Journée Internationale des Droits des Femmes – Edito

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8 mars 2019.

France. 30 femmes ont déjà été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année.

États-Unis. Un homme ayant déclaré qu’il ”prenait les femmes par la chatte” dirige la première puissance mondiale.

Argentine. L’avortement est toujours illégal dans ce pays sud-américain, après que le Sénat ait une nouvelle fois rejeté le texte en août dernier.

Cameroun. Outre les excisions, trop communes, des femmes subissent encore aujourd’hui une rare torture appelée le « repassage de poitrine ». Leurs seins sont comprimés et « repassés » à l’aide d’objets brûlants pour en empêcher le développement.

Népal. Certaines femmes ayant leurs règles sont exclues de chez elles, interdites d’accès aux foyers et aux temples et à l’eau potable publique durant leur période menstruelle. Ces privations ont déjà entraîné la mort de jeunes filles.

Monde. Sur 193 États reconnus par l’ONU, seuls 24 d’entre eux sont dirigés ou ont un gouvernement dirigé par une femme. L’avortement est encore complètement illégal dans 22 pays et très fortement limité dans une vingtaine d’autres pays.

Partout, le sexisme frappe, tue, empêche, bloque, discrimine. Le mouvement #MeToo est pourtant passé par là, traînant dans son sillage une salutaire libération de la parole. Malheureusement, la prise de conscience n’a pas été à la hauteur du phénomène. Une fois de plus sur ce sujet.

Pourtant, les scandales n’ont pas manqué. Pourtant, les promesses n’ont pas manqué non plus. En France comme ailleurs. Le président Emmanuel Macron a déclaré l’égalité femmes / hommes grande cause nationale du quinquennat. Mais où sont les actes presque deux ans après son élection ? Où est passée la loi sur la PMA ? Où peut-on voir, dans l’ensemble de ses actions, cette grande cause ? Dans le budget alloué au secrétariat d’État dirigé par Marlène Schiappa (0,007% du budget de l’État) ? Dans son refus d’inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement ? Ou bien dans le fait que le dernier gouvernement qu’il a mis au point avec son premier ministre ne soit même plus paritaire ? Un point anodin diront certain·es. Sans doute mais tout de même.

On sait depuis longtemps que la représentation des femmes dans l’espace public est essentielle. Pas seulement pour satisfaire les féministes. Si cette présence est autant nécessaire, c’est parce qu’elle ouvre des horizons, crée des espoirs, bâtit des rêves. A 5 ans, une petite fille ne rêve déjà plus d’être astronaute ou présidente. A 5 ans. Peut-on accepter de vivre dans une telle société ? Il faut faire évoluer les représentations. Parce que c’est en changeant les représentations qu’on finira par faire changer le monde. Parce que les rêves d’aujourd’hui sont sûrement les réalités de demain.

Un peu d’histoire …

Cette Journée Internationale des Droits des Femmes (appellation officielle en France) est créée par les Nations Unies en 1977, en appelant les pays membres à célébrer une « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale » : c’est le Women’s International Day. Si elle apparaît donc officiellement en 1977, l’idée de cette journée est bien plus ancienne. Elle naît avec le mouvement des Suffragettes et est propulsée sur le devant de la scène dans la Russie soviétique des années 20 avec l’institution d’une « Journée Internationale des Femmes » en 1921. A partir de là, la tradition s’ancre à l’Est et est reprise dans l’ensemble de l’URSS, à grands coups de propagande afin de célébrer « l’émancipation de la femme » dans le bloc de l’Est. On peut remettre en doute l’effectivité d’une telle émancipation mais il n’en reste pas moins que cette journée a le mérite d’exister.

Et un pluriel essentiel !

Ce point historique permet surtout d’apporter un point de vocabulaire crucial. Il s’agit bien de la Journée Internationale des Droits des Femmes. Insistons sur deux termes. D’abord : droits. On ne célèbre pas les femmes en tant qu’elles sont femmes. On célèbre lors de cette journée les luttes passées, actuelles et à venir afin d’améliorer la situation des femmes sur le globe. On reconnaît aux femmes le droit de posséder les mêmes droits (légalement et de facto) que les hommes, et même des droits spécifiques. On reconnaît enfin les violations permanentes de ces droits. Cette journée permet un audit mondial et global de la situation des femmes dans le monde.

Ensuite femmeS. Et non de la femme, horrible singulier plein d’essentialisme. Le but de cette journée, c’est bien de reconnaître les femmes dans leur diversité, et de leur accorder à toutes, j’ai bien dit à toutes, les mêmes droits que ceux auxquels les hommes peuvent prétendre. Cette journée n’a pas pour but de célébrer une supposée (et inexistante) essence féminine à coups de fleurs ou de réductions sur la lingerie et l’électroménager. Il faut reconnaître les femmes dans ce qu’elles ont de multiple. Cette journée est un combat pour que toutes les femmes accèdent à leurs droits, qu’elles que soient leur religion, leur nationalité, leur couleur de peau ou le vêtement qu’elles choisissent pour faire du sport.

“Comment accepter aujourd’hui encore que le genre reste à ce point une variable de discrimination ?”

Les débats sont nombreux, mais enfin, le sujet semble être sur la table. On commence, doucement mais timidement, à parler de genre. A le reconnaître comme un facteur discriminant entier et important. Le problème est bien là d’ailleurs, le genre. Ce construit social est la clé de voûte du système de domination que subissent les femmes et qui, disons-le une bonne fois pour toutes, profite aux hommes. Même à ceux qui, comme moi, se disent féministes.

Car jamais on ne m’a dit que j’étais bonne, jamais on ne m’a sifflé, jamais on ne m’a suivi dans la rue. Jamais on ne m’a appris à l’école à être discret. Jamais on ne m’a dit d’être beau avant tout. Jamais on ne m’a dit qu’une formation n’était pas faite pour moi. Jamais, jamais, on ne m’a forcé à quoi que ce soit sexuellement. Jamais dans la rue, tard le soir, je n’ai changé de rue ou de trajet, couru de peur, appelé un·e ami·e ou dû prétendre être au téléphone avec pour me rassurer. Je ne suis pourtant ni courageux ni champion de sport de combat. Je suis juste né homme. C’est là toute l’injustice. Comment accepter aujourd’hui encore que le genre reste à ce point une variable de discrimination ?

Il se joue dans le passage du sexe au genre l’essentiel du problème.

Je parle bien de genre. Pas de sexe. Le sexe se situe du côté du biologique. Il peut être modifié, il se place sur un long continuum et n’est pas que binaire, mais il est biologique. Le genre, lui, est bien plus pernicieux. Il n’est ni une théorie ni un gros mot. Il est un construit social, un produit de notre société et des sociétés antérieures.

Il faut briser les liens entre sexe et genre. D’abord, parce que ce n’est pas parce que l’on naît avec un utérus que l’on se doit d’être sensible, apprêtée, docile, bonne en cuisine et nulle en maths, que l’on doit vouloir des enfants et un mariage en robe blanche. Ce n’est pas parce que l’on naît avec un pénis que l’on se doit d’être fort, viril (et c’est quoi la virilité d’ailleurs ?), ne pas pleurer, aimer bricoler. Et caetera… La liste des assignations de genre est longue. Elle pèse sur les hommes et les femmes, mais est tout de même à la faveur des hommes.

Si l’on doit ensuite briser les liens entre sexe et genre, outre les idiots mais cependant dévastateurs stéréotypes que cette relation implique, c’est parce que leur lien n’est pas immédiat. La transidentité existe. De fait et sans discussion. Alors, à en suivre les stéréotypes, une femme née avec un corps d’homme doit-elle répondre aux injonctions liées à son sexe (car elle possède un pénis) ou à son genre ? N’importe quelle réponse serait idiote, la bonne étant de la laisser vivre sa vie comme elle l’entend, sans injonctions ni obstacles liés à ce qu’elle est.

Personne ne veut supprimer les hommes ou les femmes !

Avant que ne s’agitent les sombres sphères numériques des chevalier·es du siècle passé, précisons qu’il ne s’agit en aucun cas d’abolir les différences entre femmes et hommes (même si globalement, plus la science cherche l’origine de cette dualité, moins elle trouve). Il s’agit en réalité de faire en sorte que ces différences ne constituent plus un terreau fertile à l’établissement de traitements différenciés, de discriminations et, in fine, de droits et de statuts (légaux ou de fait) différents.

Il est grand temps d’avancer. Tant pis pour celles et ceux qui pensent encore que la place des femmes est en cuisine. Il est temps d’avancer. Temps de lutter structurellement contre les inégalités et les discriminations. En changeant les mentalités, en faisant évoluer notre éducation et notre système de santé. En expliquant, en convainquant. Convaincre de quoi ? De quelque chose de simple, basique. Les femmes sont des humain·es comme les autres. Il est temps qu’elles puissent jouir de leurs droits (et jouir tout court d’ailleurs) comme tout le monde.

Les médias doivent prendre conscience de l’importance de leur rôle !

Les médias ont leur part de responsabilité. Redisons-le ici, c’est en refermant le fossé des rêves, des aspirations et des espoirs que l’on arrivera à faire avancer les choses. Dans ce défi, les médias ont un rôle crucial. Pourtant, et quels que soient les organismes qui se mettent à la tâche, les chiffres sont sans appel : les femmes sont moins représentées que les hommes dans les médias. Et lorsqu’elles sont présentes, c’est plus souvent en tant que victimes, mère/sœur/fille de, ou simples citoyennes. Les femmes sont moins nombreuses à diriger des émissions à la télé ou la radio que leurs collègues masculins. Quant aux expertes en plateau ou aux invitées politiques, les chiffres sont désastreux. Morceaux choisis.

Une question se pose alors : comment changer les mentalités quand ce qui participe à leur formation n’a pas évolué ? Cette semaine est là pour ça. Pour faire évoluer, un peu, le paysage médiatique que Le Globeur participe à composer. Cette semaine, on parlera des femmes de Lima à Hong Kong, des femmes qui agissent, des femmes qui sont victimes.

Et on va prendre un engagement envers vous, de l’autre côté de votre écran : celui de ne pas faire comme les autres. Celui de ne pas renvoyer les 52% de la population mondiale au rang de minorité médiatique, intellectuelle et politique. On ne peut pas demander une prise de conscience des médias sans agir de notre côté. Alors, ici, entre les trois W du Globeur, on s’arrangera pour mettre en avant les femmes et leurs actions, pour avoir recours à des expertes autant qu’à des experts. Parce qu’il est temps, grand temps, qu’une fillette de 6 ans puisse rêver d’être astronaute.

Bon 8 mars à tou·tes,

Théo Uhart.

Et pour aller plus loin …

Théo Uhart

Pousse de journaliste qui aimerait devenir un arbre. Je suis tombé dans les mots depuis tout petit et j’ai vécu le plus clair de mon temps entre les pages et les univers que les mots savent ouvrir. Est-ce pour ça que je trouve ce monde si décevant ?
Étudiant à temps partiel. Le reste du temps, un peu journaliste, un peu rêveur, un peu voyageur. Sans opinion arrêtée sur beaucoup de sujets mais toujours prêt à discuter. Surtout genre, politique, géopolitique.

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