Le Yémen, à corps ouverts

Alors que chacun mène sa petite vie de son côté, consulte rapidement les infos dans sa journée, il y a des quotidiens, qui chaque jour encore, se retrouvent brisés.  C’est le cas du Yémen. Pour ce lundi, je vous invite à essayer de comprendre ce qu’il se passe dans ce pays, dévasté par une guerre depuis plus de quatre ans.

Parce que, pas aussi impressionnant que le bilan humain syrien, pas aussi proche géographiquement que les révoltes d’Ukraine en 2014, pas aussi récent que les révoltes à Hong-Kong, le conflit civil au Yémen n’intéresse pas, ou peu.  Pour sûr, on n’en reçoit que des informations éparses, on le mentionne dans l’actualité, parfois, sans en faire toutefois un sujet central.

En faire un sujet central, c’est un objectif.  Mercredi 6 novembre, cinq célébrités dont Catherine Deneuve, Sophia Aram ou encore Charles Dance ont publié une vidéo s’adressant aux dirigeants du Royaume-Uni, des Etats-Unis et de la France qui, à ce jour, vendent des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, soupçonnés de les utiliser au Yémen.

Un conflit, qui dépasse le Yémen

Le conflit qui se déroule au Yémen est aujourd’hui international avec en fond de toile l’opposition entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Les deux puissances régionales sont impliquées à degré divers. En 2014, une rébellion houthiste prend les armes contre le pouvoir en place.

L’Arabie Saoudite assimile rapidement ce mouvement comme un groupe soutenu par l’Iran et mobilise une coalition sunnite pour écraser cette révolution. Les houthis, effectivement chiites, n’avaient cependant que très peu de relations avec l’Iran à cette époque ce qui a eu pour effet, de renforcer l’aide iranienne selon Younès Abouyoub, ancien négociateur de l’ONU sur le Yémen.

La coalition militaire sunnite regroupe alors l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, le Qatar, le Koweït, le Soudan, les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc. Cette coalition de pays arabes et sunnites, entame l’opération tempête décisive, en mars 2015.

Frappes aériennes et raids, déferlent. 

En plus de cela, les Etats-Unis cherchent, depuis 2000, à combattre Al-Qaïda. Ce groupe terroriste, s’est fraîchement installé dans le sud du Yémen.  Avec l’accord des gouvernements Yéménites, les Etats-Unis opèrent des tirs de drones. La coalition impulsée par l’Arabie Saoudite est donc soutenue par les Etats-Unis. Ces derniers leur garantissent de précieux renseignements.

Le rôle des puissances occidentales, dans un bilan qui s’alourdit

Alors que, selon l’ONU, le Yémen connaît la pire crise humanitaire du monde, le conflit reste peu médiatisé ou épisodiquement. En 2017, la photojournaliste Véronique de Viguerie titrait son reportage « Yémen, la guerre qu’on nous cache ». En 2018, France 24 diffusait un reportage « Yémen, la guerre honteuse ». Une guerre dont on parle peu, donc, et qui a déjà tué près de 234 000 personnes, dont 100 000 directement dans les combats.

Depuis près d’un an, l’ONU alerte sur un usage inapproprié des armes vendues par la France et Les Etats-Unis à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. Le Monde publiait un article le 3 septembre 2019 « L’ONU déplore une « multitude de crimes de guerre » commis au Yémen. En septembre, le média associatif Disclose dévoile des éléments prouvant l’utilisation d’armes françaises contre des civils yéménites et de navires de guerre, dans le blocus maritime.

A partir de là, on comprend déjà mieux pourquoi on parle si peu du conflit. L’implication indirecte de l’Etat français, dans la mort de milliers d’innocents, en fait un sujet tabou. Comme en Syrie, les civils pâtissent d’une guerre, à laquelle ils n’ont pas forcément pris parti. Et puisque personne ne réagit, ou ne s’inquiète des ventes d’armes, que l’Etat refuse de cesser, des personnalités se servent de leur notoriété, pour donner plus de visibilité au problème.

Car un problème, c’en est un ! Depuis près de 4 ans, le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis s’enrichissent sur le dos d’un pays détruit. Pays, qui, selon les Nations Unies, deviendra le plus pauvre du monde. Pays, victime d’un conflit instrumentalisé, par les ambitions des uns et des autres.      

La France, pays défenseur des droits de l’Homme, ne défend visiblement pas les droits de tous les Hommes.

Camille Bouju

Passionnée par la lecture, l'écriture et les voyages je rêve de devenir journaliste. Avec Le Globeur j'espère améliorer mes compétences journalistiques et contribuer à un véritable projet, une idée que je trouve géniale.

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