L’Apartheid une idéologie sous influence nazie

Pendant 43 ans, l’Afrique du Sud a connu le régime le plus ségrégationniste du monde. Fondé par le Parti National en 1948, l’Apartheid emprunte à l’idéologie nazie une partie de son organisation et de sa doctrine politique.

Trente ans après la fin de l’apartheid, en 1991, ce lourd passé n’est pas tombé aux oubliettes. Le Musée de l’Apartheid à Johannesburg, unique en son genre, le rappelle à notre mémoire. Son bâtiment un peu austère retrace les origines, justifications et représentations de l’apartheid. En arpentant les premiers couloirs, on observe des murs remplis d’archives dont certaines photos rappellent étrangement des attributs du régime nazi.

« Les penseurs de l’apartheid sont des afrikaners (descendants des colons hollandais) qui sont allés étudier en Allemagne dans les années 20-30 et ont sympathisé avec des dignitaires nazis dont Goebbels ou Goering » explique Christian, le guide touristique local.

Une peur du déclin liée à la domination britannique

Le nationalisme sud-africain afrikaner procède d’un long processus. Si les historiens le rattachent aisément au N.S.D.A.P d’Adolf Hitler, il puise ses origines dès la fin du 18e siècle. L’arrivée des britanniques et leur confrontation avec les premiers colons hollandais Afrikaners arrivés en 1652 va participer à la naissance de ce nationalisme.  Voyant leur domination progressivement diminuer, par l’annexion de la colonie du Cap et les deux guerres Boers, les Afrikaners vont fortement rejeter la nouvelle hégémonie britannique.  Le Parti National, pro-afrikaner né en 1914 va ainsi baser son idéologie sur un discours raciste et communautariste pour préserver la pureté de la race afrikaner.

Alors que le national-socialisme progresse en Allemagne, de nombreux étudiants Afrikaners s’en vont étudier en Europe du fait d’une certaine proximité culturelle. Beaucoup d’entre-eux vont sympathiser avec des partisans nazis, adhérer à des théories fascistes basées sur la supériorité du Volkgeist  ou «supériorité du peuple», concept développé par des philosophes allemands tel que Johann V. Herder. Parmi ces étudiants, on retrouve deux futurs chefs afrikaners : Piet Meyer, dans l’organisation secrète Broederbond et Hans V. Rensburg dans la milice nommé Ossewa Brandwag (O.B).

Emblème des Grey Shirt, milice pro nazi

Cette milice va apparaître au début de la Seconde guerre mondiale en opposition à l’engagement sud-africain aux côtés des Alliés. « Pourquoi combattre aux côtés de la Grande-Bretagne, unique pays qui nous a attaqué par le passé ? » titre alors Die Burger, journal nationaliste pro-Parti National. Ces deux organisations associées au Parti National vont très vite se rapprocher de l’Allemagne nazie : en 1934, D. Montmartin, représentant nazi, rencontre les leaders de la Broederbond afin de les convaincre de partager la vision hitlérienne d’un nouvel ordre mondial. Séduite, l’organisation fait alors la propagande d’une alliance avec l’Allemagne nazie via des programmes radio ou des nouveaux journaux. Cette adoption des préceptes nazies ne coïncide pas directement avec l’idéologie raciste des blancs supérieurs au noirs, mais plutôt avec celles que les Afrikaners seraient l’ethnie blanche la plus évoluée.

Un soutien total à l’Allemagne nazie

En parallèle, l’Ossewa Brandwag, milice afrikaner voit le jour. Cette organisation suprémaciste et anti-britannique, ne cache pas sa proximité avec le régime nazi comme en témoigne l’emblème suivant, voisin de l’aiglon nazi allemand.

Emblême de l’Osewa Brandwag

Durant la guerre, les membres de l’O.B n’hésitent pas à attaquer des soldats sud-africains durant plusieurs émeutes, telles que celle de Johannesburg en février 1941. Les cent-quarante soldats blessés laissent encore aujourd’hui une mémoire pénible à supporter.

L’effondrement des forces fascistes à la fin de la guerre se traduit par la dissolution des milices pro-nazis dont les membres rejoignent le Parti National. Ils n’abandonnent pas pour autant les dogmes nazis. Effrayé par l’arrivée croissante de travailleurs noirs dans les villes, D.F Malan, figure du Parti depuis sa création entend protéger la pureté du Volk Afrikaner en entretenant la séparation stricte entre les races.

1948, la consécration des idéaux

Lors des élections de 1948, à la surprise générale, le Parti National et le Parti Afrikaner remportent les élections et accèdent au pouvoir. C’est le début de l’établissement de l’apartheid ou « séparation »  chez les afrikaners. Dès 1949, l’interdiction de mixité interraciale est inscrite dans la loi par l’interdiction de relations et mariages interraciaux. Un an plus tard, est voté le Population Registration Act, loi classifiant la population sud-africaine en 4 catégories (Blancs, Coloureds, Noirs, Asiatiques) sur laquelle se basera toute le système législatif ségrégationniste et qui rappelle les lois de Nuremberg de 1935.

« l’Allemagne nazie s’est engagé dans une voie où le gouvernement sud-africain n’a jamais osé prendre » résume Juliette Peires

Si « le régime nazi et l’apartheid ont entrepris des politiques de discriminations similaires […], les deux régimes se considéraient supérieurs en cherchant à préserver la pureté de leur groupe et leur supériorité politique […], l’Allemagne nazie s’est engagé dans une voie où le gouvernement sud-africain n’a jamais osé prendre » résume Juliette Peires dans son ouvrage. 1945 marque ainsi la fin du soutien du Parti National au nazisme mais également l’arrivée à maturité de l’idéologie raciste du parti afrikaner.

Quentin Gilles

Rejoignant le projet lors de l'été 2018, j'ai eu la chance de pouvoir écrire à Hong Kong sur des sujets politiques et sociaux pendant un an. Aujourd'hui secrétaire du Globeur, je veux continuer à m'investir pour développer le média.

Voir tous les articles
Send this to a friend