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L’activité minière au Pérou : Quand la rentabilité économique justifie la dégradation de l’environnement

“Plata o agua” ?

La ville de Cerro de Pasco est considérée, au Pérou, comme étant la “Capitale minière du Pérou”. Sur le site officiel de la ville ou sur la page Wikipedia, on la surnomme la “Ciudad Real de Minas” (ville royale des mines). Le surnom de cette ville revêt pourtant une forte dimension ironique ces dernières années. La zone est ravagée par les activités minières qui ont lieu à quelques kilomètres de la ville.

Les habitants de la ville de Cerro de Pasco pointent du doigt aujourd’hui la dégradation de leurs conditions de vie suite à l’exploitation minière : contamination de l’eau, de l’air, destruction de la faune et de la flore locales… La “capitale minière” s’est transformée en ville fantôme. Ses habitants souffrent de maladies respiratoires et pulmonaires et peinent à accéder à des sources d’eau potable. Si les impacts négatifs qui sont le résultat de l’exploitation minière au Pérou ne sont pas inconnus, l’exemple de Cerro de Pasco fait cependant froid dans le dos.

Dans le cadre de cette semaine spéciale sur l’environnement, le Globeur se rend aujourd’hui au Pérou, pays des lamas et du Machu Picchu, mais où les entrepreneurs miniers font la loi.

L’exploitation minière au Pérou : une brève histoire

Ainsi, le Pérou est un pays, qui, en raison de sa richesse géologique peut compter sur ses ressources naturelles. Le pays, en plus d’abriter l’Amazonie, considérée comme le “Poumon Vert” de la planète, est également richement doté en ressources minérales. L’or, l’argent, le plomb et le cuivre font du Pérou un pays attractif pour le secteur minier. Le classement Fraser classe les pays selon leur attractivité minière et la rentabilité des investissements. Pour 2018, le Pérou se trouve en seconde position, juste derrière son voisin chilien. Et pour cause, cette attractivité est une aubaine économique. Le secteur minier représente aujourd’hui près de 10% du produit intérieur brut du pays, et plus de la moitié des exportations selon le Ministère de l’Energie et des Mines (MINEM).

Un boom économique impulsé sous l’effet de la croissance de l’activité minière a eu lieu dans les années 1990. L’augmentation du prix des métaux et des hydrocarbures a mené à une intensification de l’activité minière dans la région. Cela a engendré une croissance économique remarquable et, dans certains cas, une réduction des niveaux de pauvreté et d’inégalités. En effet, l’investissement de capitaux (péruviens comme internationaux) dans l’industrie minière minière au Pérou a permis de réduire le taux de pauvreté de 30 points. Il y a 20 ans, le taux de pauvreté au Pérou s’élevait à 50%. Aujourd’hui, ce même taux avoisine les 20%. L’activité minière représente un tel poids économique qu’environ 20% du territoire péruvien appartient à des entreprises en charge de ces exploitations.

Une histoire controversée

Cependant, l’activité minière au Pérou est au centre de nombreuses critiques. Ces dernières pointent du doigt l’impact environnemental de l’industrie minière. Des dommages sociaux générés par l’exploitation des mines sont aussi bien visibles. Ainsi, de nombreux mouvements sociaux ont émergé ces dernières années, et s’organisent contre l’exploitation minière. Bien qu’extrêmement fructueuse d’un point de vue économique, l’opinion publique a changé de position concernant l’extraction des ressources minérales sur son territoire, surtout quand ces activités se font au détriment de l’environnement et des populations locales.

De ce fait, le Pérou fait face à de nombreux défis. Se pose également le dilemme économique : comment faire en sorte que l’activité minière puisse rester une source d’activité économiques importante sans qu’elle continue à avoir un rôle important dans la dégradation des écosystèmes et de l’environnement ? Il faudra d’abord pacifier les rapports (hautement conflictuels) entre les industries extractives et les populations locales pour trouver une solution.

PRANK : On met en place une mine à ciel ouvert au Pérou (ça tourne mal)

D’une manière générale, les mines au Pérou sont des mines à ciel ouvert. Elles permettent de récupérer des minerais (cuivre, plomb) mais aussi des métaux précieux (de l’or ou de l’argent). Pour que ces minerais et métaux parviennent jusqu’à nos montres, bracelets, ordinateurs portables, ou encore radio et réfrigérateurs, un long chemin est parcouru.

Pour créer une mine à ciel ouvert, les investisseurs et les entreprises minières se voient d’abord délivrer un permis d’exploration, afin de savoir si la zone examinée est riche (ou non) en minerais ou métaux précieux. Lorsque la zone explorée est effectivement richement dotée, les entreprises d’extraction rédigent un permis d’exploitation ainsi qu’une étude d’impacts environnementaux, dirigée par l’entreprise elle-même. Celle-ci a pour objectif de présenter les éventuels dommages environnementaux  pouvant survenir, pour les anticiper et les réduire. Une fois le permis d’exploitation et l’étude validés par le Ministère de l’Environnement (MinAm), la mine peut être ouverte et l’extraction peut commencer.

C’est aussi le début des dégradations de l’environnement. La végétation de la zone est rasée, afin d’extraire les minerais et/ou métaux précieux du sous-sol. Pour extraire les minerais des roches, de nombreux produits chimiques (tels que le cyanure) sont utilisés. Outre les impacts environnementaux liés à la déforestation de la zone et la pollution de l’eau et de l’air, causée par l’utilisation du cyanure, s’ajoutent les impacts sociaux. Les populations locales se voient déposséder de leurs terres. Leur qualité de vie se détériorent à cause des contaminations.

Qu’en est-il des pouvoirs publics, qui, conscients des dangers environnementaux que présente l’exploitation minière, continuent d’accorder des permis d’exploitation ? Quid des populations locales qui voient leur milieu naturel détruit ?

Des politiques et des populations locales impuissantes face à un lobby minier intouchable.

Les dommages environnementaux liés à l’exploitation minière sont connus. Les cas similaires à celui de Cerro de Pasco se multiplient partout dans le pays. On peut donc légitimement se demander que fait le pouvoir politique et par dessus tout, que fait le ministère de l’Environnement péruvien.

En réalité, les pouvoirs publics apparaissent très impuissants, voire même dépendants de l’industrie minière. L’investissement dans l’activité minière a été (et est toujours) une source de revenus considérable pour le pays. Un véritable lobby minier s’est développé. Il complique ostensiblement la mise en place de politiques plus respectueuses de l’environnement, pour supprimer les impacts sur l’activité minière.

Un Ministre de l’Environnement aux pouvoirs restreints

En outre, le Ministère de l’Environnement est un ministère jeune, créé en 2008, qui présente de nombreuses failles et impuissances. Le Ministère de l’Environnement au Pérou ne dispose que de très peu voire pas de pouvoir dans la prise de décisions en matière environnementale. Tous les projets d’ouvertures et d’extension de mines passent d’abord par le Ministère de l’Energie et des Mines. On peut douter de son objectivité vu le pouvoir important que détiennent les entrepreneurs et les industriels miniers.

Dans les faits, le Ministère de l’Environnement dispose de mesures politiques qui peuvent lui permettre d’annuler un projet de mines. En effet, c’est à lui qui évalue les études d’impacts environnementaux. Cependant, ces derniers étant produits par les entreprises minières, ou par des experts engagés par celles-ci, ils sont peu crédibles. Accorder plus de moyens de contrôle au Ministère de l’Environnement dans la réalisation de ces études pourrait corriger leur manque d’objectivité. C’est une nécessité pour préserver l’environnement. A terme, cela pourrait renverser le rapport de force entre les industries minières et le pouvoir politique.

Le problème ne vient pas que du peu d’outils de contrôle dont dispose le Ministère. Il vient aussi de la manière dont sont menées ces études d’impacts environnementaux. Dans la théorie, les entreprises minières doivent prendre en compte l’avis et les interrogations des populations locales, premières à être touchées par l’exploitation d’une mine. Dans les faits, la consultation des populations locale n’est que très peu pratiquée, ou alors pas prise en compte. Si les populations locales ne sont pas consultées dans les projets miniers, il en est de même pour les pouvoirs politiques locaux. Les gouvernements régionaux sont évincés de la prise de décision et des consultations. Les décisions concernant les projets miniers sont ainsi toutes prises à Lima, au sein de ministères corrompus. Elles restent  loin des réalités des provinces péruviennes souffrant de l’exploitation minière.

L’émergence récente de mouvements citoyens

Cependant, ces dernières années les populations ont cessé de taire leurs mécontentements. Nombreux sont les mouvements sociaux qui, en réaction au cas de Cerro de Pasco, se sont organisés ces dernières années. Ils ont surgi en réaction à des projets miniers trop dangereux, et peu durables pour l’environnement. Le mouvement social anti-mines le plus important dans l’histoire du Pérou reste les révoltes de Cajamarca, en réaction au projet d’extension de mine Conga. Elles ont été les premières à conduire à une annulation d’un projet minier.

Manifestations contre Conga, 2012.

Ainsi, le Pérou en matière de protection de l’environnement fait face à des grands défis. D’un point de vue politique, le manque d’efficacité et l’impuissance des pouvoirs publics rend impossible la mise en place de normes politiques plus respectueuses de l’environnement. D’autant plus lorsque ce pouvoir politique est à la merci de grands lobby miniers. La protection de la biodiversité et des écosystèmes péruvien repose donc sur ce rapport de force entre investisseurs et politiques.

Le combat est cependant loin d’être perdu. On assiste ces dernières années à un réveil des populations qui, partout dans le monde, se soucient des problématiques environnementales. Le Pérou ne fait pas exception. La participation et les révoltes citoyennes croissantes sont le témoin d’un réveil de la société sur les questions environnementales. Les gouvernements se doivent d’entendre ce message.

Lucie Cazottes
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