Singapour, le poumon vert de l’Asie

Avec près d’un tiers de son territoire recouvert de verdure, Singapour s’efforce de cultiver son image de ville-jardin. Tout comme son économie, les projets écologiques de Singapour sont florissants et la cité-Etat entend bien conserver son statut de capitale verte de l’Asie.

Innovation, ambition, écologie

Entre impératif de développement urbain et impératif de préservation de l’environnement, il n’est pas simple de trouver le juste chemin. Pourtant, Singapour parvient à combiner économie très compétitive et grande qualité de vie. La ville se présente comme une ville moderne mais durable. Un élan venant avant tout d’une volonté politique.
Près d’un tiers du territoire est recouvert de verdure. Depuis son indépendance en 1965, la cité-Etat, aussi surnommée la « ville-verte » ou la « ville-jardin » s’est développée en harmonie avec l’environnement.
Les urbanistes ont pensé l’aménagement de la ville de manière à ce que la croissance de la population qui s’annonçait très forte (de 1,8 millions d’habitants en 1965 à 4 millions d’habitants au début des années 2000) se déroule dans un environnement confortable.

Des poubelles à chaque porte dans une ruelle du quartier indien de Singapour.

Singapour a entamé son urbanisation par un plan conceptuel lancé par le programme de développement de l’ONU à la fin des années 1960.
En 1972, un ministère de l’Environnement est créé mais il se préoccupe davantage des problématiques telles que la pollution ou l’insalubrité que du reverdissement, qui est pris en charge par d’autres organisations.
En 2011, le gouvernement lance le plan « A city in a garden » (« une ville dans un jardin ») qui compte végétaliser la ville rapidement et de manière durable.
Deux ans plus tard, l’Etat annonce son intention de faire en sorte qu’au moins 90% des résidents de Singapour vivent à moins de 400 mètres d’un parc ou d’une zone de forêt tropicale.

L’éco-construction a toujours été au cœur de la philosophie des architectes. Des mesures politiques en matière d’entretien des espaces permettent à la ville de jouir d’un cadre fleuri et vert. Les objectifs annoncés par les autorités: améliorer les performances énergétiques en se protégeant des fortes chaleurs, favoriser le développement de la biodiversité et lutter contre la pollution.

En se promenant dans les rues de la métropole, on aperçoit des gratte-ciels recouverts d’une armature d’aluminium permettant d’accueillir de grands jardins verticaux. Les plantes permettent de rafraîchir l’atmosphère, ainsi que d’absorber le CO2.

Ces initiatives politiques contribuent à l’accélération de l’attractivité de la ville-parc. En effet, le tourisme et l’expatriation sont sujets à une augmentation considérable : Singapour se place au septième rang des pays les plus visitées au monde en 2017. Désignée comme la métropole la plus verte d’Asie du Sud-Est, Singapour souhaite propulser ce statut à l’échelle mondiale d’ici 2030 , avec un objectif de 80% de bâtiments verts.

Le gouvernement singapourien semble convaincu que ces mesures amélioreront le bien-être des habitants et leur productivité dans le même temps. Ainsi, l’enjolivement de la cité a, en quelque sorte, une visée utilitariste.

Le vert, ADN de Singapour

Autrefois, Singapour souffrait d’une insuffisance en eau. La superficie n’était pas assez grande pour collecter assez d’eau de pluie et suffire à toute la population. Mais aujourd’hui, elle produit sa propre eau avec des traitements et recyclages des eaux usées. Elle importe également 40% de ses besoins en eau de Malaisie.

Le climat équatorial de l’île favorise la végétation abondante. Aujourd’hui, la ville regorge d’eau et la biodiversité s’enrichit : Singapour compte environ 3 millions d’arbres pour près de 6 millions d’habitants. L’une des particularités de Singapour est bien sûr sa forêt tropicale au cœur de sa zone urbaine.

Par ailleurs, la cité-Etat fait en sorte que l’aménagement du territoire ait des vertus éducatives dans la construction sociale de chaque citoyen. La nature ne doit pas seulement être protégée mais retrouver sa place au sein de la vie humaine.

Gardens by the Bay (Les Jardins de la baie) représentent ce qu’il y a de plus étonnant à Singapour. Une composition entre modernité saisissante et nature domptée mais éclatante . Situés aux confins de la ville, ces jardins s’étendent sur 101 hectares et abritent pas moins de 150 000 plantes. De grands arbres en acier récoltent l’eau de pluie et l’énergie solaire afin d’alimenter le parc. A la tombée de la nuit, ils s’éclairent et offrent aux visiteurs un spectacle de lumière épatant.
Les jardins sont surplombés par le Marina Bay Sands, hôtel de luxe à l’architecture vertigineuse et symbole de l’apparence futuriste que l’île affiche avec fierté.

Les Jardins de la Baie.

L’hôtel de luxe Marina Bay Sands.
The “Supertrees” (Les “super arbres”), hauts de 25 à 50 mètres, fournissent de l’ombre et de l’énergie solaire.

Des limites qui déséquilibrent la construction d’une ville durable

Dès 1965, Lee Kuan Yew, premier Premier ministre de Singapour, transforme le nouvel état en une plateforme économique, politique et écologique prospère. Pour assurer la pérennité de l’île, l’administration souhaite optimiser au mieux les ressources du terrain et planifier son développement.

Malgré la volonté de verdir son blason , Singapour se classe à la 7ème place mondiale en termes d’empreinte écologique. En 40 ans, la consommation d’électricité s’est multipliée par quatre. Enfin, en raison des fortes températures, trois habitants sur 4 ont l’air conditionné chez eux. Cela pose des questions économiques sur les dépenses énergétiques faramineuses de la ville.

Les Jardins de la baie sont l’illustration parfaite de l’ambition verdoyante démesurée de Singapour. Une partie de l’élaboration de cet incroyable parc aura coûté plus de 400 millions d’euros et cinq ans de travaux. Le parc est certes impressionnant, mais la pollution lumineuse et la consommation massive d’énergie pour garantir l’illumination nocturne quotidienne du Jardin de la Baie ne sont pas minimes.

On peut par ailleurs questionner la domestication de l’espace naturel et la volonté d’investir une fortune dans des constructions végétales artificielles plutôt que concentrer ces milliards de dollars dans la biodiversité locale. La nature sauvage paraît être contrôlée par une gestion territoriale stricte.
A l’heure où les Singapouriens construisent une vie de richesse matérielles, il est important de se demander si les investissements humains mis dans la préservation des écosystèmes est davantage un effet de mode plutôt qu’un réel intérêt de la part de la société.

Cela amène à interroger l’aptitude des différents régimes à répondre à la crise écologique. Des chercheurs questionnent la capacité des systèmes démocratiques à agir, tant la difficulté de trouver des compromis freine toute avancée. Certains d’entre-deux commencent à parler de « dictature verte » comme une possible alternative. Aussi appelée « l’éco-dictature », ce régime imposerait un agenda écologique et des régulations face à l’urgence climatique et l’épuisement des ressources. Le philosophe et économiste Cornelius Castoriadis évoquait cette idée d’écologie radicale dès les années 1970.

Selon lui, « l’écologie est subversive, car elle met en question l’imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central selon lequel notre destin est d’augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l’impact catastrophique de la logique capitaliste sur l’environnement naturel et sur la vie des êtres humains ». A travers sa critique du capitalisme, Castoriadis dénonce le productivisme et la croissance. Singapour correspond à ce système d’économie de développement et l’on peut ainsi s’interroger sur la viabilité de son modèle politique. 

Les yeux rivés sur le futur, Singapour a néanmoins le mérite de réaliser ses promesses en matière d’environnement et cela est aujourd’hui devenu un critère de définition de son identité. 

Cannelle Nommay

Passionnée de photo, de voyage et d'écriture, je suis partie décrypter les facettes sud-coréennes pendant un an. À présent, je quitte cette fascinante terre asiatique pour l'Italie, afin d'explorer de plus près nos contrées latines.

Voir tous les articles
tempus nunc venenatis, risus id porta. Sed Phasellus id, sed