Capture d'écran du documentaire Inside The New People's Army produit par Redfish
Capture d'écran du documentaire Inside The New People's Army produit par Redfish.

La Nouvelle Armée Populaire, dernière guérilla communiste asiatique

Le 13 décembre, un échange de coups de feu a lieu sur une autoroute à l’Est des Philippines. Une attaque qui s’est soldée par la mort de deux personnes dont un officier de police et a fait 15 blessés. Cet événement serait le fait de rebelles communistes selon les autorités policières. Retour sur un mouvement de guérilla qui dure depuis maintenant 50 ans.

Réputées pour ses plages et paysages paradisiaques dignes de cartes postales, les Philippines n’en sont pas moins un pays traversé par les violences depuis de longues années. Du point de vue des médias français, les Philippines sont souvent l’objet d’articles anglés sur la violente guerre contre la drogue que mène Rodrigo Duterte, président des Philippines depuis 2016.

Pourtant, un autre conflit traverse le pays. A l’instar des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en Colombie, une guérilla communiste philippine existe depuis la fin des années 1960 et mène des actions sporadiques contre l’état philippin. L’attaque du 14 décembre serait l’action la plus récente du groupe armé. Selon les chiffres de l’armée philippine, le bilan de ce conflit s’élèverait à plus de 40 000 morts dont environ 10 000 pertes civiles.

Un pays meurtri par les guérillas

La guérilla communiste et la guerre contre la drogue ne constituent pas les seules sources de tensions aux Philippines. Le pays a aussi connu un mouvement insurrectionnel islamiste, un conflit qui a fait environ 150 000 morts et qui s’est résolu en 2014 par un accord de paix. Ce dernier a permis la mise en place d’une région autonome musulmane sur une partie de l’île de Mindanao.

La Nouvelle Armée Populaire (NPA), elle, est toujours active bien qu’elle soit bien moins puissante qu’auparavant. En effet, les rebelles seraient aujourd’hui environ 4000 contre 26 000 dans les années 1980 selon les estimations de l’armée.

Carte du Wall Street Journal montrant la présence des deux groupes rebelles aux Philippines en 2016.
Carte du Wall Street Journal montrant la présence des deux groupes rebelles aux Philippines en 2016.

D’inspiration maoïste, le groupe fut créé lors de la date de naissance de son inspirateur soit le 26 décembre 1968, lors de la période de proclamation de la loi martiale par le président Ferdinand Marcos pour lutter contre la bureaucratie capitaliste, la domination des classes bourgeoises et l’impérialisme américain.  Petit groupe d’étudiants à sa création, la NPA commet son premier fait d’armes en août 1971 avec l’envoi de 3 grenades dans le siège du Parti Libéral à Manille, un attentat faisant alors 9 morts et 95 blessés.

Si le groupe armé est aujourd’hui plus faible, les méthodes n’ont pas changé. Généralement regroupé en petites divisions d’une dizaine de combattants, la NPA vise souvent des unités de police mais également des représentants américains.

 

Des tentatives d’accord de paix

La dernière attaque du NPA intervient 9 jours après l’annonce de Rodrigo Duterte de l’envoi d’un négociateur de paix philippin aux Pays-Bas pour entamer un nouveau dialogue avec le fondateur du parti communiste philippin, Jose Maria Sison. Une tentative pour trouver un accord de paix.

Arrivé au pouvoir en août 2016, Duterte avait relancé ce processus de paix en libérant 19 rebelles mais les négociations n’ont finalement jamais abouti : les deux camps s’accusant mutuellement de violer les conditions préalables à un accord. Le président philippin avait alors déclaré l’arrêt des négociations car les communistes avaient, selon lui, « échoué à prouver leur sincérité et leur attachement dans la poursuite des négociations de paix en commettant des actes de violence. »

Ce dialogue entre 2016 et 2017 constituait alors la 3eme tentative du gouvernement philippin de trouver un compromis avec les forces belligérantes révolutionnaires. Un premier cessez-le-feu de 60 jours avait été signé en 1986 mais les négociations pour un accord n’avaient abouti à rien en raison du refus du gouvernement de libérer des prisonniers politiques en 2012. Des négociations qui ont finalement repris en 2016 avec l’arrivée de Duterte au pouvoir.

Vidéo d’Associated Press montrant l’engagement des jeunes Philippins au sein de la NPE

Une négociation en vue de 2022 ?

Rodrigo Duterte arrive bientôt à terme de son mandat de président et n’a plus rien à perdre. En effet, la Constitution philippine de 1987 prévoit un mandat de 6 ans non renouvelable pour le président. « Duterte n’a plus que 2 ans de mandat et il va probablement penser en termes d’héritage, et un des éléments pourraient être la fin de la guérilla communiste » analyse Eduardo Aralal, professeur de politique publique à la Université Nationale de Singapour à Voice of America.

La situation philippine pourrait donc s’améliorer mais attention au caractère de Rodrigo Duterte. Ce dernier a déjà démontré son absence de politiquement correct et sa pugnacité n’est plus à prouver. Dans un monde où les nouveaux leaders politiques brillent par leur imprévisibilité, difficile de prédire une issue favorable à un conflit qui dure depuis 50 ans.

Quentin Gilles
Quentin Gilles

Rejoignant le projet lors de l'été 2018, j'ai eu la chance de pouvoir écrire à Hong Kong sur des sujets politiques et sociaux pendant un an. Aujourd'hui secrétaire du Globeur, je veux continuer à m'investir pour développer le média.

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