, chebab ou chabab. Son principal objectif est d’instaurer la charia dans la région. Pour cela, il vise avec ses attaques le pouvoir et ses représentants, c’est-à-dire le gouvernement somalien et ses alliés (Turquie, USA et l’ONU).  

Le groupe est né dans un contexte de conflit favorable à son apparition, lors de la guerre civile suite à l’invasion éthiopienne. A ce moment-là, les rivalités claniques augmentent dans le pays. Avec environ 5000 hommes le mouvement gagne rapidement en puissance, s’étend territorialement et se positionne comme l’un des groupes djihadistes les plus importants d’Afrique.

En 2009, les chababs déclarent la guerre au gouvernement et multiplient les attaques terroristes, notamment dans la capitale. Ce n’est qu’en 2011 que les forces armées, en soutien au gouvernement somalien, parviennent à chasser la fraction de la ville. Mais cela ne les dissuade pas de semer la terreur, opérant jusqu’au Kenya.

La Somalie, pays endormi par les conflits

Ancienne colonie divisée entre les britanniques au Sud et les italiens au Nord, la Somalie obtient son indépendance le 25 juin 1960. Très vite des tensions émergent entre Sud et Nord mais aussi avec les pays frontaliers. Le pays devient victime de son histoire. Il subit et enchaînent les guerres civiles et leurs conséquences : famine, maladie, exil, clans.

Dès 1992, une intervention sous mandat de l’ONU est organisée pour aider le pays à trouver une solution de paix.  L’opération Restore Hope est la première intervention menée au nom du droit international d’ingérence humanitaire. Mais c’est un échec et l’opération ne change en rien la désastreuse situation.

Aujourd’hui encore l’état du pays est critique. La naissance du groupe djihadiste des chababs en 2006 n’a fait qu’affaiblir le pays.

 

L’inefficacité à l’international 

En 2007, la mission de l’Union africaine en Somalie, l’Amisom est créée. Il s’agit d’une mission régionale de maintien de la paix en Somalie menée par l’Union africaine avec l’aval des Nations Unies.  Plus de 22 000 hommes sont déployés sur le terrain mais ne parviennent pas à stabiliser la région.

En parallèle les Etats-Unis continuent d’intervenir et essaient d’anéantir le mouvement sans y arriver. Depuis l’investiture de Donald Trump, les forces américaines ont intensifié leurs interventions. Le nombre de frappes aériennes s’est largement accru, tuant plus de 800 terroristes depuis juin 2017. Mais ces intervention ne sont pas parvenues à faire faiblir le mouvement.

En juillet 2019 par exemple, le groupe a mené plusieurs attaques d’envergure. Le 13, ils ont fait exploser un véhicule dans le sud du pays et tué 26 personnes. Le 22 juillet, 17 personnes périssent de nouveau dans l’explosion d’une voiture-suicide et enfin le 24, ils orchestrent un attentat suicide conduisant à la mort de 7 personnes dont le maire de la capitale.

Un sinistre constat car, selon les chiffres officiels, le groupe ne contrôlerait pourtant plus que 30% des territoires ruraux. Cette résistance malgré la perte de territoire et l’aboutissement avec succès de leurs opérations ont contribué à la démoralisation de l’armée somalienne.

Une addition catastrophique, de mauvaises conditions

Alors que la guerre a poussé plus de 2 millions de personnes à se déplacer ou à partir, les conditions climatiques s’ajoutent aux difficultés du pays. Cette mauvaise conjoncture place la Somalie face à une forte crise alimentaire.

Le pays subit la pire sécheresse depuis des décennies. Depuis 2019, les pluies torrentielles ont contraint plusieurs dizaines de milliers de personnes à se déplacer. En mai 2019 les Nations Unies estimaient que plus 1,7 million de personnes manquent de nourriture à cause de la sécheresse. Malgré les dons et aides de la communauté internationale, il est très difficile pour les équipes humanitaires d’accéder aux populations, à cause de la violence sur le terrain.  Pour 2020, l’ONU estime que plus de 6 millions de personnes souffriront de faim.

La situation bancale dans laquelle se trouve actuellement la Somalie ne donne que peu d’espoir d’apaisement pour le pays. La stabilité rêvée depuis son indépendance se confronte aux échecs du gouvernement et à l’inefficacité des actions de la communauté internationale. Il serait sûrement temps pour les pays occidentaux de revoir leurs stratégies face au terrorisme en Afrique. En espérant que cela permette d’éviter des crises humanitaires toujours un peu plus alarmantes.

Camille Bouju
Camille Bouju

Vice-présidente. Colombienne de cœur. Future reporter ?

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