« Go home Brexit, you’re drunk » : la sortie de l’UE vue par les britanniques.

44% des Britanniques estiment que le Royaume-Uni n’obtiendra pas d’accord de divorce avec l’Union Européenne avant de quitter celle-ci, le 29 mars 2019. Si on trouve des opinions opposées, l’atmosphère actuelle dans la société britannique est proche d’une crise sociale. En témoigne la manifestation pour un second référendum sur le Brexit, qui a réuni, samedi 20 octobre à Londres, 700 000 personnes.

Un samedi matin ensoleillé au Hyde Park, en plein centre de Londres : en descendant du bus, je me retrouve immédiatement en pleine ébullition, amenée dans une foule unifiée par la couleur bleue des drapeaux européens. Des milliers de personnes sont présentes : familles avec des enfants de tout âge, amis, collègues, partageant le même camp politique ou pas, tous sont là pour exprimer leur opposition idéologique au Brexit, mais surtout, leurs craintes pour le futur.

S’il y a bien une chose qui caractérise cette marche, organisée par « The People’s Vote », campagne politique menée par plusieurs partis, qui n’ont jamais partagé, jusque là, la même vision des choses, c’est cela : plus qu’une opposition idéologique, c’est le quotidien bien ancré dans la réalité post Brexit qui en est le point de départ.

Les inquiétudes pour l’avenir des enfants et l’injustice ressentie par les jeunes

Ce sont les jeunes qui se sentent le plus menacés par le Brexit.

L’une des craintes les plus évoquées ce samedi matin, c’est l’avenir que la rupture avec l’Union Européenne réserve aux plus jeunes, ceux qui auront à construire leur futur dans ce contexte incertain. C’est ce de quoi témoigne Charlie, un cinquantenaire venu à la manifestation avec sa femme et qui arbore une pancarte “Go Home Brexit, you’re drunk » : « Mes enfants voyagent beaucoup en Europe : mon fils se déplace en Allemagne au moins une fois par semaine pour le travail, notre fille travaille en France, et y vit depuis 20 ans. Nous sommes très inquiets, car nous ne savons pas ce que l’après Brexit va leur apporter. Il y a également la question des européens qui résident au Royaume-Uni”(ndlr, 3 800 000 européens y vivent actuellement).

C’est ce qui inquiète Elena, venue en famille, et dont les deux fils jouent à côté. A la question « Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ? “, elle répond sans hésiter : “Je le dois à mes enfants : c’est leur avenir qui est en jeu. Aujourd’hui, les conséquences de la sortie de l’UE peuvent ne pas être aussi apparentes, mais d’ici 5 ans, on paiera cher l’erreur de 2016.”

Les adultes sont, quant à eux, préoccupés par l’avenir de leurs enfants.

“C’est une question extrêmement épineuse. Beaucoup de personnes étaient juste au bout avec le gouvernement qui était alors en place, ils se fichaient un peu de ce pour quoi ils votaient, ils ont surtout voté contre le gouvernement. Je connais quelqu’un qui a voté en faveur du Brexit ” pour rire un peu”. Ce serait dommage que sa petite blague finisse par détruire l’avenir de mes petits-enfants”renchérit Brandon, un activiste, quand je lui demande pourquoi, selon lui, autant de personnes ont voté en faveur de Brexit en 2016.

Du côté des étudiants, c’est la même inquiétude : révolte face à l’injustice de ne pas avoir droit au même système que leurs parents, la menace que le Brexit représente pour la liberté de circulation. Amelie, une étudiante en lettres habillée tout en bleu, évoque “la fermeture du Royaume-Uni dans un monde globalisé”. Joe, étudiant de 21 ans en relations internationales, se sent surtout menacé par la possible suppression de son échange universitaire, censé se dérouler l’année prochaine dans le cadre de l’Erasmus.

Un vote contre le gouvernement et “les mensonges des politiciens

En effet, les manifestants semblent être d’accord sur le fait que le référendum de 2016 était plus un ras-le-bol contre le gouvernement de David Cameron alors en place, qu’un vote fait en connaissance de cause. La manifestation est pacifique, mais s’il y a un air de rancune, c’est contre les politiciens qui opèrent la sortie de l’UE.

Beaucoup de citoyens craignent une non-obtention de l’accord de divorce avec l’UE.

Henry, l’un des activistes, tee-shirt “Against the Brexit” et drapeau européen sur les épaules, s’importe : “L’UE a été un facteur d’unification pour la société britannique. Mes petits-enfants se verront refuser tous les privilèges que leurs parents avaient, mon entreprise va prendre cher, comme toutes les autres, aussi bien en Europe qu’au Royaume-Uni. Même si on aurait la volonté de croire les mensonges qui sont dits depuis deux ans, aucun d’eux ne deviendra réalité”

C’est cette absence de vision sur le long terme de la part des dirigeants politiques qui inquiète Claire, une trentenaire dont la pancarte affiche “Save Britain Stop Brexit” : “Je pense que nos politiciens n’ont pas forcément pensé aux conséquences, que c’est à nous de gérer maintenant. Ceux qui ont voté pour le Brexit avaient sûrement des raisons solides, mais n’envisageaient pas forcément cette situation finale.” Elle rajoute : « Nous perdons tellement d’opportunités, comme vivre à l’étranger, étudier ou travailler en Europe. Du côté de quel parti politique que l’on soit, je pense qu’on mérite de savoir ce pour quoi vote-t-on exactement”. 

Malgré tout, les manifestants comprennent les raisons de ceux qui ont voté pour la rupture avec l’UE, en 2016 : ainsi, Ashley, journaliste de 25 ans, parle des “régions britanniques oubliées par les dispositifs de la politique publique”Surtout, “même les plus informés n’avaient pas prévu un tel déroulement, sans parler de ceux qui se sont laissé bercer par les campagnes massives menées par les médias à l’époque”, insiste Greg, analyste financier de 26 ans, drapeau européen dans les mains.

Le sentiment d’être européen

L’unification des manifestants autour des drapeaux européens.

Si on ressent une chose, lors de cette matinée à Hyde Park, c’est que l’idée même de l’Union européenne unit les manifestants. Jérôme, un Français de 27 ans vivant au Royaume-Uni depuis la fin de ses études dans une université britannique, dit penser à quitter le pays : “Je n’ai pas choisi de faire partie d’une société qui refuse l’ouverture à l’étranger.” Anna, qui a laissé son Allemagne natale pour s’installer à Londres il y a 15 ans, a les larmes aux yeux : ” J’ai fait de ce beau pays ma maison, je l’ai choisi lui, alors que j’aurais pu aller dans n’importe quel autre. J’ai choisi le Royaume-Uni car c’était un melting pot, c’était ouvert et libéral. Maintenant, quand je suis avec mes nièces et qu’on parle une autre langue que l’anglais, nous avons presque honte.” 

Mike est britannique, mais se sent tout autant touché par la sortie de l’UE :  “Il y a beaucoup de problèmes dans ce pays qui ne seront pas résolus en quittant l’Union européenne. Nous nous sentons européens”.

Eugénie Naklevkina

Etudiante en 3ème année à Sciences Po Toulouse et intéressée par le journalisme, j'aimerais acquérir une expérience dans le domaine, n'ayant jusqu'à-là fait que de la critique musicale.

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