Le carnaval de la ville surprise de Pasto

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Pasto, ville du sud colombien et bien souvent méconnue ou moquée par ses compatriotes, organise chaque année entre le 28 décembre et le 6 janvier, le carnaval des noirs et des blancs. Se déroulant depuis plus d’un siècle, ce carnaval figure sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2009.

Une histoire d’égalité et de tolérance, à l’origine du Carnaval

Tout commence au XVIIème siècle . La Colombie, terre colonisée, est à cette époque sous le contrôle du royaume d’Espagne et les population noires sont esclaves. Pourtant en 1607, dans la région de Narino (Sud la Colombie), un groupe d’esclaves proteste contre ses conditions de vie, provoquant la panique chez les autorités coloniales.

En souvenir et en soutien à cette protestation, quelques années plus tard, d’autres esclaves répètent le mouvement pacifique avec cette fois une réclamation précise. Les populations noires demandent aux colons de leur octroyer un jour libre. Avec le système de hiérarchie en vigueur à l’époque, leur requête est rapportée au Roi d’Espagne qui, pour conserver la paix sociale, accepte et décrète que chaque 5 janvier les esclaves jouiront d’un jour libre. A cette nouvelle les noirs sortent dans les rues célébrer leur première victoire face à l’esclavagisme. Heureux de pouvoir s’amuser et s’exprimer, ils s’amusent ce jour-là à peindre le visage des blancs de peinture noire. Le 5 janvier devient alors l’occasion pour les populations noires de sortir partager et célébrer leur culture à travers la danse, la musique et les jeux et petit à petit s’installent comme une tradition, notamment à Pasto.

Aujourd’hui, en souvenir de ces communautés, le 5 janvier est l’un des jours les plus importants du Carnaval de Pasto, il demeure le jour du jeu des noirs.

Photo officielle de l’association du Carnaval du jeu des noirs

3 siècle plus tard c’est en toute logique qu’apparaît le jeu des Blancs à travers la volonté de s’exprimer de partager joie et amitié lors des premiers jours de l’année. La communauté blanche de Pasto s’approprie alors le jour des rois mages, 6 janvier, pour célébrer leur culture et leurs valeurs. 

En 1912, dans les rues de Pasto, les habitant s’amusent au petit matin à jeter la poudre blanche dont les femmes se poudraient sur les passants, en criant “Que vivent les blancs”. En réponse au traditionnel jeu des noirs, toutes les communautés, couleurs confondues se retrouvent alors recouverts de blancs. Le jeu est ainsi devenu, comme celui des noirs, une coutume qui aujourd’hui se répète chaque 6 janvier lors du carnaval.

De là, les pastosos ont pris la coutume de hurler dans les rues en ces jours “Que vivent les noirs, que vivent les blancs” !

Comme le démontre son histoire, l’origine du carnaval s’est inscrit dans une volonté de respect associée à la liberté, à la joie et à la tolérance.

Une consolidation dans le temps, à travers l’intégration et le métissage de plusieurs cultures

En 1834, les fêtes célébrées par les indigènes avant l’arrivée des colons en Colombie en hommage à la lune reprennent vie et réapparaissent dans un nouveau style, influencées par la culture espagnole. Ces fêtes spontanées s’imposent alors comme l’essence même du carnaval dans sa forme. Car ce n’est qu’un siècle plus tard que l’idée de carnaval se développe réellement lorsqu’en 1926 des étudiants de Pasto décident de participer activement à la fête. Cette année, ils sortent dans les rues déguisés pour danser au rythme de la musique pastosa. A leur insu, ils créent le premier défilé du Carnaval des Noirs et des Blancs. Apparaissent les premiers chars fabriqués à partir de papier sur des plateformes motorisées mais aussi les premières manifestations artisanales et musicales à travers l’art populaire. Dans les années 30/40’, le Carnaval s’inscrit comme une habitude annuelle dans la ville de Pasto.

Ce sont donc tous les Pastosos qui, indépendamment de leur couleur, de leurs origines ou de leur culture, se réunissent et s’allient à la réalisation du carnaval de Pasto, célébrant la richesse résultant du mélange entre la culture noire, la culture indigène et la culture hispanique.

En 2001, le Congrès colombien officialise le Carnaval en le déclarant le Carnaval comme patrimoine culturel national, suivi quelques années plus tard de la reconnaissance comme patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO en 2009

Une fête de couleurs et de musique, à l’image de la Colombie

Aujourd’hui, la tradition continue avec plus de 9800 artistes et artisans qui participent.  Ils dévouent tout leur temps à la préparation et à la réalisation du Carnaval.

Les premiers jours,  adultes et enfants sont invités à colorier les rues avec des craies et des concerts où retentissent les rythmes latinos ont lieu.

Photo officielle de l’association du Carnaval

Puis le 31 décembre, a lieu le premier réel défilé en hommage à l’année qui vient de s’écouler. Lors de celui-ci, les hommes défilent déguisés en femmes et les marionnettes représentent de façon ironique et critique les différents événements qui ont eu lieu au niveau local, national et international au cours de l’année. C’est une façon pour les habitants de laisser et d’oublier l’année qui s’en va et d’accueillir sereinement celle qui arrive.

Photos officielles de l’association du carnaval

Les festivités poursuivent le 2 janvier, avec le Carnavalito, un défilé exclusivement d’enfants et de chars fabriqués par les enfants. Le lendemain, c’est au tour des danseurs de défiler et de montrer leurs chorégraphies aux spectateurs venus du monde entier.

Photo officielle de l’association du Carnaval

Le jour des blancs fait office de fermeture du carnaval avec le plus grand défilé. Chars, danseurs et musiciens défilent sur plus de 7 kilomètres pendant environ 6h. Pendant cet ultime et majestueux défilé les chars sont évalués par des jurés. Le char élu reçoit une rétribution financière en signe de gratification pour le travail effectué tout au long de l’année et pendant le défilé. Les chars sont évalués dès le début par l’approbation de leur maquette mais aussi pour des critères comme la ponctualité lors du défilé.

Cette récompense est une façon pour l’Etat d’encourager les participants à perpétuer et à conserver cette tradition dans toute son authenticité.

Ce carnaval n’est donc pas un simple événement local mais bien le fruit d’une construction à travers les différences, devenu au fil du temps la scène où s’exposent des valeurs nobles à travers notamment la reconnaissance raciale et culturelle.

Sources :

https://dugi-doc.udg.edu/bitstream/handle/10256/14813/SansonRosasJuanFernando_Treball.pdf?sequence=1&isAllowed=y

https://rua.ua.es/dspace/bitstream/10045/76671/1/Investigaciones-Turisticas_15_07.pdf

Camille Bouju

Passionnée par la lecture, l'écriture et les voyages je rêve de devenir journaliste. Avec Le Globeur j'espère améliorer mes compétences journalistiques et contribuer à un véritable projet, une idée que je trouve géniale.

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