Source : Musée McCod de Montréal, musée dédié à la culture Amérindienne et à la préservation de l’Histoire et de la mémoire des premiers peuples autochtones

Les autochtones du Canada: une population en attente de changement

Si le Canada est et demeure un pays reconnu pour sa qualité de vie, il va sans dire que pour les autochtones, les descendants des tous premiers habitants du continent, la réalité est toute autre : pauvreté, chômage, violence, taux de suicide alarmants. Aujourd’hui encore, les peuples des premières nations payent cher la politique de colonisation brutale que la Cour Suprême du Canada a d’ailleurs qualifié de génocide culturel.

Le poids de l’Histoire sur les peuples autochtones canadiens : la question des pensionnats autochtones.

Les pensionnats autochtones étaient et restent encore de nos jours une zone d’ombre de l’histoire canadienne, démontrent la violence avec laquelle le gouvernement canadien a imposé une processus d’assimilation culturelle sans merci aux peuples autochtones canadiens. Les pensionnats autochtones étaient des écoles religieuses financées par l’État créées pour assimiler les enfants autochtones dans la culture euro-canadienne. On estime que ces institutions ont accueilli plus de 150 000 enfants autochtones entre 1880 et 1996 (date à laquelle le dernier pensionnat autochtone a fermé ses portes). On estime qu’environ 6 000 d’entre eux ont perdu la vie.

En effet, si ces organismes avaient comme mission première l’enseignement, en creux, ils étaient surtout un instrument d’assimilation forcée pour les enfants autochtones : leur culture, leur langue et leur religion étaient dénigrées, de l’interdiction de parler leur langue maternelle à l’imposition d’un nouveau nom. L’objectif de ces pensionnats a été résumé par les historiens en une phrase : “il s’agissait, à travers ces pensionnats, de tuer l’indien dans l’enfant”.

Le dernier pensionnat autochtone a fermé ses portes en 1996, mais la mémoire des victimes de cette assimilation forcée reste encore de nos jours étouffée, et demeure plus que jamais un sujet tabou malgré les excuses officielles présentées par Justin Trudeau en 2015.

Le Gouvernement Trudeau : vers une avancée dans la question autochtone au Canada ?

En effet, si depuis les décennies au Canada, les peuples autochtones semblaient être livrés à eux mêmes face à des enjeux qui les dépassent, ces derniers semblent avoir trouvé un allié de poids en la personne de Justin Trudeau, qui avait promis dès son élection des mesures fortes. En effet, dès son arrivée au pouvoir, le jeune élu avait nommé une autochtone Ministre de la Justice et annonçait plus de 6 milliards de dollars d’investissement dans les communautés; présentant dans le même temps des excuses officielles devant la Commission Egalité et Réconciliation, commission de mémoire qui a rétabli la vérité sur la question des pensionnats autochtones.

En définitive, malgré beaucoup de menaces par les forces coloniales, la culture autochtone, la langue et le système social ont façonné le développement du Canada, et continuent à s’accroître et à prospérer malgré l’adversité.

Une marginalisation des peuples autochtones encore trop importante

Mais si le statut des autochtones s’est drastiquement amélioré depuis ces 20 dernières années, les populations autochtones restent encore marginalisées du reste de la société canadienne. En effet, les autochtones souffrent encore d’un manque de représentation politique, d’un manque de légitimité; ce qui donne lieu à des discriminations, voire même des violences dans certains cas.

Premièrement, les autochtones souffrent de discriminations dans leur vie quotidienne. Plus de la moitié d’entre eux vivent en milieu urbain, et les défis auxquels ces derniers font face en milieu urbain sont de taille : racisme, pauvreté, insécurité, précarité, isolement, barrière de langue et méfiance envers les services publics pour des raisons historiques. Les populations indigènes se heurtent donc à de l’incompréhension, de l’intransigeance et de la discrimination. Il incombe donc gouvernement fédéral mais aussi à l’ensemble des provinces du Canada d’assurer l’accessibilité des services à la population autochtone urbaine. Les progrès restent encore pourtant trop faibles du fait du manque de légitimité et de représentation politique dont pâtissent les populations autochtones canadiennes.

Ce manque de légitimité et de considération pour les populations autochtones a été effectivement dénoncé le 9 septembre dernier dans une lettre de Ghislain Picard, chef de <l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador. Cette lettre, adressée aux chefs des partis politiques en campagne électorale pour l’élection générale québécoise (qui avait lieu le 1er octobre) dénonce encore la trop faible prise en compte des revendications des autochtones. En effet, durant les élections provinciales québécoises, on constate que la plupart des partis politiques sont restés muets sur les enjeux autochtones dans les villes au Québec.

La question des femmes autochtones

En outre, le statut des autochtones et la considération des peuples autochtones reste encore critique, surtout concernant les femmes. En effet, les femmes autochtones sont trois fois plus à risque de violence que les autres Canadiennes et  ces dernières sont surreprésentées parmi les femmes disparues et assassinées au pays. Selon la dernière estimation officielle, au cours des 30 dernières années au Canada, plus de 4 000 femmes autochtones auraient disparu ou été assassinées sans que la police ne résolve ces affaires.

Un dessus de mocassins, pièce d’art créée en l’honneur des femmes autochtones disparues ou assassinées faisant partis de la collection de l’exposition « Walking with our sisters ».  Photo : Presse canadienne

La dernière disparition la plus médiatisée en date reste la disparition de l’adolescente Tina Fontaine, datant de 2014, laquelle a été déclarée portée disparue avant qu’on ne retrouve sa dépouille noyée dans le Red River, dans la ville de Winnipeg dans le Manitoba. En réponse à la mort de la jeune Tina Fontaine, un groupe de volontaires appelé Drag the Red a été formé. Ce groupe de volontaire s’active à arpenter les berges de Red River à la recherche de tout ce qui peut être en lien avec les assassinats et/ou les disparitions de femmes autochtones, dans le but de trouver des corps ou des preuves.

Le mouvement de mobilisation des femmes autochtones s’active même sur la toile, avec un hashtag #AmINext lancée par Holly Jarrett. Cette campagne de hashtag a appelé à une enquête nationale et a permis aux femmes autochtones d’exprimer leurs sentiments sur le problème des femmes autochtones disparues et assassinées.

Avec le changement de gouvernement, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé en décembre 2016 qu’une enquête nationale intitulée Enquête sur les Femmes Autochtones Disparues et Assassinées serait entreprise, et des commissaires ont été nommé afin de consulter les familles et les organisations militantes sur la manière de structurer l’enquête.

Cette enquête, bien que fructueuse et démonstratrice de la volonté du gouvernement canadien de répondre en partie aux revendications autochtones, est cependant pointée du doigt pour la trop courte période sur laquelle elle a été effectuée. Cette durée a été raccourcie à six mois, alors qu’elle devait s’étendre sur deux ans. Depuis 2016, les disparitions de femmes autochtones ne cessent pas et les enquêtes policières afin de résoudre les disparitions et assassinats de ces femmes stagnent.

En outre, lorsqu’il n’est pas question d’assassinats ou de disparitions, les femmes autochtones subissent encore aujourd’hui des violences médicales, en témoigne la récente étude menée par Yvonne Boyer, sénatrice et avocate ontarienne métisse, mais également ancienne infirmière. L’étude menée par la sénatrice démontre que les femmes autochtones subissent encore, en 2018, des stérilisations forcées, et que ces pratiques ne sont pas seulement une partie honteuse de l’histoire canadienne, mais qu’elles perdurent encore dans certaines provinces du pays comme dans l’Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, ou encore en Ontario.

En définitive, si le gouvernement Trudeau s’est montré compréhensif et désireux de vouloir intégrer pleinement les populations autochtones au reste de la population canadienne, d’une part en assumant les responsabilités du Canada dans l’affaire des pensionnats autochtones, les efforts restent cependant toujours en demi-teinte.

En effet, la représentation politique, la prise en compte des intérêts et revendications des populations autochtones canadiennes, et les mesures mises en place pour assurer la sécurité des femmes autochtones restent encore bien trop minces. Les réponses apportées par le gouvernement canadien apparaissent en inadéquation avec les promesses fournies par Trudeau lors de sa campagne électorale, ce qui témoigne d’une inefficacité du gouvernement fédéral et de ses provinces à être pleinement attentifs aux revendications des peuples autochtones, mais qui pose également la question de la sincérité des propos que tenaient Justin Trudeau à l’égard de sa volonté de changer les choses pour les autochtones.

Ainsi, si les populations autochtones semblaient avoir trouvé un allié de poids en la personne du jeune premier Ministre canadien, qui s’était montré désireux de changer la donne pour les autochtones, les premières nations du Canada semblent être, une fois encore, seules et face à un gouvernement qui ne déploie pas les moyens nécessaires afin de provoquer un vrai changement pour les populations autochtones.

Lucie Cazottes
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