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Notre corps n’est pas un tabou

“Notre corps n’est pas un tabou” est avant tout une courte enquête que j’ai souhaité réaliser auprès de jeunes étudiantes colombiennes. Je voulais qu’elles me parlent de leur corps, de notre corps à toutes et montrent que finalement on peut peut-être parler de tout sans tabou. Pas seulement entre filles, non, avec tous.

Alors je me suis demandée comment dans une société conservatrice encore régie par le patriarcat dans la plupart des foyers, les filles, et les garçons allaient réagir à mes questions. C’est ce que je vous laisse découvrir en images.

Le tabou ou ce dont on ne parle pas, l’interdit, fait partie depuis toujours de notre quotidien, nous, femmes du monde. Notre corps est jugé, modelé, et fait l’objet de nombreuses croyances. Que ce soit la masturbation féminine ou l’éternel tabou de la sexualité féminine, la menstruation ou la méconnaissance de notre utérus ou enfin le port de soutien-gorge, tout dans ce qui se rapporte au corps féminin et à la soi-disante féminité est tu, mit sous silence.

Parlons sang, parlons sang tabou

Au 21ème siècle certaines femmes pensent encore qu’elles ne peuvent pas faire de mayonnaise ou qu’elles vont faire fuir les insectes durant leurs menstruations. Beaucoup de collégiennes, lycéennes, étudiantes, mamans, femmes cachent leur protection hygiénique en allant aux toilettes. Dans l’espace public les protections se demandent à voix basse. Personne ne doit entendre, savoir. On appelle ça la pudeur, caractéristique propre à la “femme” comme on l’entend.

Que j’ai mes règles ? Ça ne doit pas se savoir. Ça dérange, ça dégoutte, mais, au final, qui cela incommode ?

Nous pourrions objectivement affirmer que ce sont les hommes qui, au fil des siècles, se sont chargés de la diabolisation des règles. Cela commence avec les premiers monothéismes, lorsque la religion renvoie l’image d’une femme pécheresse, coupable et décrète que tout ce qui sort de son corps est impur. La religion, dès lors, jette un voile sur la nature même du cycle de la vie, les règles, l’ovulation, les menstruations. Même Hippocrate, considéré comme le “père de la médecine”, décrivait les règles comme “nocive”. La menstruation renvoie au pêché, à la saleté, à la honte.

A partir de là, les règles deviennent un tabou.

Pourtant, les menstruations représentent plus de 2400 heures dans la vie d’une femme. 2400 heures sous silence, de douleur, d’émotions, de nettoyage interne, de vie et d’écoulement de sang.

Encore aujourd’hui, en Colombie ou ailleurs dans le monde, certaines filles ne vont pas à l’école pendant leurs règles. En estimant à une semaine par mois la durée des menstruations, les jeunes filles peuvent manquer près d’un quart des classes que suit un enfant scolarisé. Ces absences les rendent bien entendues plus vulnérables face aux hommes et réduisent leurs opportunités de trouver un emploi.

A la découverte de la sexualité féminine, par la masturbation clitoridienne

La masturbation ? Il y a encore 50 ans, nous n’y songions même pas. Pourtant, depuis très longtemps, la science s’intéresse à ce sujet et plus particulièrement au clitoris, cet organe étrange dont on cherche à comprendre l’utilité. Son existence est reconnue à partir du XVIème siècle. On parle alors d’une malformation hermaphrodite, d’une tumeur bénigne.

Mais en réalité les médecins comprennent vite que le clitoris est un organe de plaisir, qu’il procure l’orgasme à la femme. Dès lors, la médecine réprouve la masturbation féminine, c’est une prohibition morale et l’on préconise l’excision pour le “bien” de tous et toutes. On crée même des corsets qui empêchent les femmes de se toucher le sexe. L’onanisme est une pratique déviante, anormale, qu’il faut éviter. La médecine affirme même que la masturbation féminine provoque l’hystérie. En 1875, le clitoris est déclaré “organe inutile”.

Plus tard, Freud affirme dans ses Trois essais sur la théorie sexuelle que seul l’orgasme dit vaginal est acceptable puisqu’il serait digne d’une sexualité adulte et structurée. Ainsi, depuis toujours, masturbations clitoridienne et vaginale sont réprimées, interdites. C’est un sujet dégoûtant.

Encore aujourd’hui on estime que seules 60% des femmes assument avoir recours à la masturbation contre 80% pour les hommes. Preuve que le sujet ne s’est toujours pas démocratisé.

La masturbation est une liberté, un plaisir que les hommes ont refusé d’octroyer aux femmes. Ils se sont réservés cette pratique, et ont transformé la masturbation féminine en un sujet dégoûtant, une pratique répugnante. La masturbation est une émancipation, une indépendance sexuelle que les hommes redoutent.

Le No Bra, la révolution des nichons

Depuis quelques années femmes et scientifiques louent le non-port de soutien-gorge, le fait de laisser ses seins au naturel et forcément ça fait polémique.

Les seins, objet de l’hypersexualisation des femmes, n’ont pas toujours été considérés comme tel. Ce n’est qu’à partir des années 1700 que les tétons féminins, précisément, deviennent tabous. Il faut alors les cacher. Auparavant, l’Art vouait une grande admiration à la nudité féminine (au topless comme on dirait aujourd’hui).

Depuis les femmes portent des soutifs, devenus un signe de féminité. Il remonte les seins, les arrondit et esthétiquement, cela plaît plus. Pourtant ce n’est pas le cas dans toutes les sociétés : en Scandinavie, par exemple, 95% des femmes n’en portent pas. Aujourd’hui, dans la majorité des sociétés, laisser le soutif c’est se confronter au regard extérieur, surtout celui des hommes, et au jugement.

Des études ont récemment démontré le caractère inquiétant du port de soutif dans la relation que celui-ci aurait possiblement avec l’apparition du cancer de sein. En effet le risque de contracter ce cancer serait 125 fois plus élevé. Le soutien-gorge abîmerait les tissus des seins et empêcherait la circulation lymphatique de se faire correctement ainsi que l’élimination des toxines en augmentant la température dans cette zone.

C’est pour ces raisons, et pour le confort et la liberté que procurent le non-port de soutien-gorge, que le mouvement “No Bra” (sans soutif) a été lancé et a rapidement pris de l’ampleur. Il existe même un “No Bra Day” le 13 octobre, inclus dans la lutte contre le cancer du sein. L’objectif est désormais d’apprendre aux femmes à accepter et assumer leur poitrine, leurs tétons qui pointent, quelle que soit leur apparence.

Parce que l’émancipation des femmes passe d’abord et avant tout par l’acceptation de leur corps et de ce qu’elles en font librement, je pense qu’il est temps de parler de ces thèmes avec réalisme et franchise. Les tabous imposés au corps des femmes sont le reflet direct des inégalités qu’elles subissent dans la société. Il est anormal qu’aujourd’hui déclarer ses règles soit encore tabou. Anormal que les filles doivent utiliser des substantifs du type “J’ai mes ragnagnas”, “Les anglais sont là” pour parler de leur menstruation. Anormal de se sentir mal parce que l’on se procure du plaisir, comme les hommes, par la masturbation. Anormal de s’obliger à porter quelque chose qui nous serre, nous compresse et bloque le fonctionnement naturel de notre corps.

Pour aller plus loin : 

Pour toujours moins de tabou sur ces thèmes, parce qu’ils touchent toutes les sociétés je vous conseille :

ELESPECTADOR.COM. (2016). El tabú de la regla

Les Pulpeuses. (2018). Masturbation féminine : on en parle sans tabou ! – Les Pulpeuses Magazine

L’Obs. (2019). 10 choses que vous ignoriez peut-être sur les règles (parce que c’est un gros tabou)

Giess , J. (n.d.). Soutien gorge et risque de cancer du sein

LE NAOUR, J. and VALENTI, C. (2001). Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque

Freetheboobies.fr. (n.d.). Études et observations médicales sur les dangers des soutien-gorges – Freetheboobies

YouTube. (2018). Les règles dans l’Histoire – RDM #28

YouTube. (2018). 28 JOURS – Film Documentaire (2018)

YouTube. (1946). The Story Of Menstruation (1946)

 

Camille Bouju

Passionnée par la lecture, l'écriture et les voyages je rêve de devenir journaliste. Avec Le Globeur j'espère améliorer mes compétences journalistiques et contribuer à un véritable projet, une idée que je trouve géniale.

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