Umbrella Movement - 29 Septembre 2014 / Katie Brinn

Le mouvement des Parapluies a 4 ans : les leaders devant la justice hong-kongaise

4 ans après la plus importante manifestation jamais organisée à Hong Kong, les têtes pensantes du mouvement vont comparaître devant la justice.

Ils sont trois. Deux professeurs et un pasteur nommés Chan Kin-man, Benny Tai et Chu Yiu-ming. 4 ans après avoir participé au mouvement des Parapluies Jaunes, les trois universitaires doivent, à présent, comparaître devant la justice Hong-Kongaise depuis lundi 19 novembre. Pourquoi ? En 2014, ils avaient participé activement à la fondation et l’organisation du Mouvement des Parapluies aussi appelé “Occupy Central”, en référence au quartier d’affaire de Hong Kong. 4 ans plus tard, la mémoire de cette mobilisation reste encore forte et ce nouveau procès pourrait remobiliser les pro-démocrates.

Ces procès s’inscrivent dans la lignée des procès entamés par le département de la Justice depuis 2015.  Le plus célèbre étant celui de Joshua Wong, 22 ans et fondateur du mouvement politique Demosito (traduit par La volonté populaire d’Hong Kong). Leader étudiant du mouvement et activiste depuis ses 14 ans, Wong avait été condamné à 6 mois de prison ferme pour « rassemblement illégal » en août 2017. La Cour Suprême avait finalement cassé la peine, se justifiant par le jeune âge du désormais leader politique. La haute instance avait néanmoins notifié le besoin de mettre en place des “sanctions qui découragent les assemblées illégales éventuellement violentes”.

En 2018, l’exécutif s’attaque désormais aux têtes du mouvement après avoir tenté de discréditer les principaux acteurs. Chan Kin-man, Benny Tai et Chu Yiu-ming ont notamment créé le mouvement de désobéissance civile Occupy Central with Love and Peace, qui fut l’un des acteurs principaux du rassemblement des parapluies jaunes en 2014. Les trois professeurs sont accusés de conspiration contre l’ordre public, incitation à autrui pour déranger l’ordre public,  demande à autrui de propager les idées de conspirations contre l’ordre public, 3 chefs d’accusation datant de l’époque coloniale et pouvant donc impliquer de la prison.

Qu’est ce que le Mouvement des Parapluies ?

Entrée en vigueur en 1997 (lors de la rétrocession à la Chine), la Basic Law prévoit que le leader exécutif de la zone administrative spéciale d’Hong Kong soit élu au suffrage universel un jour. Nourrissant beaucoup d’espoirs depuis les années 2000, le 31 août 2014 est une douche froide : la Chine annonce qu’un comité électoral Hong-Kongais désignera les candidats pour devenir la ou le chef de l’exécutif. Ce n’est qu’après la désignation des candidats que les citoyens pourront voter, un vote semi-démocratique donc où la possibilité d’être le représentant de l’exécutif n’est pas ouvert à tous.

1 mois après l’annonce, des citoyens, principalement étudiants et universitaires, se réunissent dans le quartier d’affaire d’Hong Kong pour protester contre la réforme. Pendant 79 jours, un mouvement d’occupation non-violent va s’organiser : “C’était une véritable communauté. Des gens apportaient de la nourriture, des services. On nous proposait du dentifrice par exemple. Il y avait une véritable organisation” raconte Scott, étudiant qui a passé quelques jours à Central. “Les 3 professeurs, meneurs du mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP), disaient aux gens : “Venez dîner à Central”, sous-entendant venez occuper Central pour montrer votre désaccord avec le gouvernement.”

Carte de la région d’Hong Kong
Quartier de Central où s’est déroulé le Mouvement des Parapluies

Pendant plus de 3 mois, le mouvement se perpétue et s’organise en  réaction des déclarations du gouvernement : “Occupy Central a réussi à durer aussi longtemps parce qu’il était dans une posture de réaction vis-à-vis des déclarations du gouvernement. Quand celui-ci a compris qu’il fallait juste laisser couler et rester silencieux, les gens ont commencé à se démobiliser” affirme Sam C.W.Choi, professeur à l’Education University d’Hong Kong.

Début-décembre, après des échauffourées avec la police, les principaux meneurs du mouvement se rendent aux autorités, marquant la fin symbolique du mouvement Occupy Central. “Le mouvement a demandé beaucoup d’énergie et n’a abouti à rien : aucune des revendications n’a été obtenue” déplore le professeur.

Depuis 2014 et la fin d’Occupy Central, 220 poursuites judiciaires et 79 condamnations ont suivi. Contrairement aux 3 professeurs qui pourraient être emprisonnés durant 7 ans, toutes les condamnations n’ont débouché que sur des peines relatives, la plus élevée à 10 mois de prison.

4 ans après, quel futur pour le Mouvement des Parapluies ?

4 ans après que reste-t-il du mouvement des parapluies ? Un espoir ? Un projet ? Une utopie ? Pour le moment, un procès, celui des 3 universitaires. Différent des précédents dans le sens où la peine encourue pourrait être beaucoup plus sévère. Accompagnés de 6 autres pro-démocratie, les professeurs ont plaidé non-coupables.

Têtes pensantes du mouvement, ils semblent décidés à poursuivre le mouvement quelque soit la décision : “Je suis prêt à aller en prison (…) J’espère que vous ne baisserez pas les bras – On ne voit que les étoiles dans les heures les plus sombres.” défiait Chan Kin-man lors de son dernier discours à l’Université Chinoise d’Hong Kong.

Pour Sam C.W.Choi, si les Hong Kongais veulent une suite au Mouvement des Parapluies, la mobilisation doit reprendre rapidement : “Ça doit venir des citoyens. On ne peut rien attendre du gouvernement. La mobilisation doit reprendre avant 2030 et s’affirmer en imposant son agenda et ne pas uniquement rester dans la réaction. Si les Hong Kongais veulent conserver leur identité démocratique, ils doivent se remobiliser maintenant. Aujourd’hui, le gouvernement et Pékin rendent les champs d’action et d’expression de plus en plus limités du fait de leur interprétation de la Loi Fondamentale.”

Dans un éditorial au Pentoy, le professeur résume : “Le Mouvement des Parapluies a la pure intention de défendre la démocratie du système. (…) Si nous ne nous attardons que sur un seul aspect, tout sera en vain si nous perdons les autres batailles même si nous obtenons la démocratie. Le combat entre Hong Kong et la Chine doit se faire sur tous les aspects.”

Quentin Gilles
Quentin Gilles

Rejoignant le projet lors de l'été 2018, j'ai eu la chance de pouvoir écrire à Hong Kong sur des sujets politiques et sociaux pendant un an. Aujourd'hui secrétaire du Globeur, je veux continuer à m'investir pour développer le média.

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