Plein-feu sur les élections générales québécoises

Depuis le 23 août 2018, date de la dissolution de l’assemblée générale québécoise, la province toute entière est animée par une campagne électorale, afin d’élire les nouveaux députés à l’occasion des élections générales du Québec.

Resituons nous dans le contexte, nous sommes le 1er septembre 2018, je suis à Montréal depuis 24 heures à peine et je me remets tout juste du décalage horaire. J’erre dans centre ville, quand je constate que les murs, les panneaux publicitaires, les poteaux sont recouverts d’affiches de candidats, de partis politiques, de slogans qui me sont inconnus.

Il y a bien mieux encore. Lorsque je me rends à l’université pour finaliser mon inscription, j’apprends (non sans mécontentement) que je serai en “congé” le lundi 1er octobre, car il y a une élection.

Alors même que la campagne touche désormais à sa fin, il est venu pour moi le temps de revenir sur cette campagne électorale, et sur les enjeux de cette 42e élection générale du Québec.

Un Fédéralisme à la Canadienne : de larges prérogatives pour les provinces

Tout d’abord, avant de parler élections, parlons un peu de politique canadienne. Le Canada est un État fédéral constitué de dix provinces1 et de trois territoires2. Historiquement, le Canada est une monarchie constitutionnelle, et la plupart des pratiques législatives sont dérivées du Parlement britannique. Pour résumer, le Canada est, tout comme la Grande Bretagne, une démocratie parlementaire.

Au Canada, les 10 provinces possèdent chacune leurs parlements, leurs gouvernement et leurs budgets et tribunaux. En définitive, elles jouissent toutes d’une quasi-autonomie administrative, politique et juridique.
Ainsi, le Québec, en tant que province a donc son propre gouvernement qui administre les lois votées par l’Assemblée nationale, composée de 125 députés, qui se renouvelle tous les 4 ans. Les prérogatives des provinces sont larges, allant de la propriété aux droits civils, en passant par la mise en place de programmes sociaux, de santé, ou encore d’éducation.

Dans une perspective canadienne, ces élections seront significatives de l’appui que recevra la politique constitutionnelle du Québec présentée au Gouvernement du Canada par le Premier ministre Philippe Couillard, qui revêt une importante dimension identitaire (en témoigne le nom de ladite politique, appelée : « Québécois, notre façon d’être canadien ».)

Le clivage entre indépendance et fédéralisme : un débat récurrent

Le débat sur l’affirmation politique et culturelle de la seule et unique province francophone du Canada est un débat profondément ancré dans l’histoire du Québec.

À travers l’histoire, le débat a porté sur différents sujets notamment sur le statut du Québec au sein du Canada et sur la pertinence pour le Québec de devenir un pays indépendant. Ce débat oppose depuis plusieurs décennies les souverainistes, partisans l’indépendantisme aux fédéralistes, qui eux, prônent le maintien du Québec comme province canadienne. Toutefois, malgré plusieurs évolutions du débat, celui-ci persiste au sein de la société québécoise, et reste toujours un sujet clivant entre les différents partis de la province.

Plus de 20 partis font campagne pour l’élection générale, mais la compétition électorale se concentre surtout autour des partis majeurs au Québec :

– le Parti libéral du Québec (PLQ). Après avoir recueilli près de 41% des suffrages aux élections de 2014, le PLQ est le parti majoritaire à l’assemblée, avec 70 députés libéraux sur 125. Le parti est représentée par l’actuel Premier Ministre québécois, Philippe Couillard, qui se représente pour un second mandat.

 

– le Parti Québécois (PQ) est le principal parti d’opposition au parti libéral, avec 30 députés qui siègent à l’assemblée. Mené par Jean François Lisé, le Parti Québécois est connu pour ses positions tranchées concernant l’affirmation culturelle et politique québécoise, puisque ce parti de centre-gauche promeut l’indépendance du Québec et lutte farouchement pour la protection de la langue française au sein de la province.

 

– la Coalition Avenir Québec (CAQ), met l’accent sur le nationalisme québécois, malgré le fait que le leader du parti, François Legaut n’affiche pas réellement une position bien tranchée sur la question de l’indépendance de la province. Le programme de la CAQ, éminemment conservateur se focalise surtout autour de 3 grands piliers, qui sont l’économie, l’immigration et la langue.

 

– le Québec Solidaire (QS), représenté par Manon Massé est un parti de gauche progressiste, très populaire chez les jeunes générations car porteur de valeurs post-matérialistes et altermondialistes telles que le féminisme, l’écologisme, la parité homme/femme en plus d’afficher une position tranchée concernant l’identité culturelle et politique québécoise, puisque le Québec Solidaire est partisan de l’indépendance et de la souveraineté totale de la province.

Cependant, la campagne électorale ne se focalise pas uniquement autour de la seule question de l’affirmation culturelle et politique.

Après plusieurs semaines de compétition électorale, les derniers sondages annoncent un basculement de l’assemblée en faveur du parti conservateur Coalition et Avenir Québec, au grand dam des libéraux du Parti Libéral du Québec, qui ont peiné à s’illustrer durant cette campagne. Dans le même temps, on anticipe une remontée sans pareille du parti de gauche Québec Solidaire, jusque longtemps considéré comme un “outsider” des élections générales, tandis que le Parti Québécois voit sa place dans les sondages dégringoler. Ce serait donc une première expérience de gouvernement pour François Legault, leader du parti Coalition et Avenir Québec se trouverait majoritaire à l’assemblée, ce qui revêt en soi un caractère exceptionnel compte tenu de la jeunesse du parti, qui a été fondé en 2011.

“On est prêt à tout pour que tu viennes voter le 1er octobre, même à mettre de l’autotune”

Outre l’inattendu déclin du parti libéral et la potentielle arrivée au pouvoir des conservateurs à l’assemblée, cette campagne électorale reste marquante aux yeux des québécois car elle revêt un caractère novateur concernant l’effort de communication qui a été déployé pour ces élections afin de pallier à l’abstention.

En effet, que ne fut pas ma stupeur quand, un matin, au réveil, je lance Spotify, lorsque qu’un un mélange d’autotune et d’accent québécois me frappe de plein fouet à 8h du matin. Il ne s’agissait non pas de la nouvelle “tune” d’un énième article québécois flirtant avec le mauvais goût musical, mais une publicité de Elections Québec, qui disait “On est prêt à tout pour que tu viennes voter le 1er octobre, même à mettre de l’autotune”.
Lorsque plus tard dans la journée, je me rends sur YouTube, une vidéo apparaît dans mes tendances une vidéo de Thomas Gauthier (YouTubeur québécois bien connu outre-Atlantique) intitulée “Comment voter ? (Guide complet)

En 2min 15, le YouTubeur québécois parle des élections générales, en vulgarisant l’acte électoral en 3 étapes : “Première étape : tu mets tes fuckin souliers, deuxième étape : tu vas au bureau de vote, troisième étape : tu votes
Encore plus entêtante que la chanson de l’attraction It’s a Small World de DisneyLand Paris, cette chanson nous donne à voir un constat simple : en France (comme dans les pays européens), les jeunes votent de moins en moins, et le Québec ne fait pas exception à cette tendance.

De nombreuses célébrités québécoises se sont donc, pendant cette période de campagne électorale, engagés auprès de l’organismes Élections Québec afin de revaloriser l’acte électoral et inciter les jeunes générations de québécois à aller voter le 1er octobre.

Cette volonté de contrecarrer l’abstention pour les élections de 2018 s’est donc justifié par des dépenses importantes en publicité et en communication, des slogans publicitaires sur Spotify en allant aux publicités avant les vidéos sur Youtube, les directeurs de communication de Élections Québec ont littéralement inondé les réseaux sociaux afin de sensibiliser les jeunes adultes à se rendre à l’isoloir pour les élections générales.

Mais l’utilisation des réseaux sociaux afin de sensibiliser les jeunes adultes au vote n’a pas été la seule mesure mise en place par le gouvernement, qui mène des actions auprès des plus jeunes.
En effet, pour la première fois lors d’une élection générale, tous les enfants du Québec seront invités à se rendre dans les bureaux de vote pour eux aussi déposer leur bulletin dans l’urne. Dans tous les bureaux de votes, des “Petit bureaux” spécialement prévus pour les plus jeunes seront donc installés à proximité de ceux des adultes. Dans l’isoloir, on ne demandera pas aux enfants de choisir un candidat, mais ces derniers seront amenés à se prononcer sur la démocratie ou sur le processus électoral. Cette initiative fait partie d’une série de gestes qu’Élections Québec souhaite poser en 2018 pour stimuler la participation électorale, surtout chez les plus jeunes. L’objectif est donc simple : ancrer ce geste le plus tôt possible dans la vie des futurs électeurs.

Pour les adolescents, Élections Québec a développé le programme Électeurs en herbe. Dans le cadre de ce programme, les élèves des écoles secondaires qui participent au projet ont vécu durant tout le mois de septembre, une simulation électorale. Ce mois de simulation se soldera par un vote de la part des élèves qui ont, pendant un mois, assisté à des ateliers divers et variés les sensibilisant aux programmes des différents candidats.

Ainsi, si la campagne des 42e élections générales québécoises revêt un caractère exceptionnel, et marque un tournant dans l’histoire de la province, ce n’est pas seulement concernant le fond du débat politique ou l’éventuelle issue du scrutin, mais c’est aussi et surtout car, pour la première fois depuis le début des élections générales québécoises, d’importantes mesures visant à limiter l’abstention (en particulier celle des plus jeunes) ont été mises en place.


1 Les 10 provinces canadiennes sont l’Alberta, la Colombie Britannique, l’île du Prince Edouard, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse,  l’Ontario, le Québec, le Saskatchewan et la Terre-Neuve-et-Labrador.

Le Canada comporte également 3 territoires qui sont les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le Yukon

Lucie Cazottes
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