Une guirlande de soutien-gorge à l'entrée de la Faculté : vous entrez en territoire féministe.

“Être féministe, c’est avoir de l’amour propre” – La femme au Chili selon une étudiante en blocus à Valparaiso

En mai 2018, un mouvement étudiant féministe a décidé d’occuper plusieurs dizaines d’universités du Chili. A Valparaiso, après plusieurs mois de blocus sans obtenir de réponse satisfaisante de leur rectorat, des étudiantes de la Faculté d’Art de l’Université Playa Ancha ont commencé une grève de la faim le 25 août. Pour en savoir davantage sur le mouvement et la condition féminine au Chili, le Globeur s’est introduit dans l’établissement occupé pour s’entretenir avec une des étudiantes en jeun. 

Afin de bloquer leur Université, les étudiantes ont accumulé les chaises de l’établissement contre ses grilles.

[C.L.] : Tu es étudiante dans l’Université de Playa Ancha (UPLA), quelle formation suis-tu et quelle est ton implication dans le mouvement ?

[Etudiante] : Je suis intégrante de l’Assemblée des femmes et minorités sexuelles de la UPLA, j’étudie la pédagogie en Art dans la Faculté d’Art.

Et actuellement, tu es en train de faire une grève de la faim, peux-tu nous donner ton âge ?

Je jeûne depuis 2 jours, oui. J’ai 26 ans. J’aurai 27 ans le mois prochain, j’espère ne pas fêter mon anniversaire ici ! (rires)

Actuellement, vous êtes 7 étudiantes à faire une grève de la faim dans le cadre du blocus de votre université. Pouvez-vous nous rappelez les motifs de cette action ?

Le mouvement a commencé en mai, surtout au sein des universités, dont 30 dans le pays sont actuellement bloquées. Il est né en réaction à de nombreux cas de harcèlements, de violences et d’abus de pouvoir observés dans le monde universitaire. La grève de la faim est une méthode que seule la faculté d’Art de Playa Ancha pratique, après 105 jours d’occupation, car les réponses qui nous ont été apportées ne sont pas satisfaisantes, se répètent, et le dialogue nous a été fermé de manière arbitraire, patriarcale et forcée.

Qui est votre interlocuteur ? Avec qui voulez-vous dialoguez ?

Le rectorat : Patrico Sanhueza Vivanco est notre recteur.

A l’origine, quelles sont les revendications qui vous ont poussées à occuper votre Université ?

Au niveau national, il s’agissait de mettre en place un ensemble de mesures contre le harcèlement sexuel ainsi qu’une formation sur le genre et la sexualité.

Premièrement, nous exigeons que les victimes de harcèlements puissent avoir accès à des moyens de dénonciations effectives, avec suite. Aujourd’hui, les procédures pour entamer des poursuites contre les accusés prennent plus de trois mois, période durant laquelle les victimes se découragent et finissent par baisser les bras et se résigner. Ainsi, nous avons fait une pétition réclamant qu’il existe un engagement à ce que les procédures se fassent rapidement, pour que les poursuites et enquêtes sur les violeurs et harceleurs soient immédiates.

A côté de cela, nous demandons l’existence de formations sur le genre et d’éducation sexuelle obligatoires, ce à quoi ils ont répondu “que c’était complexe, qu’il fallait évaluer la demande”. Ils nous disent avoir de la volonté mais cette volonté dont ils nous parlent depuis des mois, nous ne la voyons pas du tout.

En plus de cela, concernant la mise en place du protocole contre le harcèlement, ils proposent de se donner soixante jours afin d’évaluer cette proposition. Mais avant qu’elle s’applique, les victimes devraient vivre à côté de leurs harceleurs. C’est-à-dire que les professeurs, les fonctionnaires, les étudiants accusés de harcèlement, alors que s’entameraient les poursuites contre eux, resteraient ici, dans l’université, près de leurs victimes. Ce que nous voulons c’est qu’il existe un moyen de les maintenir à distance, que ce soit en les expulsant temporairement de l’établissement ou en les transférant, car c’est impossible que nos camarades harcelées se sentent en sécurité si elles les croisent dans les couloirs de l’université.

C’est pourquoi, nous exigeons que soit créée une commission d’urgence qui, durant ces deux mois, avant que soit approuvé le protocole, nous assurerait que les victimes sont en sécurité et ont accès à des espaces physiques dans lesquels elles pourront trouver une assistance sociale, psychologique, ainsi que des spécialistes qui pourraient les accompagner dans tout le processus préalable à l’application du protocole.

A quel point les cas de harcèlements sont-ils nombreux ? Où et par qui sont-ils commis ?

Dans cette université, la majorité des cas se trouve dans la filière de Pédagogie Musicale mais le harcèlement touche aussi d’autres branches, comme le Théâtre par exemple. Au final, plus de 27 dénonciations ont été faites en pédagogie des Arts. A cela s’ajoutent des abus de pouvoir exercés par des responsables de filières pédagogiques mais dont l’attitude n’est finalement en aucun cas pédagogique, discriminant certaines étudiantes selon leur physique ou leur genre. Et dans les autres facultés, ces cas sont aussi très nombreux.

Depuis le début de cette grève de la faim, avez-vous reçu des réponses ?

Jusqu’à aujourd’hui, aucune… Il y a eu un communiqué de la faculté d’Humanités mais il suit la ligne poursuivie depuis le début par la direction, à savoir une position qui cherche à rendre invisible ou à criminaliser le mouvement, menaçant de nous retirer nos bourses et nos crédits si nous ne permettons pas le retour à la normale. […] Ce sont des professeurs de la faculté d’Humanités qui l’ont écrit, majoritairement des hommes (même s’ils nous disent le contraire). D’après eux, on pénalise les fonctionnaires et les étudiants, on est violentes alors qu’en réalité nous voulons seulement dialoguer ! Ce sont eux qui ferment la discussion ! Ce sont eux qui sont violents ! Ils ont empêché le dialogue pendant deux mois. Ils ont pris beaucoup de temps avant de nous répondre et aujourd’hui, certes nous avons des réponses, mais elles ne sont pas satisfaisantes.

[…]

Sachant que la UPLA figure comme l’université « numéro 1 » dans la formation des professeurs, nous considérons qu’il est nécessaire et vital que la réponse à notre demande soient instantanée, ou qu’il y ait au moins l’expression d’un minimum d’intérêt envers notre cause. Jusqu’à maintenant, aucune réponse ne nous affirme qu’il va exister des formations sur le genre et d’éducation sexuelle et féministe obligatoire. Finalement, ces types de formations ne sont donnés que de manière optionnelle, facultative. Du moins c’est ce qu’ils nous proposent.

Pour justifier leur position, ils parlent de limites légales, ou de limites économiques. Mais, comme je l’ai dit, la UPLA est cataloguée comme l’Université « numéro 1 », elle reçoit de l’argent, c’est juste qu’on ne sait pas où il va…

[…]

Le 25 août, des étudiantes de la Faculté d’Arts de l’Université Playa Ancha ont entamé une grève de la faim.

Mise à part la grève de la faim et l’occupation de l’Université, sous quelles formes se traduit votre mobilisation ?

L’occupation des lieux s’est décidée suite aux violences policières durant les manifestations. En tant qu’université occupée, nous avons mené pas mal d’activités au sein de la faculté. Nous avons organisé des rassemblements. Premièrement, nous avons monté deux festivals Artistiques rassemblant plusieurs disciplines : la musique, la photographie, la vidéo, le stand-up… Beaucoup de pratiques artistiques différentes, à chaque fois mises en lien avec le féminisme, ici dans l’Université.

Après cela, nous avons organisé un rassemblement national de femmes et minorités sexuelles à l’extérieur de l’institution universitaire, sachant que le féminisme touche tous les pans de la société.

On a fait un appel ouvert et on a reçu des filles de Antofagasta, Puerto Montt, de tous les secteurs, on a fait une journée entière de discussion, de réflexion sur la façon dont on pourrait désinstitutionnaliser le féminisme, et l’entendre aussi comme un féminisme interne, rapport à notre corps, notre « territoire ». Ensuite, on a fini par faire une fresque que tu pourras voir à l’extérieur, on a fait un repas au feu de bois pour clore ces deux jours de rencontre, avant que les filles repartent dans leurs universités elles aussi occupées. Voilà, ceci est plus ou moins ce que l’on a fait comme activité dans le cadre du blocus.

“Cette mobilisation du « Mai Féministe » comme on l’appelle, avec plus de 30 universités mobilisées par la cause féministe, est inédite.”

Les mouvements d’occupations d’universités semblent être chose courante au Chili, comment celui-ci s’en démarque ?

Les mouvements étudiants au Chili sont très populaires, mais aucun n’a été féministe, ou seulement en partie. La mobilisation actuelle se distingue de toutes celles qui l’ont précédée puisqu’elle porte des revendications essentiellement féministes. Avant il s’agissait surtout de réclamer une meilleure qualité d’éducation ; que celle-ci soit gratuite, se fasse dans des infrastructures correctes. Il y a eu la Révolution des Pingouins en 2006 puis d’autres dates comme 2011, 2016. Si je ne me trompe pas il y a eu 4 ou 5 grands mouvements étudiants au Chili depuis 2006. Mais, aujourd’hui, cette mobilisation du « Mai Féministe » comme on l’appelle, avec plus de 30 universités mobilisées par la cause féministe, est inédite.

Quel est le niveau de participation des étudiants de la UPLA en général ? Quel soutien avez-vous des autres étudiants, et notamment des garçons ?

C’est difficile à dire… En réalité, je crois que toutes les facultés de la UPLA sont dans une situation similaire. Au début de l’occupation, c’était merveilleux, beaucoup de gens participaient, surtout des femmes, révoltées par la quantité de cas de harcèlements. Mais peu à peu, les gens sont partis, pour des problèmes personnels ou par découragement. La conviction était plutôt faible car le féminisme n’était pas installé dans l’Université avant la mobilisation, ou très peu je dirais.

Donc bien sûr, il faut se rendre à l’évidence, la participation a fortement baissé, et aujourd’hui, nous n’avons pas tous les étudiants dans toutes les filières. 

C’est aussi parce que les gens ont peur ou ignorent beaucoup de choses sur le féminisme. Il y en a encore qui croient qu’on veut tuer tous les hommes, toujours… De ce fait, la quantité de commentaires haineux que l’on a reçu via les réseaux sociaux est énorme : des commentaires violents, qui nous menacent de venir violer toutes celles qui occupent l’université.

Moi, j’ai proposé que l’occupation soit séparatiste [excluant les hommes] mais finalement, même si nous sommes majoritairement des femmes, le soutien de quelques hommes est nécessaire pour que nous puissions, nous les filles, rester des heures en assemblée, sans devoir faire la cuisine par exemple. Les garçons, dans ce contexte, se sont retroussés les manches et se sont mis à cuisiner ou à nous aider à faire le ménage. Des tâches qui, selon les rôles de genre, ne sont pas habituellement effectuées par des hommes. Ainsi, j’ai voulu que soit séparatiste cette occupation mais au fil des semaines, je me suis rendue compte que nos camarades garçons présents sur les lieux occupés étaient eux aussi conscients des transformations qu’exige et qu’implique le mouvement.

Quelle a été la médiatisation de ce mouvement inédit?

Le début de la grève de la faim a marqué un tournant dans la médiatisation du mouvement. Le Mercurio par exemple, un journal de droite, n’était jamais venu nous visiter durant les 105 jours de blocus. Très peu de médias se sont intéressés à nous, rares sont ceux qui nous ont aidé à diffuser notre cause. On pouvait compter sur des radios locales, des associations de radios autogérées au niveau latino-américain mais pas sur les médias nationaux populaires et visibles. C’est seulement maintenant, depuis le début de la grève de la faim, que l’on a un réel appui médiatique.

 Un souffle d’émancipation dans une société machiste.

De manière générale, comment pourrais-tu décrire la condition de la femme dans le monde universitaire et, plus largement, dans la société chilienne ?

Au Chili et en Amérique Latine, le patriarcat est très ancré. De plus, au Chili il existe une grande peur du changement, héritée de la dictature. Mais face à ce conservatisme, le féminisme est un moyen de faire naître une voix chez toutes les femmes.

Egalement dans le monde universitaire, on voit la précarisation subie par les femmes fonctionnaires, par les professeures, ainsi que par les étudiantes.

Il persiste également une ignorance sur le sujet de la transsexualité, on ne voit pas non plus de mesures pour accompagner nos camarades en transition.

Ainsi, ce mouvement cherche aussi à exister à l’extérieur, pour faire parvenir son message aux gens, aux travailleurs car finalement le féminisme est un mouvement ouvert et social. Ça n’est pas un mouvement institutionnel, ni seulement pour les femmes.

Après l’application des solutions trouvées à l’issue de la mobilisation, on espère pouvoir créer un collectif impliquant différentes disciplines présentes dans la Faculté d’Art comme le Dessin, la Musique, le Théâtre, la Pédagogie de l’Art, afin de continuer le travail à la suite de l’occupation.

Le féminisme est-il (bien) représenté dans le monde politique chilien ?

Disons que c’est un peu curieux… Selon moi, durant les trois dernières années, on a vu se réveiller une conscience médiatique, un intérêt pour le féminisme, alors qu’avant se maintenait une sorte de bourgeoisie académique, c’est-à-dire que seulement certaines personnes pouvaient accéder au féminisme à la fois théoriques et pratiques, sachant que, de plus, étudier est un privilège ici.

Avec le Mouvement « Ni Una Menos », le féminisme a, petit à petit, obtenu une voix médiatique, et même politique ! Le jour de la manifestation de Ni Una Menos [en octobre 2016], je m’en souviens car je participais à la marche, le « #NIUnaMenos » était projeté sur la Moneda, le siège de la Présidence du Chili qui, à ce moment-là, ne défendait en aucun cas l’avortement libre et gratuit, qui ne prenait absolument pas en compte les demandes féministes.

Certes, avant cela, il y avait eu des personnalités politiques réellement féministes comme Beatriz Sanchez ou Gladys Marín, mais on ne pouvait pas en dire de même, par exemple, pour Michelle Bachelet, l’ancienne Présidente. Mais depuis la vague féministe de 2016, même le Président actuel Sebastián Piñera, Président de droite, se dit féministe.

C’est pourquoi, nous on pense aussi en terme de féminisme de classe, on fait une séparation, car, certes, ici, toutes celles qui adhèrent au féminisme sont des camarades dans un même combat, mais je ne pourrais pas en dire autant, par exemple, de Evelyn Matthei qui, même si c’est une femme, reste extérieur à la classe ouvrière et ne répond pas aux besoins de cette dernière.

“Dans le monde politique, tous et toutes se disent féministes sans l’être réellement, […] pour gagner en popularité. Il faut donc nuancer l’implication de chacun pour la cause.”

Mais le problème c’est qu’aujourd’hui, dans le monde politique, tous et toutes se disent féministes sans l’être réellement. Au Gouvernement comme au Parlement, il y a des hommes qui n’ont jamais voulu écouter les revendications féministes, mais se disent féministes simplement pour gagner en popularité. Il faut donc nuancer l’implication de chacun pour la cause.

En revanche, il y a une autre forme d’activisme qui a surgi ces dernières années, revendiquant l’avortement libre et qui fut celui de “Con Las Amigas y en La Casa“, un groupement féministe qui a permis à beaucoup de femmes d’avorter en toute sécurité. Six ans auparavant, au Chili, on ne parlait jamais d’avortement, la très forte pression morale et sociale ne nous le permettait pas. Mais aujourd’hui, les associations comme Con Las Amigas y en La Casa ou encore Red de la Mujer Contra la Violencia se sont soulevées et je pense qu’elles sont désormais ancrées au Chili. C’est une très bonne chose pour le féminisme mais c’est aussi très récent.

Le combat de ces étudiantes est né dans leur Université mais vise à en sortir pour toucher la société entière

Quelle serait ta définition du féminisme ?

Je pense qu’être féministe, c’est avoir de l’amour propre, un amour propre à élever face à une discrimination de genre.

C’est de l’amour propre car ça concerne notre corps, ça en fait un territoire, notre territoire, qui fut colonisé et exploité. Il s’agit donc de revendiquer ce territoire de sorte à pouvoir en prendre soin, l’alimenter, lui donner les choses vitales, mais aussi lui permettre ce que la morale ou l’éthique lui interdisent.

Dans mon cas particulier, j’ai découvert l’amour propre grâce aux Cercles de Femmes, qui sont aussi liés à la spiritualité et qui créent des relations avec tous les autres Cercles qui existent au niveau latino américain, et qui sont très nombreux. [ndlr : Un Cercle de Femme, ou Cirulo de Mujeres, est un espace où plusieurs femmes se donnent un temps de spiritualité permettant de réaliser une connexion avec elles-mêmes, une connexion considérée comme quasi impossible dans la société actuelle où tout est empressement et où règne le modèle de la « femme idéale »]

Le terme « féminisme », malgré son étymologie, peut-il inclure les hommes, ou faudrait-il changer de terme ?

[ Une autre étudiante, assise sur le lit de camp d’à côté] : Tous les êtres humains ont l’essence féminine, c’est seulement que le machisme et le patriarcat se sont chargés d’éclipser la féminité, de l’éteindre. Beaucoup opposent le féminisme aux hommes, simplement car le terme est lié à la féminité, mais nous avons tous une féminité.

“Beaucoup opposent le féminisme aux hommes, simplement car le terme est lié à la féminité, mais nous avons tous une féminité.”

[Première interviewée] : De plus, certains comparent le féminisme au machisme, comme si le féminisme aspirait lui aussi à oppresser le genre ou le sexe opposé. Il y a une comédienne très connue, Natalia Valdebenito, qu’on aime bien réécouter ici et qui ironise sur ce sujet, imitant très bien les gens qui se demandent: «mais qu’est ce qui différencie le féminisme du machisme ?». En réalité, le féminisme n’a rien à voir avec le machisme, évidemment !

Je pense que si on étudie et analyse les théories féministes jusqu’à aujourd’hui, on verra que c’est un mouvement qui a toujours été horizontal, ne recherchant aucune forme de domination. Certes, à l’origine il défendait essentiellement les droits de la femme, revendiquant le droit de vote, l’égalité des salaires, etc. Mais de nos jours, le féminisme va beaucoup plus loin. Il touche tout le monde et tous les pans de la société. Personnellement, je renonce à changer le nom car ce serait renier les combats féministes antérieurs.

Aujourd’hui,le combat féministe n’est plus seulement celui des femmes mais aussi, par exemple, celui des trans. Je ne suis pas biologiste mais je n’approuve pas les théories du féminisme biologiste qui font une séparation selon les corps des individus. Si une personne se sent femme, quelque soit son corps, elle est la bienvenue dans le mouvement.

[…] Le milieu homosexuel ici au Chili, aussi appelé « diversité », est plein de misogynie. On le voit dans les boîtes de nuit. Il y a quelques clubs à Santiago qui se disent «de diversité » où ils font payer les femmes et non les hommes.

Je peux aussi parler de mon expérience sur les scènes drag, car je fais des performances drag. Bien sûr, généralement, les drags, aussi appelés travestis, sont des hommes qui se « déguisent » ou qui essayent d’interpréter le rôle physique de la femme. Mais ils vont le faire en mettant en avant une femme parfaite, avec des gros seins, blonde, jolie, avec de super grands talons et un petit sac à main. Ca ne me dérange pas qu’ils veuillent être cette femme mais je n’accepte pas qu’ils affirment représenter LA femme car la femme, ça n’est pas ça.

De cette manière, ils reproduisent, en quelque sorte, la misogynie que l’on voit ailleurs. A tel point qu’ils vont aussi critiquer mon style androgyne et ce qu’ils pensent être « un manque de féminité ».

Sur scène, quand je fais une performance drag et que je me travestis, les gens n’apprécient pas, surtout les hommes, les hommes homosexuels qui se disent défenseurs de la diversité. Ils vont même jusqu’à me dire « tu devrais t’épiler, couper tes cheveux de cette manière, faire quelque chose avec ton visage, il ne se voit pas bien », tout ce qu’ils considèrent essentiel à la femme.

Le féminisme cherche donc à atteindre aussi ce genre d’espace afin de me permettre de faire mes performances.

Quand les étudiantes de Playa Ancha se mobilisent pour changer les mœurs

Quelques jours après cette entrevue, les étudiantes ont reçu un autre communiqué du rectorat proposant un accord. Celui-ci menaçait cependant de les déloger par la force policière dans le cas où les propositions faites étaient rejetées par le mouvement. Dans la nuit du 30 au 31 août, cet accord a, finalement, été signé par les deux parties.

Le rectorat s’est ainsi donné cinquante jours pour discuter et améliorer le protocole contre le harcèlement. Le protocole créé par l’initiative étudiante depuis 2016 devait être combiné à un autre protocole créé par la commission de genre du rectorat. Cependant,  les définitions et spécifications de celui rédigé par le mouvement seront maintenues.

Dix jours de vote, d’approbation et de mise en place dudit protocole ont été prévus. Aussitôt après la fin de l’occupation, une commission d’urgence a été créée pour traiter, durant ces soixante jours, tous les cas de harcèlement.

Cette commission d’urgence s’est engagée à prendre les mesures nécessaires à la protection des victimes comme, par exemple, éloigner tous les professeurs et étudiants dénoncés. De plus, elle doit permettre l’isolement et l’accompagnement des victimes. Pour cela, elle fera appel à plusieurs spécialistes en la matière : des avocats, psychologues, docteurs, assistants sociaux…

Egalement, l’accord prévoit la mise en oeuvre de cours obligatoires sur le genre pour toutes les filières dès le prochain semestre. En parallèle, les commissions chargées d’élaborer les programmes d’études de chaque filière se sont engagées à inclure des textes sur le genre et la sexualité dans les bibliographies.

L’accord signé a donc enfin répondu aux aspirations des bloqueuses.

Elles ont gagné la bataille; mais la guerre continue.

Une guirlande de soutien-gorge à l’entrée de la Faculté : vous entrez en territoire féministe.
Claire Le Lièvre

En stage dans une radio communautaire au Chili, j'ai rejoint l'équipe du Globeur afin d'acquérir une expérience en journalisme, sous un format moderne et accessible au plus grand nombre !

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