Lettre ouverte : la terre n’est pas une poubelle

8 mai 2019

Cher.e.s lecteur.rice.s

 

Au cours de mon voyage en Colombie, j’ai pu constater la gravité de la situation. A Maicao, par exemple, ce que j’ai vu là-bas m’a choqué.Les habitants de cette municipalité du Nord de la Colombie jettent leurs déchets à la rue, par habitude. On ne se soucie de quelconque conséquences. Les déchets sont partout et ça ne dérange personne. Pollution plastique. Pollution visuelle. Pollution. 

En Colombie, moins de 20% des déchets quotidiens sont recyclés. Pourtant notre terre se meurt, s’asphyxie et la pollution est une réalité que nul ne peut désormais ignorer. Ce sont plus de 10 millions de tonnes de déchets qui sont produites chaque année par les colombiens, victimes ou/et acteurs d’un système de consommation qui se veut toujours plus puissant. Je m’inquiète de voir que les mentalités ne changent pas face à l’urgence qui se pose à nous. Déjà en 2018, les Nations Unies avaient reconnu le problème du plastique en mer parmi les 6 urgences environnementales les plus préoccupantes.

Comment peut-on continuer de jeter nos poubelles à la rue, dans les océans ?

Pour tout ceux qui viennent de naître et tout ceux qui naîtront encore. Voulons-nous vraiment leur offrir un monde de déchets ? Une terre où les paysages se colorent de sacs plastiques bleus, roses, noirs ? Des océans de plastique ?

Certains oseront me répondre que l’on a qu’une seule vie, qu’il faut profiter de ce que le monde nous offre. Ne vous semble-t-il pas un peu égoïste de raisonner de cette façon ?

Partout ici, j’ai vu des gens sous-estimer la valeur de ce que nous avons de plus cher, notre Terre, la nature, la biodiversité. J’ai été choquée de voir à quel point l’Homme se croit invincible, “maître du monde”, plus fort que la nature alors qu’il en dépend. A Maicao j’ai passé du temps avec des amis qui ne prenaient pas la peine de chercher une poubelle et lançaient leurs gobelets en plastiques dans la rue en riant. Face à ce genre d’agissement, j’ai toujours assumé mes convictions, en réprimant leurs actes irresponsables. Mais lorsqu’ils ne m’écoutaient pas, je me suis demandé si je pouvais leur en vouloir.

Car comment en vouloir à de jeunes adultes qui ne se sentent ni concernés par le problème ni assez puissants pour y changer quelque chose ? Comment leur en vouloir quand ni l’eau ni l’éducation ne leur parviennent correctement ?Comment leur en vouloir alors que même certains chefs d’Etats choisissent d’ignorer le problème ? Qui sont ceux qui donnent le modèle ? Où est l’exemple ?

Les habitants de Maicao m’ont fait part des lacunes en terme de politiques publiques concernant le problème. En 2017, une politique de contravention sur le sujet a été mise en place en dans l’ensemble de la Colombie. Celle-ci sanctionnait toute personne jetant ses déchets à la rue. Malheureusement, comme l’évoquent les citoyens, cette sanction n’a pas eu aucun effet puisque les autorités peinent à l’appliquer et à réclamer les amendes aux “coupables” en question.

Compliqué donc, de faire bouger les choses, alors que le pouvoir politique rencontre des problèmes de légitimité.

A Maicao, on explique longuement que ces déchets omniprésents faisaient également et surtout, partis du paysage. Pour eux jeter ses déchets à la rue est devenu culturel et  comme bien souvent, tout ce qui est culturel, est difficilement changeable.

Cette culture est d’ailleurs le fruit d’une cohabitation compliqué entre la communauté musulmane et la communauté catholique dans la ville. J’ai par exemple écouter certaines personnes dire “C’est de la faute aux arabes, c’est eux qui jettent tout à la rue.”Les habitants s’accusent donc les uns les autres d’être responsables de cette déchetterie immense. Pourtant il semble bien que ces rues de déchets soient bien le résultat terrifiant de gestes d’indifférences de l’ensemble des habitants de la municipalité.

Aujourd’hui, je vous fais part de mes craintes, car je sens que trop peu se sentent impliqués dans le changement. C’est absurde.

Alors comme Zola j’accuse. J’accuse les gouvernements silencieux qui peinent à évoquer et considérer la pollution plastique comme un vrai problème. Et je vous accuse, pour complicité à la destruction de la Terre. Je vous accuse d’agir comme si de rien n’était, de produire chaque jour un peu plus de déchet par votre consommation, de ne pas les trier ensuite, de les jeter parfois par-terre et de prendre notre planète pour un acquis, de la salir de votre poubelle sous prétexte que cela est culturel. Quelle ingratitude !

Néanmoins, je vous accuse mais ne vous blâme pas. Je pense que l’on peut apprendre. Je pense qu’il n’est pas tout à fait trop tard pour commencer à saisir l’enjeu et l’ampleur du problème. Il n’est pas trop tard pour demander pardon à la Terre. Il n’est pas trop tard mais je vous annonce qu’il est temps de prendre en considération l’urgence à lutter contre la pollution. Il est temps de réagir, d’agir.

Je compte sur vous et vous laisse un aperçu de ce que j’ai pu observer, avec tout mon respect.

Camille Bouju

Passionnée par la lecture, l'écriture et les voyages je rêve de devenir journaliste. Avec Le Globeur j'espère améliorer mes compétences journalistiques et contribuer à un véritable projet, une idée que je trouve géniale.

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