Les micro-plastiques, une pollution invisible. © Lisa Hée

La pollution plastique dans les océans : une préoccupation internationale

Quelque part au milieu de l’océan, vaguant au gré des courants, se trouverait le septième continent. Un nouveau continent créé par l’Homme, fait de plastique. Si cette appellation fait peur, elle masque également beaucoup de croyances et ne révèle que la partie émergée de l’iceberg. On imagine alors un amas de plastiques agglomérés s’étendant sur plusieurs kilomètres, parmi lesquels on peut parfois apercevoir un pneu, une bouteille, un jouet d’enfant. Peut on alors marcher sur ce septième continent, comme on irait en Océanie, en Afrique ou en Europe ?

Sur le Globeur, on avait déjà parlé pollution plastique et déchets. Ici, nous parlerons de cette pollution quasi-invisible que représente les micro-plastiques dans les océans. Reprenons le chemin d’un plastique lorsqu’il est jeté dans la nature. Sous l’effet du vent, un morceau de plastique, jeté sur une plage, en forêt ou en plaine, termine indéniablement dans les océans. Au fil de son voyage, le plastique s’abîme et délivre des microparticules. Ce phénomène s’appelle la fragmentation du plastique. Il se fait sous l’effet du vent, du soleil, et du mouvement des vagues. Les plastiques tombés dans les profondeurs de l’océan, peu soumis à ces éléments, mettront alors beaucoup plus de temps qu’un plastique en surface à se désagréger.

Des concentrations de plastique dans les gyres

Pendant ce processus, les morceaux de plastique sont déplacés par les courants marins. La majorité sont emportés vers des gyres océaniques : des tourbillons formés par la rencontre des courants marins au milieu des océans. Ils sont situés dans chacun des océans : un dans le Pacifique Nord, le Pacifique Sud, l’Atlantique Nord, l’Atlantique Sud et l’Océan Indien. Ajoutons à ces cinq gyres la mer Méditerranée, où les plastiques s’agglomèrent, faute de portes de sorties. Ce sont ces gyres qui sont appelés “septième continent”. Il ne s’agit donc pas d’un continent en tant que tel, mais de microparticules de plastique disséminées partout dans les cinq océans, avec une forte concentration dans les gyres.

Montrer où se situent les gyres, qui contiennent la plus grosse concentration de microplastiques.
Carte des gyres où se trouvent les plus gros amas de micro-plastiques. © SurfRider, fr.oceancampus.eu

La pollution plastique dans les océans serait alors constituée de 99% de microparticules en décomposition, et de 1% de macro-déchets : une pollution plastique quasi invisible donc. Difficulté supplémentaire, ces microparticules ne vont pas nécessairement flotter à la surface. Selon leurs composants (polyester, polyéthylène, acrylique, élasthanne…) leur taille, leur état de dégradation, ou encore si des micro-organismes se sont accrochés au morceau, le plastique est plus ou moins lourd et flottera, coulera, ou restera dans la colonne d’eau. Les microplastiques se trouvent donc à tous les niveaux de l’océan, pas uniquement à la surface de l’eau. 

Quel impact pour l’environnement ?

Ces microparticules de plastique interagissent inévitablement avec leur environnement. Les animaux, poissons, dauphins, tortues, baleines, ingèrent ces microparticules en le confondant avec leur nourriture. Les tortues peuvent confondre les sacs plastiques avec des méduses et s’étouffer avec. Le contact avec le microplastique se fait aussi par transfert dans la chaîne alimentaire. Les baleines mangent le plancton, qui a lui même mangé des particules de plastique. Une forte quantité de plastique finit par obstruer le système digestif : c’est ainsi qu’une baleine a été retrouvée avec 9 kg de plastique dans l’estomac.

Le plastique atteint aussi l’alimentation de l’homme. En consommant un poisson venu de l’océan, il y a de fortes chances pour que celui ci ait été exposé aux microparticules de plastique. Le rapport de 2019 de WWF évoque des chiffres alarmants : nous ingérerions 100.000 microplastiques par an, soit 5 grammes chaque semaine, ce qui équivaut à une carte bleue. La présence des microplastiques dans l’océan est devenue tellement importante que de nombreuses espèces finissent par ignorer leur nourriture … au profit des microplastiques !

Danger supplémentaire et non pas des moindres : le plastique est un conducteur sur lequel viennent s’agglomérer des matières polluantes. Lorsqu’un animal ingère un morceau de plastique, il ingère en même temps tous les composés chimiques polluants qui s’y sont fixés : cuivre, méthane, zinc, fer… Ces polluants vont, à fortes doses, intégrer la chaire de l’animal et, par extension, la chaîne alimentaire.

Une pollution plastique internationale

Ces plastiques jetés dans les océans proviennent de tous les continents confondus. Les fleuves représentent le meilleur conducteur des déchets, puisqu’ils traversent différents pays. Ainsi, nos machines à laver délivrent à chaque lavage 700.000 fibres de microparticules dans les égouts. En France, les stations d’épuration des eaux usées ne sont qu’une minorité à posséder la technologie nécessaire pour filtrer les microparticules. A défaut, celles ci se déversent par milliards dans les océans.

Se pose également la question de l’exportation des déchets plastique des pays d’Europe vers les pays asiatiques ou africains. Les reportages d’Hugo Clément sur le plastique français exporté en Malaisie ou l’exportation des déchets électroniques au Ghana dans la décharge d’Agbogbloshie en sont des exemples. Bien que la loi l’interdise, plus de 50% des déchets sont envoyés dans des déchetteries à l’international. Ces déchetteries polluent la ville, l’air et les rivières environnantes. Une partie des macro-déchets ne proviennent donc pas du pays où ils se trouvent actuellement.

Que deviennent ces microparticules de plastique ?

On estime que sur les plus de 12 millions de tonnes déversées chaque année dans les océans, 70% des déchets plastiques coulent au fond des océans. 15% retournent sur les côtes et 15% flottent en surface. Les plastiques visibles, que nous appelons à tort “septième continent” ne représentent donc qu’une infime partie de la pollution. Alexandra Ter Halle, chercheuse CNRS à l’université Paul Sabatier de Toulouse, a démontré en 2016 que les microparticules se dégradent jusqu’à atteindre la taille de la nanoparticules. La nanoparticule est inférieure à 100 nanomètre, soit entre la taille macroscopique et la taille atomique. En d’autres terme, la nanoparticule est totalement invisible à l’œil nu. Ces nanoparticules représentent la face immergée de l’iceberg. Elles sont encore plus faciles à ingérer pour la faune, du fait de leur petite taille, et ne peuvent être dénombrées.

© planetexperts.com

Encore plus légères que leurs grandes sœurs, les nanoparticules soulèvent de nombreuses questions qui restent sans réponse sur leur évolution. Coulent-elles au fond des océans ? Pourraient-elles aller avec l’évaporation des océans ? Auquel cas, elles pourraient alors se trouver dans l’air et nous pourrions en respirer. Dans les Pyrénées, des chercheurs ont retrouvé des particules de plastique à des endroits bien éloignés des villes. Si l’hypothèse première est qu’elles ont été amenées par les vents, la suite de ces nanoparticules demeure inconnue. Mais une chose est sûre : le plastique tel qu’il a été fait jusqu’à présent n’est pas biodégradable, il n’est pas fait pour disparaître dans la nature. 

Bio sourcé, biodégradable : quelles alternatives ?

Aujourd’hui, nous fabriquons des plastiques biosourcés, et.ou biodégradables. Mais cette nouvelle technologie ne signe pas la fin de la pollution plastique. Un plastique biosourcé signifie que sa fabrication a été fait avec des matières renouvelables. Ceci n’implique pas forcément qu’il soit biodégradable à la fin de sa vie. Un plastique biodégradable signifie qu’il peut être dégradé grâce aux organismes vivants, et donc disparaître rapidement. Mais un plastique biodégradable n’est pas toujours fait à partir de matières biosourcées !

Enfin, le cas des plastiques faits en partie de matières biodégradables ne solutionne pas le problème. Par exemple, les plastiques faits à 70% de matière biodégradable: l’entièreté du morceau de plastique n’étant pas biodégradable, ce plastique restera donc source de pollution s’il termine dans la nature. 

Montrer les microparticules de plastique grâce à un échantillon récupéré dans l'océan
Échantillon de micro particules de plastiques retrouvées dans l’océan Atlantique. © Camille Bouko-Levy

Quelles solutions face à cette pollution ?

Face à ce constat, difficile d’envisager de jeter un filet pour ratisser les océans à la recherche de particules invisibles. Celui-ci risquerait de détruire dans le même temps toute la faune et la flore. Des projets de bateaux éboueurs des mers, à l’instar du projet The Sea Cleaners ou The Ocean Cleanup se construisent, et sont en période d’essai. Si ces initiatives sont à féliciter, elles ne constituent cependant pas des solutions à long terme, puisque nous continuons à déverser du plastique dans les océans. Quant aux bactéries mangeuses de plastique, elles ne sont pour le moment pas plus glorieuses puisqu’elles ne peuvent digérer qu’une sorte de plastique, le PET, sur les douze existantes. Soit 8% de l’utilisation de plastique dans le monde. De plus, comment pouvons nous être certains qu’une fois le plastique ingéré par ces bactéries, celles ci ne deviendront pas des perturbateurs de l’environnement, engendrant une pollution d’une nouvelle nature ?

Plus que de chercher comment éponger la fuite d’eau, il s’agirait alors de l’arrêter. A défaut d’une solution réellement performante, il semble que c’est notre consommation de plastique mondiale qu’il convient d’interroger. Certes, le tri et le recyclage des déchets sont une première étape, mais la réduction drastique du nombre de déchets devient une nécessité planétaire. Repenser notre production et utilisation du plastique, et plus largement notre manière de consommer est devenue une préoccupation mondiale commune, au regard de ses conséquences catastrophiques. 

 


Pour aller plus loin :

Matthieu COMBE, Survivre au péril plastique, des solutions à tous les niveaux

Dans l’enfer d’Agbogbloshie, bidonville et poubelle de l’Occident, reportage de Hugo Clément : https://www.facebook.com/watch/?v=353784455285276

Le plastique français exporté en Malaisie, Hugo Clément pour Kombini : https://www.youtube.com/watch?v=97D4jq3tbdg 

Lisa Hée

Intéressée par la philosophie, l'art et la politique je découvre le monde au fur et à mesure de mes voyages. Je cherche désormais à aiguiser mon regard à travers les photographies et le journalisme.

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